Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 12:42
Adulte dans la foi.
Christian Bassine
LPC n° 13 / 2011

Dans les milieux catholiques, on entend assez souvent dire que nous avons à devenir adultes dans la foi. Remarquons bien le verbe "devenir" et non "être". Cela suppose donc que, dans bien des cas, nous ne sommes pas adultes en matière de foi et que nous sommes demeurés, à cet égard, au stade de notre enfance ou au mieux de notre adolescence, quand nous étions perméables à l'influence de personnes qui nous voulaient du bien : parents, éducateurs, enseignants, etc.

Force est de constater qu'il est vrai que la plupart des chrétiens contemporains, même ceux qui sont dits cultivés, conservent des attitudes et des comportements peu compatibles avec le niveau qu'ils ont atteint en d'autres domaines, comme en matière professionnelle par exemple. Il s'ensuit que, consciemment ou non, ces personnes, par ailleurs de bonne foi, ont tendance à faire confiance aux "spécialistes", en l'occurrence des clercs - exégètes, théologiens - détenant un savoir religieux, en gros, à l'Église ou à ses représentants patentés.

Je me pose la question de savoir s'il est raisonnable ou non de prendre cette attitude que j'ai personnellement longtemps adoptée. Quand je suis malade, je fais confiance à mon médecin, pour construire, à un architecte, pourquoi pas à un "spécialiste de la foi" en matière religieuse, s'il est permis d'employer ce terme ?

Et bien non, il n'est pas légitime de s'en remettre à quelque spécialiste que ce soit en matière religieuse, car la foi n'est pas une science, puisqu'elle est adhésion à quelqu'un ou à quelque chose qui, tout en me dépassant, m'est intimement personnel. Je ne puis faire l'économie d'une recherche intérieure, d'un questionnement intime, d'interrogations incessantes, après être passé plus d'une fois au désert, où toutes les certitudes s'effacent pour ne laisser que l'homme nu devant son destin, dans l'espérance insurmontable d'une oasis nécessairement suivie d'autres errances tâtonnantes dans l'immensité du désert.

Il faut oser dire que les questions religieuses relèvent des sciences humaines, puisqu'il n' y a pas de science divine, malgré la prétention des théologies d'en proposer une. Et, dans ce domaine des sciences humaines, il convient d'avoir présent à l'esprit le fait qu'il ne suffit pas de "connaître" pour savoir, qu'il faut aussi "avoir vécu" pour oser prétendre détenir une première approche de savoir Pensons-nous avoir une idée exacte de ce qu'est un camp de concentration sans y avoir passé personnellement quelque temps ? Ethnologue et historienne, Germaine Tillion, déportée à Ravensbruck, écrit: "Les événements vécus sont la clé des événements observés".

On ne deviendra adulte dans la foi qu'au prix de cette traversée spirituelle indescriptible parce qu' éminemment individuelle, au-delà de la faim, de la soif et du désir tenaillant l'espèce humaine d'accéder au "savoir ultime" et à "vivre".

Christian Bassine

Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et psychologie