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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 14:02
J'aimerais vous dire. - Albert Rouet - Bayard 2009
 
LPC n° 13 / 2011
J'aimerais vous dire. - Albert Rouet - Bayard 2009

Jean–Marie Fisch a aimé…

J'aimerais vous dire de Albert Rouet, éd. Bayard (2009) 346pp.

Le désir d'Albert Rouet de partager avec ses lecteurs le sens qu'il donne à sa vie, suscitera-t-il chez le lecteur le désir de l´écouter ? Ce livre, en effet, est un témoignage et suppose, par conséquent, un accueil écartant l'inclination spontanée à juger chaque confidence à partir de ses propres convictions. Albert Rouet est un chrétien engagé dans le monde actuel profondément marqué par un changement culturel nullement achevé et qui modifie les comportements sociaux. Dans le cadre de cet engagement, il a accepté d'assumer la fonction épiscopale dont l'essentiel est pour lui la mise en place de communautés chrétiennes dans le Poitou et le maintien nécessaire d'un lien fraternel entre celles-ci.

Ce livre d'entretiens, par son caractère spontané, nous permet de saisir la pensée et la pastorale d'Albert Rouet, son audace intellectuelle et spirituelle et de mesurer avec lui à quel point il est urgent de rendre la foi de l'Église audible dans le contexte qui est le nôtre" (Denis Gira). Les réflexions qui suivent ont pour but de dégager les grandes lignes de ces conversations. C'est en s'appropriant les interrogations posées par D. Gira que le lecteur se trouvera à même de saisir les réponses d'Albert Rouet.

L'auteur commence par expliciter ce qu'est la conversion, expérience spirituelle fondamentale qui conduit à la foi comme chemin de Vie et qui est le fait d'un adulte suffisamment autonome pour décider du sens qu'il veut donner à sa vie. Cette expérience bouleverse la vie du converti. Albert Rouet la décrit en s'appuyant sur le témoignage d'Hilaire de Poitiers ( Père de l'Eglise, évêque de Poitiers 315-367). La conversion comporte trois étapes. La première est l'expérience spirituelle d'être aimé d'un amour et d'une générosité sans limite, certitude profondément apaisante. Vient ensuite la deuxième étape : celle-ci se tourne vers Jésus dont la vie témoigne de cette présence en lui. Enfin vient la troisième étape : cette expérience n'est pas tournée vers soi mais vers les autres, continuant ainsi la mission de Jésus proclamant la bonne nouvelle. La conversion est le fondement qui éclaire tous les entretiens, car elle est expérience de la Trinité, entrée dans la vraie relation.

La conversion envoie vers les autres et d'abord vers ceux qui partagent la même foi. L'entrée d'un converti dans une communauté est un évènement important ; car celui-ci apporte une compréhension nouvelle du message de Jésus impliquant une conversion de la communauté. En effet, l'échange a lieu entre égaux, chacun apportant à l'autre ce qu'il est. Pour ce faire il faut saisir l'importance et la justesse des mots qui expriment ce vécu. Il faut également comprendre ce qu'est la vérité dont nous parle l'Écriture et qui est liée au témoignage.

Albert Rouet s'étendra longuement sur ce sujet, car il conditionne la relation authentique entre les hommes d'horizons et de cultures différents. Faut-il exiger du converti qu'il renonce à sa culture pour endosser un christianisme qui s'identifie à la culture occidentale ? Pour A. Rouet aucune hésitation : celui qui accueille doit apprendre à s'exprimer dans la langue et la culture de celui qui se présente devant lui. Qu'a fait saint Paul sinon chercher à dire le message de Jésus dans la culture gréco-romaine, sans obliger ceux qui se convertissaient à endosser la culture juive ? Ceci met en question la pratique qui lie la transmission de la bonne nouvelle au cadre exclusif de la culture chrétienne occidentale.

Si le cœur de la foi est dans la relation, l'accueil de l'autre en est l'acte fondamental. C'est autour de celui-ci que se poursuivent les entretiens d'A.Rouet et de D. Gira. Ils en manifestent tous les aspects en même temps que toutes les exigences, de telle sorte que le lecteur comprenne que la vraie conversion des membres d'une communauté consiste à ne plus être le centre, à ne plus penser ou agir à partir de soi, mais au contraire à découvrir l'autre comme le centre, un autre qui se révèle être autrement autre, c'est-à-dire différent de l'idée même que chacun se fait de l'autre. Pour Albert Rouet "il ne faut pas oublier que c'est d'abord et toujours l'acte de se livrer à l'autre, donc de se désapproprier, qui garantira l'identité chrétienne." Agir autrement conduit à imposer une uniformité, expression d'un pouvoir individuel ou collectif qui refuse l'échange et la réciprocité entre égaux.

La conversation se poursuit au sujet de ce lieu d'échange qu'est une communauté. "Là, on entre dans un autre type de relation qui s'appelle la communion." Signe particulier de celle-ci : aucun pouvoir ne s'y exerce. La diversité des services et des ministères de la communauté "permet à chacun d'avoir une échelle d'expression, d'avoir une reconnaissance et d'être identifié, grâce à son apport propre, qui est le don que l'Esprit lui fait, pour la communauté à laquelle il appartient." En effet, ce qui lie les membres d'une communauté, c'est d'abord l'échange qui se fait à partir d'un texte choisi concernant la bonne nouvelle de Jésus. La communauté est un lieu où se libère la parole, où chacun peut expliciter ce que le texte choisi lui suggère. Vient ensuite une liturgie, prière communautaire, suivie d'un acte symbolique : le partage du pain entre tous les membres.

Pour parler du lien qui unit les membres d'une communauté ou les communautés entre elles, A. Rouet retient l'image du corps dont parle Paul. "Puisque nous faisons un avec le Christ, nous sommes membres les uns des autres. A partir de là, ce n'est pas... l'unité comprise comme uniformité qui prime, mais c'est la communion -- puisque chacun donne et reçoit -- qui exprime la réalité de ce corps que nous formons... La nécessité ultime est de vivre au sens où le Christ définit ce verbe : donner de soi pour créer de la vie chez les autres"

Les entretiens s'achèvent par une réflexion sur deux aspects clés de la vie chrétienne : la spiritualité et la morale. La spiritualité : écartant beaucoup d'usages de ce terme, A. Rouet voit dans la mystique l'aboutissement de la spiritualité. Parlant de Jésus, il dit de lui qu'il a vécu Dieu, dans le sens qu'il a éprouvé intimement sa présence de manière forte dans le silence de sa prière. Le chrétien de même doit vivre Dieu comme expression la plus personnelle et profonde de sa foi, dans le silence de sa prière comme dans la liturgie, prière de la communauté.

La morale : La conversion libère et responsabilise. La morale est la mise en pratique de la foi, ce qui centre la morale personnelle sur la parole de Jésus rappelant qu'aimer son prochain c'est le seul chemin pour aimer Dieu. Sans pour cela exclure les normes de la vie sociale qui sont nécessaires pour toute société. A. Rouet s'interroge également sur l'importance que peut avoir une morale sociale.

Ce livre s'achève comme il a commencé. La vie chrétienne est trinitaire : l'amour est la source de la foi, Jésus a vécu Dieu et nous invite à vivre Dieu à notre tour, dans l'accueil de l'autre, nous ouvrant ainsi l'intelligence de la relation. En tant qu'évêque de Poitiers, Albert Rouet a mis en place 320 communautés au cours des quinze dernières années (Le Monde, 4-5 août 2010, L'Eglise est menacée de devenir une sous-culture, Entretien avec Mgr Rouet). Ce qu'il dit des communautés chrétiennes est le fruit de sa foi s'appuyant sur ce qu'a fait saint Paul. Ces communautés, qui n'ont nullement besoin de compter beaucoup de membres, seront vivantes si elles donnent envie à d'autres d'en faire partie, au vu de l'amitié qui les unit.

Published by Libre pensée chrétienne - dans Quelques livres