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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 23:25
De l'âme et de son destin
à propos de l'ouvrage de Vito Mancuso (1) (éd. Albin Michel, Paris, 2009)
Marie-Jeanne De Pauw et Yvonne De Proft-Bruyndonckx
LPC n° 14 / 2011

Une lecture à deux voix Marie-Jeanne De Pauw et Yvonne De Proft-Bruyndonckx

Livre très dense, dont je retiendrai quelques réflexions qui m'ont particulièrement nourrie.

Selon Mancuso, la matière et l'esprit ne sont que deux configurations différentes de l'énergie, si bien qu'il y a entre la matière et l'esprit une continuité ontologique. Dans cette optique, "l'âme n'est pas une substance séparée qui provient de l'extérieur, mais comme une configuration particulière de l'énergie unique qui nous constitue" (p.70). L'auteur s'oppose donc à l'idée d'une âme directement créée par Dieu, tout comme à l'idée de l'âme qui procéderait de Dieu par émanation, de même qu'il refuse l'idée de la préexistence de l'âme. Nuançant l'énoncé du catéchisme de l'Église catholique, qui affirme que "l'âme spirituelle ne vient pas des parents mais qu'elle est créée directement par Dieu", l'auteur souligne le rôle important des parents dans la génération de l'âme spirituelle de leurs enfants.

Y a-t-il disparition de l'âme à l'heure de la mort où la matière se dissout ? Non, pense Mancuso, car l'énergie qui nous anime perdure après la mort de notre corps et retourne à sa Source. Adepte du miséricordieux Origène (qui ne croyait pas à la condamnation éternelle des damnés), Mancuso a le courage d'enlever les oripeaux déposés par pas mal de théologiens, et non des moindres, sur les fins dernières… L'auteur nous livre ce beau sujet de méditation : "Mieux vaut être nu devant l'être et son mystère, plutôt que victime habillée d'ignorance, de superstition, de servilité" (p.338).

Très éclairante aussi cette notion de l'éternité à voir non comme un temps sans fin qui commence à notre mort, mais comme une réalité existant depuis toujours et pour toujours, à l'œuvre à chaque instant. Comment ne pas adhérer à cette belle méditation de Mancuso :"Ce qu'il faut abolir en théologie, c'est la catégorie du futur… catégorie qui n'a rien à voir avec l'éternité, qui est la seule véritable dimension du divin… le futur est le temps de l'aliénation, tel qu'on n'y vit jamais ici et maintenant, mais toujours au-delà, toujours en attente, et que donc on ne vit jamais réellement… cette projection du désir de l'âme toujours plus loin, est une forme persistante d'aliénation qui déracine de la vie concrète du présent" (pp 317-318). Oui, à côté de discours parfois très idéalisants, l'ouvrage de Mancuso nous livre de vraies perles précieuses !

Marie-Jeanne De Pauw

Il ne faut pas se le cacher, ce livre est difficile pour qui n'est pas familiarisé avec la théologie. Il est très abstrait, en dépit des efforts que fait l'auteur pour s'inscrire dans une approche basée sur l'expérience vécue.

Le propos de Mancuso est d'envisager la doctrine des fins dernières (mort, jugement, paradis, purgatoire, enfer, vie éternelle) à la lumière de la conscience laïque. Il entend par là une conscience qui recherche la vérité non pas pour appartenir à une institution (qu'il s'agisse d'église, de parti, de mouvement, d'organisation sociale) mais pour elle-même (p.22)… retenant comme argument définitif non pas le principe d'autorité mais la lumière de la conscience (p.13). Il s'ensuit un salutaire assainissement de tout ce qui ne tient plus la route depuis que les progrès des sciences, exactes et humaines, ont changé la perception de l'homme et de l'univers.

Dans le réaménagement que Mancuso propose, il y a des perspectives porteuses. Mais je me suis heurtée, plus d'une fois, à des affirmations péremptoires qui me sont apparues en rupture avec le point de vue de la conscience laïque choisie comme fil conducteur. Quoi qu'il en soit, je garderai de cette lecture l'expérience qu'un réflexe défensif, déclenché par l'énoncé parfois maladroit de propositions, peut déboucher sur un abord plus positif, plus réceptif. Le fait d'avoir alterné lecture individuelle et échanges en groupe de sept personnes s'est révélé très riche à cet égard.

Yvonne De Proft-Bruyndonckx

(1) VITO MANCUSO : Professeur de théologie moderne à l'université San Raffaele de Milan, Vito Mancuso est, à 46 ans, un théologien très en vue en Italie. Ses deux premiers ouvrages consacrés à Hegel et au drame de la maladie furent accueillis avec des louanges par le Vatican. Mais dans "De l'âme et de son destin" qui a été vendu à plus de 80 000 exemplaires en Italie, Vito Mancuso remet en question des piliers du dogme comme le péché originel, l'éternité, la damnation de l'enfer, le lien entre le salut et le sacrifice du Christ sur la croix, la nature strictement divine de l'âme. Et, très critique envers Benoît XVI, il appelle à la tenue d'un concile Vatican III pour refonder la foi (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions