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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 15:09
Christiane Janssens - Van den Meersschaut Que faisons-nous de nos funérailles ?
Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 5 / 2009

Ces derniers mois, les circonstances m'ont amenée à participer à quatre célébrations de funérailles. Elles m'ont toutes interpellée, l'une m'a consternée par sa platitude, deux m'ont choquée par certains propos de l'officiant, l'autre m'a permis d'être en harmonie avec tous. Tout prenait sens, les paroles du prêtre, ami du défunt, qui osait parler vrai, la méditation sur le pardon que R.. avait confiée à son épouse pour qu'elle nous soit donnée comme message de sa part, le geste de communion posé différemment par les uns et les autres membres de l'assemblée. Cela m'a poussée à réfléchir plus avant au rôle que pourrait jouer le défunt dans sa propre célébration de funérailles afin de personnaliser la cérémonie en la rendant plus vraie.

Depuis quelques décennies, plusieurs auteurs ont écrit l'importance de l'art de "mourir vivant" en accueillant cette mort qui fait partie intégrante de notre vie et en lui donnant du sens. Mais à ma connaissance, il y a peu de publications concernant la façon de vivre ses funérailles.

Pourtant, celles-ci réveillent chez les participants une recherche de sens, voire la découverte d'une absence de sens générant dans les deux cas une souffrance spirituelle pouvant aller parfois jusqu'à l'angoisse ou le désespoir. Le deuil est un des moments de la vie où les questions spirituelles surgissent des profondeurs de tout être humain. Certains, par crainte du qu'en dira-t-on, n'oseront pas exprimer de vive voix leur doute, leur questionnement et resteront ainsi malheureusement enfermés dans une solitude profonde. Les funérailles ne devraient-elles pas être un moment de rencontre et de paroles ?

N'est-il pas temps de sortir des célébrations de funérailles impersonnelles ?

Combien de célébrations restent sclérosées par des rites souvent vidés de leur contenu (le baisement de la croix par exemple), par des paroles répétitives et des réponses toutes faites ânonnées plutôt que réfléchies et parfois même dites ou chantées en latin, langue morte pour la plupart des participants. Un discours trop inscrit dans une évidence de foi laisse souvent une grosse partie de l'assistance insatisfaite, médusée, parfois même révoltée. Des paroles de certitude en une vie future avec Dieu pour les chrétiens, des retrouvailles, rien que pour ceux-ci, avec les êtres chers dans l'au-delà, peuvent-elles vraiment être une réponse compréhensible et satisfaisante pour toute l'assistance ? Le Dieu d'Amour auquel croient les chrétiens ressusciterait-t-il donc uniquement une toute petite partie de l'humanité ?

On nous demande de prier pour le mort (!?). Celui-ci n'a plus besoin de nos prières car le lieu du purgatoire, invention de l'Eglise au XIIème siècle et dont Jésus n'a jamais parlé, n'est plus crédible aujourd'hui. Le Dieu de Miséricorde, dont nous parle Jésus, serait-il un boulier compteur de prières sauvant les priants bien et beaucoup, et n'entendant pas les cris de détresse de ceux qui ne peuvent pas ou plus prier ?

N'est-ce pas plutôt pour les vivants qu'il nous faut prier, afin que l'Esprit donne aux tout proches le courage de supporter l'épreuve et de continuer la route malgré l'absence… ; afin que l'Esprit pénètre les cœurs des amis pour qu'ils dispensent gestes et paroles de réconfort aux affligés ?

Ne nous arrive-t-il pas parfois, lorsque nous entendons certaines paroles que nous savons en total désaccord avec ce que pensait le défunt, de penser : "Mais on est occupé à le trahir, il doit se retourner dans son cercueil !"

Nous savons bien que dans les familles d'aujourd’hui, tous n'adhèrent plus à une croyance religieuse. Mais nous savons aussi que l'on peut vivre sa spiritualité sans avoir de religion. Ne faut-il donc pas que l'officiant tienne compte dans ses propos de la diversité d'opinions de l'assistance, qu'il essaye de toucher les cœurs par un humanisme ouvert, tel celui de Jésus qui accueillait le centurion romain qui ne croyait évidemment pas à Yahvé ni à un Dieu unique ?

Lors d'une célébration de funérailles, il m'a été insupportable d'entendre dire à la famille du défunt : "Seuls ceux d'entre nous qui croient en Dieu retrouveront W., leur mari, papa, grand-papa ou ami après leur mort" ou encore à d'autres funérailles : "Les croyants levez-vous, vous, vous pouvez venir communier". Je n'ai pas pu me lever, je n'étais pas en communion avec les paroles du prêtre et avec ce qui se passait. Je ne pouvais manger de ce pain-là en mémoire de Jésus.

Mais j'ai aimé entendre dire, par le prêtre, lors des funérailles de notre ami R., "Ainsi au terme du chemin terrestre que nous faisons avec les autres de manière sensible, visible, nous croyons que la vie continue transformée et que donc la « communion » continue dans les liens d'amour que nous avons tissés. C'est notre foi et notre espérance…" et encore "Dans la tradition catholique, la communion sacramentelle exprime la communion au Christ ressuscité qui est source d'espérance pour les croyants ; elle exprime aussi la communion avec ceux et celles qui nous ont quittés et aussi l'amour et l'esprit de compassion qui doit nous relier à toutes et à tous…

A ce partage, tous sont conviés. Jésus a toujours tenu table ouverte pour être témoin d'un Dieu qui ne fait pas de différences entre les hommes. Celles et ceux qui préféreraient poser un autre geste de communion humaine sont invités à prendre part à la démarche en ajoutant plutôt une lumière autour de la photo de R. Que chacune et chacun trouve ainsi librement le geste qui lui convient profondément, mais que nous puissions ainsi toutes et tous participer à la démarche."

Après les trois premières célébrations, certains nous ont partagé leur sentiment de peine, de désaccord, d'exclusion, même de colère. D'autres nous ont dit avoir vécu cela dans l'indifférence, rien de ce qui avait été dit ne les avait touchés hormis la douleur du deuil.

Dans la quatrième célébration, notre rassemblement autour du défunt nous était présenté comme une "Action de grâce pour les années vécues avec R.". Cet espace de rencontre était habité par un discours crédible, par des chants aux paroles pleines de sens pour nous, ici et aujourd'hui, par un accueil où chacun a pu trouver sa juste place. A la communion, c'est toute l'assemblée qui s'est levée et qui a marché ensemble, côte à côte, par l'allée centrale vers l'autel. Les uns communiant avec Jésus, R.., sa famille, ses amis ; les autres portant la lumière en communion avec R.., sa famille, ses amis. Après la célébration, nous étions encore en communion dans l'échange de nos ressentis, heureux les uns comme les autres d'avoir trouvé du sens à cette action de grâce.

Comment à notre tour donner sens à nos funérailles ?

Heureusement, depuis plusieurs années déjà, de nombreux prêtres essayent de personnaliser l'événement. Pour cela ils demandent à la famille de "raconter le défunt". Certains, malheureusement, préparent ensuite seuls la célébration. D'autres permettent à la famille de choisir lectures, textes, chants, musiques, d'intervenir en faisant une lecture, une prière, un témoignage, plus rarement de poser un geste symbolique bien pensé ou de choisir son credo. Mais il est regrettable que la partie rituelle de la célébration reste le plus souvent complètement stéréotypée. D'où l'importance de choisir un prêtre d'une grande ouverture d'esprit. L'idéal serait de choisir un prêtre ami qui a partagé un bout de chemin avec la personne décédée pour que la célébration sonne juste, soit vraie et en accord avec le vécu du défunt.

Nous devons aussi bien constater que ces célébrations d'adieu sont unilatérales. Le défunt n'a plus rien à dire, c'est le prêtre et les proches qui parlent de lui, qui choisissent pour lui textes, gestes, prières, musiques… Or, si nous sommes conscients qu'il nous faut préparer ce moment de vie qu'est la mort, celle-ci parfois nous prendra de court et nous ne la vivrons peut-être pas consciemment. Nous n'aurons donc pas l'occasion de dire au revoir à ceux qui ont fait route avec nous. Tandis que pour les funérailles qui sont aussi une réalité incontournable, nous pourrons en général avoir le temps de préparer notre cérémonie de sortie en leur laissant une dernière chose de nous. Mais, il faut bien le dire, notre éducation n'a pas été faite en ce sens ! Il est étonnant de voir qu'en général, le défunt de son vivant aura pris toutes ses dispositions et émis ses volontés concernant sa succession matérielle, allant jusqu'à l'officialiser par un acte notarié, tandis qu'il n'aura pris aucune disposition pour le déroulement de la célébration de ses funérailles, de ses adieux à ses proches. C'est difficile, mais pourtant pas plus morbide, me semble-t-il, de préparer sa mort en préparant ses funérailles qu'en préparant sa succession financière !

Au fil de notre vie, nous vivons bien souvent des moments de transcendance qui nous transportent et nous transforment. Ils sont générés par des rencontres, des partages, des lectures, des méditations, des images, de la musique… Pourquoi ne pas les consigner ou noter leurs références dans un carnet ? Choisir et annoter parmi ces documents ceux que l'on aimerait qu'ils soient utilisés comme lectures, prières, méditations, chants, musiques, images, gestes… lors de nos funérailles parce qu'ils disent quelque chose de nous. Pourquoi ne pas choisir, parmi nos réflexions personnelles ou nos citations préférées, celle que l'on aimerait voir écrite au-dessus de notre faire-part, parce qu'elle a du sens pour nous et qu'elle nous représente ? Pourquoi ne pas choisir la réflexion ou la citation que l'on aimerait offrir aux autres en cadeau en la faisant inscrire à l'arrière de notre photo qui serait distribuée lors de la célébration ? Un proche connaîtrait l'existence de ce carnet et serait chargé de transmettre ce testament spirituel à la préparation de la cérémonie de nos funérailles.

Ce serait un carnet de vie, nous devrions donc y ajouter des éléments et en retrancher d'autres au fur et à mesure de notre cheminement. Ensuite, à l'heure de notre mort, pourquoi ne pas tout simplement partager cette facette de notre intime personnalité. Je pars, mais je vous laisse ceci qui m'a fait grandir, qui m'a rendu heureux, que j'ai beaucoup aimé… ; écoutez-le, lisez-le, faites-le en mémoire de moi. Je resterai ainsi vivant au plus profond de vous. N'est-ce pas merveilleux de découvrir encore après la mort d'un être cher, quelque chose de sa profonde vérité ?

Bien sûr, un espace resterait ouvert pour que les proches puissent aussi s'exprimer librement par un témoignage, le choix d'un texte, d'un chant, d'une musique, d'un geste parlant pour eux afin qu'ils puissent eux aussi exprimer leur ressenti par rapport à ce que le défunt était pour eux et partager ainsi dans le chemin du deuil, leur sentiment avec toute l'assemblée.

Préparer ses propres funérailles n'est certes pas facile, mais n'est-ce pas à nous de dire "au revoir" ou "à Dieu" à ceux que nous aimons en leur permettant par ce dernier cadeau posthume d'incorporer quelque chose d'intense de nous pour le faire continuer en eux ?

Christiane Van den Meersschaut

Published by Libre pensée chrétienne - dans Mort - funérailles