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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 15:12
Pour l'avenir du monde. La résurrection revisitée d'André Myre (1)
André, Jenny, Marc, Marie-Jeanne, Monique, Nicole et Yvonne
LPC n° 10 / 2010

Marc De Cock, Marie-Jeanne De Pauw, Yvonne De Proft, Monique Levie, Jenny Panier, André et Nicole Roulive, membres d'un groupe "Marcel Légaut" de Bruxelles, nous ont transmis leurs commentaires concernant le livre de Myre. Ils vous proposent leur approche de cet ouvrage qui leur semble être une œuvre de référence.

Structure du livre :

A. Lettre aux lecteurs

B. Première partie : Résurrection

C. Deuxième partie : Pour l'avenir du monde

A. La lettre aux lecteurs :

Ecrite dans un style simple et direct, elle situe la pensée et la foi de l'auteur. Ce dernier conclut : "…Si cette lettre vous a permis de deviner une sorte de parenté de fond entre l'auteur et vous, il se pourrait que vous trouviez de la joie à lire ce livre… sinon, mieux vaut laisser ce livre de côté".

Quelques points forts de cette lettre

"Croire, ce n'est pas faire montre de certitudes, mais vivre de confiance alors qu'on aurait mille raisons de désespérer".

Méditant cette parole, un participant songe à Gustave Thibon ainsi qu'à Marcel Légaut qui, au soir de leur vie, confessaient leur expérience spirituelle en ces termes : "J'ai de moins en moins de certitudes, mais de plus en plus de foi".

Commentaire d'une participante : Le plancher du monde intérieur est mouvant, instable, impropre aux certitudes. J'en fais vraiment ma religion du moment. Ce n'est peut-être pas confortable, mais je la préfère à ma trop grande crédulité de jadis.

"La Bible est un condensé d'écrits jugés les plus pertinents par les fils d'Abraham et les disciples de Jésus. Condensé d'écrits qu'un grand nombre de générations ont réussi à utiliser pour rendre compte de leur expérience du cosmos, de la vie, de l'humain, de Dieu même… Ces écrits sont des mots humains datés, passés, dépassés, fruits d'époques à jamais révolues, mots humains qui sont en même temps Parole de Dieu datée, passée, dépassée. Mais, en ces mots bien humains, les successeurs de ces écrivains ont reconnu quelque chose de fondamental qui les habitait, la voix du dedans, venant d'ailleurs".

On est loin, dit une participante, de l'idée du prophète ou de l'évangéliste écrivant sous la dictée de Dieu. Myre place le divin ailleurs : il est dans le cœur de ces hommes qui ont vécu les mêmes sentiments, le même dynamisme, la même foi que les hommes d'aujourd'hui. Le mot "foi" est à distinguer du mot "croyances', car les croyances relèvent de ce qui est passé et dépassé. M. Légaut aurait dit : Entrez dans l'intelligence de ce que l'écrivain a vécu pour écrire ce qu'il a écrit.

"La Parole est toujours neuve et subversive ; elle ne se prévoit pas, ne se contrôle pas, ne se harnache pas… Il est strictement impossible de comprendre la Parole qu'exprime la Bible, si on n'a pas entendu l'équivalent contemporain dans sa vie".

Cette lettre me donne à réfléchir poursuit une autre participante : comme le dit M. Légaut, l'essentiel tient en peu de mots. Il ne s'enseigne pas. Il y a des paroles que l'on reconnaît immédiatement comme authentiques, qui font écho en nous, sans doute parce que nous sommes déjà engagés dans la même recherche.

Citant l'auteur, une participante rappelle les quatre étapes à vivre pour que la Parole nous nourrisse :

1. Ecouter la parole qui veut monter d'en dedans de moi

2. Puis la mettre en mots d'aujourd'hui

3. En vérifier ensuite l'authenticité par rapport à ce qu'ont compris d'elle les générations passées

4. Enfin vivre en conséquence.

L'originalité de la démarche est de ne mettre qu'en troisième étape ce que la tradition mettait en première. C'est la vie qui est normative et non la parole issue du passé.

B. Première partie : Résurrection

1. Trois étages, un temps

Dans ce chapitre, l'auteur expose la façon dont l'Ancien Testament et ensuite la Nouvelle Alliance représentent le cosmos. Il est saisissant, dit une participante, de penser combien notre culture est encore imprégnée de la vision biblique du cosmos. Intéressant aussi de se poser la question de ce qu'il reste d'important, pour nous, dans ces textes d'un autre lieu et d'un autre temps, "déphasés" comme dit l'auteur, mais encore porteurs de quelque chose de fondamental qui habitait leurs auteurs. Nous résumons sommairement ce chapitre, dans lequel l'auteur analyse de nombreux textes bibliques.

Dans l'Ancien Testament :

Au commencement, il n'y a que le chaos. Puis Dieu met de l'ordre et crée le cosmos, grande cloche divisée en trois étages, nous protégeant des eaux primitives :

1. Les cieux en haut, où se trouvent Dieu, les étoiles, les nuages…

2. La terre au milieu, disque plat où se trouvent les humains, les animaux…Cet étage est attaché de façon étanche à la cloche.

3. En dessous du disque, le schéol, séjour des morts

Après la mort, l'être humain descend au schéol où il perd son identité et est réduit à l'état d'ombre non identifiable… Contrairement à la notion plus tardive d'enfer, le schéol (les enfers) n'est pas un monde de punition puisqu'il ne s'y passe rien ! Myre souligne que la Bible hébraïque, jusqu'au deuxième siècle avant l'ère chrétienne, considère la mort comme l'annihilation totale des humains et n'espère aucune survie. L'auteur en conclut qu'il faut laisser ouverte la possibilité de se dire chrétien tout en professant un certain agnosticisme sur la question…

A partir de la Nouvelle Alliance :

Le Christ est descendu aux enfers et est ressuscité. Descendu au schéol, il en revient, car il n'a pas perdu son identité. Dorénavant, le schéol change de contenu et de contenant… Il n'est plus un lieu où il ne se passe rien, car désormais l'identité des ombres est affirmée .Le contenant doit donc se scinder en deux : un lieu de punition (l'enfer) pour "les méchants" et un autre lieu pour "les bons" en attente de résurrection.

Sous l'influence de la science physique, naîtra l'idée d'un monde parallèle, d'un au-delà, hors de l'espace et du temps. Comme l'être humain est incapable d'imaginer un tel "lieu', la représentation à trois étages reste vivace : l'au-delà est composé du ciel en haut, de l'enfer en bas et du purgatoire entre les deux. Le Maître de l'univers n'habite plus le haut de la cloche du cosmos mais la partie supérieure de l'au-delà.

2. Trois aspects, un être humain

Texte très fouillé, dans lequel Myre compare l'anthropologie de la Bible hébraïque avec celle de la Septante (traduction de l'Ancien Testament en grec vers les troisième et deuxième siècles à Alexandrie).

a) La Bible hébraïque

Myre précise que la vision de l'être humain, dans la Bible hébraïque, est une vision unifiée. Il n'y est jamais question d'un corps mortel et d'une âme immortelle qui rejoindrait l'au-delà après la mort. L'être humain, tiré de l'argile, est un être de chair (bâsâr) qui fait partie du cosmos, fabriqué à partir des mêmes matériaux que ceux qui constituent le cosmos. Ce corps, animé d'une énergie vitale (Néphèsh) participe à l'énergie divine, au souffle divin (Rouach).

Il porte la responsabilité de la vie sur terre. C'est par la qualité de ses relations qu'il devient l'image de Dieu. Car l'Adam a une capacité d'intériorisation, d'amour, de décision. En effet, dans la bible le corps est relationnel, social.

Ce qui me touche dans les textes bibliques, dit une participante, c'est leur subtilité d'approche des différentes facettes de l'être humain, et cela des siècles avant la psychanalyse. On avait déjà compris que l'être humain peut se rendre malade à perdre le sens de la vie, comme on peut retrouver la santé du corps en se rénovant de l'intérieur. Finalement, les textes hébraïques analysent très finement la complexité de l'être humain en corps d'argile, corps à deux, corps social et corps animé par le souffle divin, mieux encore que la dualité grecque.

b) La version grecque de L'Ancien Testament

Dans la vision grecque, l'être humain est fait de deux composantes :

- le corps périssable, exprimé par les mots grecs sarx et sôma

- l'âme exprimée par la psuchè. Au départ, sa signification se rapproche de celle de néphèsh (énergie vitale), mais elle changera progressivement de sens pour devenir l'âme préexistante et immortelle. Plus tard, le nous (esprit) deviendra, à l'intérieur de l'âme (psuchè), le siège de la vie intellectuelle.

c) La Nouvelle Alliance

Selon Myre, les auteurs du Nouveau Testament sont restés davantage fidèles à la vision hébraïque de l'être humain que les tenants grecs de l'Ancien Testament.

Les deux passages suivants nous semblent essentiels et nous interpellent particulièrement :

"Toutes les sociétés ont leur vision de l'être humain. Cela fait partie de leur culture. La foi n'exige pas l'adoption de données culturelles à jamais révolues. Elle se révèle plutôt comme dynamisme de vie qui oriente l'existence. Toutefois, parce que les regroupements humains ne veulent pas mourir et éprouvent une certaine panique devant le flot de l'histoire qui emporte tout sur son passage, ils ont tendance à donner une note d'irrévocabilité, d'immuabilité ou d'infaillibilité à leur code de foi. Le grand paradoxe est que, ce faisant, il rendent la vie de foi difficile : d'un côté les mots de jadis ne leur parlent plus, de l'autre, ils s'empêchent de se dire à travers ceux d'aujourd'hui".

L'auteur poursuit : "La Bible n'est pas un livre religieux, c'est un livre humain…Elle n'est pas constituée de paroles de Dieu mais de paroles d'hommes. Ce n'est pas la religion, ce n'est même pas Dieu qui intéresse d'abord les auteurs bibliques. Ces auteurs essaient de comprendre leur monde, leur vie, et Dieu en fait partie. C'est même faire injure au Créateur que de se désintéresser de sa création sous prétexte de s'intéresser à Lui… Leur expérience de la nature est aussi importante que leur sens de Dieu".

3. Résurrection

Le terme "résurrection" est d'une époque et d'une culture et nul ne sait exactement ce que ressusciter veut dire en dehors de cette culture. Il est donc appel à être redit autrement.

A partir d'une analyse fouillée des textes bibliques, Myre affirme que le terme "Résurrection" est un "slogan', toujours utilisé dans un contexte de confrontation et d'oppression, Ce slogan condense une vision du monde et forge l'identité de groupes de marginaux, dans la lignée de Jésus pour les textes de la Nouvelle Alliance. Des marginaux qui ont tenté de défendre le devenir humain, à l'intérieur du cosmos, en dialogue avec cet Autre mystérieux que la tradition nomme Dieu. "Résurrection" est donc un terme militant qui favorise le regroupement de tous ceux et celles qui résistent à l'oppresseur et qui s'engagent à défendre sereinement l'être humain humilié, la nature bafouée et Dieu méprisé.

Une participante fait remarquer qu'à moins d'être soi-même bibliste, on est réduit à "avaler" la thèse de l'auteur, faute d'outils pour pouvoir se rendre compte par soi-même de ce que représentent les citations que Myre relève par rapport au contexte général des écrits bibliques.

En première lecture de ce chapitre, le terme "slogan', il faut bien le reconnaître, nous a posé problème ! Les commentaires ont fusé dans tous les sens…

- C'est vrai, moi aussi j'ai chanté et crié "il est ressuscité, il est vraiment ressuscité" comme un slogan ! Il y a une certaine exaltation à chanter et à proclamer cela en groupe… C'est, pour ma part, une expérience vécue de façon un peu inconsciente, une certaine affirmation de l'espérance d'une autre vie.

- Le risque majeur du slogan est de ne pas tenir compte de la complexité du réel. Lorsque l'auteur affirme que croire aujourd'hui, c'est interpréter correctement la vie humaine, le réel et l'agir de Dieu, je frémis en songeant à tout ce que l'église a fait au nom d'une soi-disant interprétation correcte ! Il est vrai que l'Eglise a généralement préféré une interprétation "correcte" de la tradition plutôt que de la vie !

Myre dégage de l'analyse des textes de la Nouvelle Alliance l'idée que le slogan résurrection oriente l'existence vers un mode de vie, qui privilégie un engagement commun pour l'avenir du monde. Le véritable enjeu du débat est moins ce qui arrivera après la mort, que la façon de vivre avant. L'important n'est pas de se rattacher à telle ou telle institution, à telle ou telle pratique religieuse, mais d'œuvrer ensemble à la construction d'un monde meilleur. L'auteur conclut : "Proclamer la résurrection, sans l'appuyer par la ligne de sa vie, c'est parole vide de sens. Dans cette optique, il est des façons apparentes de croire qui sont pure incroyance, et aussi de ces incroyances qui sont pure foi".

4. Nouveau cosmos

Pour les auteurs de la Nouvelle Alliance, en général, le cosmos est transitoire, car tout ce qui a un début a une fin. Le texte le plus explicite sur la fin de ce monde-ci se trouve dans le livre de l'Apocalypse mais, les grandes traditions synoptique, johannique et paulinienne évoquent également l'attente d'un nouveau cosmos, supposant la disparition de l'ancien.

Dans les explications de Myre, le groupe peine à se frayer un chemin, ce qui fait dire à un participant :

"…Je patauge… mais il me semble que l'auteur aussi lorsqu'il affirme "Nul ne sait ce que ressusciter veut dire" ! Or, c'est précisément cela que je pensais découvrir dans ce livre. La seule chose positive que je retire de ce petit chapitre, c'est cette espérance, dont parle Myre, espérance qui pousse l'humanité en avant".

Deuxième partie : Pour l'avenir du monde

La seconde partie de cet ouvrage présente, en introduction, un tableau de tous ces croyants qui se sont dit catholiques, puis chrétiens, et qui maintenant ne savent plus trop se définir. Myre estime que ces croyants, qui souffrent de la non-pertinence de la religion de jadis, ont le désir de quelque chose dont ils ignorent la nature. Mais, c'est hors de l'Eglise-institution qu'ils vivent, qu'ils respirent, qu'ils se cherchent, qu'ils se laissent transformer par la vie, qu'ils osent entendre les questions troublantes que l'institution ignore. Cette Eglise 'hors les murs" est pour Myre l'Eglise authentique. Certains participants évoquent le fait que Jésus n'a pas fondé d'église mais qu'il a suscité des groupes de disciples, interpellés par sa vie et son message.

Fidèle à son ancrage chrétien, tout en souhaitant élargir sa perspective à l'ensemble des hommes et des femmes de bonne volonté, Myre tente, parfois péniblement, d'actualiser le langage religieux évoquant la résurrection. Privilégiant la vie plutôt que le dogme, il souligne la minceur du savoir portant sur l'après-vie. Pour l'auteur, la foi est dynamisme de vie…elle n'est même que cela. Au sein de ce dynamisme, présent dès l'apparition de la conscience humaine, se constitue la lignée de ceux et celles qui oeuvrent pour l'avenir du monde. On les reconnaît à leur bienveillance, leur sérénité, leur douceur, leur respect de la dignité humaine et de la nature. Ceux qui suivent la ligne, éprouvent en eux un dynamisme intérieur qui les tient debout et leur fait espérer que le mal n'a pas le dernier mot. Cette fraternité de fond traverse les temps, les cultures et les religions.

A mesure que chacun reconnaît chez l'autre cette même passion pour l'avenir du monde et la même espérance que "ça débouche sur ce qui nous dépasse', la reconnaissance mutuelle s'établit et le réseau se construit petit à petit.

Une participante conclut : "Je reste ouverte aux intuitions sur ce qui nous dépasse et, pour moi, être dans la lignée signifie surtout essayer de travailler au Royaume hic et nunc, malgré tout ce qui semble s'y opposer.

André, Jenny, Marc, Marie-Jeanne, Monique, Nicole et Yvonne

(1) Myre André. Pour l'avenir du monde. La résurrection revisitée. Ed.Fides, Québec,2007
Bibliste de formation, André Myre a enseigné l'exegèse à la faculté de théologie de l'Universite de Montréal pendant plus de 30 ans. Il a participé, entre autres, à La nouvelle traduction de la Bible des éditions Bayard (2001) (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions