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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:09
Alain Dupuis La crise écologique:un (r) appel à la conversion ?
"La terre comme soi-même" de M. M. Egger
Alain Dupuis (1)
LPC n° 20 / 2012

À propos du livre de Michel Maxime Egger "La terre comme soi-même" (repères pour une écospiritualité) préfacé par Pierre Rabhi (2). (Labor et Fides 2012)

À quelques rares exceptions près, peu médiatisées, le silence des églises sur les enjeux écologiques et une juste relation de l’Homme à la nature, à la terre et au cosmos, semble assourdissant.

Il faut donc remercier l’orthodoxe Michel-Maxime Egger de venir nous secouer : réchauffement climatique, érosion de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, pollution de l’air, acidification des mers…récitée quasi quotidiennement par les médias, la litanie est connue. A-t-on pour autant pris véritablement la mesure de la gravité, de l’ampleur et de la complexité de la crise écologique, à l’évidence le problème le plus crucial et pressant auquel l’humanité doit faire face ? Les maux dont souffre la biosphère ne sont pas ponctuels ou conjoncturels.(…) Ils sont profonds, structurels, interdépendants. Ils participent d’une crise systémique. (…) Cette crise est, littéralement, "apocalyptique" : au sens non pas de fin du monde, mais de la phase terminale d’ un monde. Au sens, surtout, étymologique de " révélation".

L’auteur nous invite donc à lire cette crise globale comme une "parole" insistante, un appel, une "révélation", un dévoilement de ce qui est à repenser, à renouveler du tout au tout dans notre regard sur ce monde et dans nos manières d’être et d’agir, et ceci, peut-être, en redécouvrant et en prenant tout simplement au sérieux des vérités longtemps occultées, mais présentes au cœur même de notre tradition spirituelle et des autres grandes traditions…

Tout au long de ce parcours, le lecteur occidental, peu familier avec le monde de l’Orthodoxie, pourra parfois être un peu décontenancé par la préférence évidente de l’auteur pour une tradition théologique et anthropologique plus orientale, et par son point de vue assez critique sur la "modernité occidentale" qui, selon lui, domine actuellement le monde. Mais son questionnement semble urgent et salutaire.

I – Aux racines de la crise…

En exergue de ce premier chapitre, l’auteur cite l’archevêque orthodoxe Jean de Pergame, évêque émérite du Patriarcat de Constantinople : "La crise écologique est la crise d’une culture qui a perdu le sens de la sacralité du monde parce qu’elle a perdu sa relation à Dieu".

En cause donc, selon lui, le paradigme hérité de la modernité occidentale : une manière de voir et de penser dualiste, fondée sur l’exil de Dieu dans la transcendance, l’exaltation de la (seule) rationalité logique, la désacralisation de la nature devenue simple objet et stock de ressources, la supériorité de l’homme érigé en maître du monde et la primauté des valeurs masculines (machisme et loi du plus fort).

Autant de "dérives et délires" attribués à la modernité occidentale et qui ont permis le mode de développement actuel, en voie de globalisation. Un système socioéconomique profondément non durable et inéquitable, à force de croissance, de "toujours plus et toujours plus vite", de marchandisation de la nature et de réduction de l’être humain à l’état d’homo oeconomicus.

Analysant longuement et en détail ces processus, il ne peut que mettre en cause le système "capitaliste" qui régente désormais nos vies et détruit la planète (mais qui) n’est pas une construction extérieure à nous.(…) Il ne s’est pas seulement approprié la nature, il a aussi colonisé nos âmes, "programmant" nos cerveaux pour qu’ils adhèrent à sa culture (compétition, efficacité, réussite matérielle) comme source de bonheur et d’accomplissement personnel. Il vit en nous…

C’est pourquoi, à ses yeux, une politique écologique qui ne prend pas en compte la réalité de cette imbrication (entre la logique du système et nos consciences) est condamnée à rester un emplâtre sur une jambe de bois.

II – Ambivalence du christianisme…

Dans ce second chapitre, M.M. Egger aborde le problème de la responsabilité de la tradition judéo-chrétienne dans ces dérives.

Il est évident pour lui que, si la crise écologique appelle une réaction à la mesure de ses racines profondes : une réponse spirituelle, alors elle interpelle en cela les sagesses et religions du monde. La tradition chrétienne a (…) une contribution spécifique à apporter à l’émergence d’une écospiritualité. Mais, avertit-il, elle ne pourra le faire d’une manière crédible qu’à une condition : effectuer une évaluation critique des forces et faiblesses de sa théologie à travers les siècles.

C’est ce à quoi il s’emploie ici en montrant, dès les versets de Gen. 1,26-28 qui semblent établir la domination de l’homme sur la création entière, comment la tradition judéo-chrétienne, à travers les écoles diverses et les époques, a souvent participé à la dépréciation et la désacralisation de la nature mise en œuvre par la modernité . Plusieurs de ses composantes ont nourri une dualité (distinction stricte) entre Dieu, l’être humain et le cosmos, qui est, selon lui, à la source de la destruction de la nature.

Pour Egger, la destruction des religions païennes (animisme, chamanisme), la séparation entre le "créé" et l’"incréé", une religion centrée sur le seul "salut" de l’homme, le mépris des réalités terrestres, la méfiance à l’égard du corps, le "machisme" patriarcal, le curieux mélange entre une "évasion vers l’au-delà" et la croyance au sens de l’histoire et au progrès, sont autant de composantes de la culture judéo-chrétienne qui ont favorisé l’émergence de la modernité en crise où nous vivons.

Cependant, il lui semble juste de constater que tout dans notre tradition n’est pas blanc ou noir. Il serait exagéré d’établir une causalité directe entre le christianisme et la destruction de la planète. Le christianisme est pluriel, il s’exprime de manière très variée suivant les personnes, les écoles théologiques, les traditions ecclésiales, les périodes historiques. Certains ont une vision clairement dépréciative de la nature, d’autres la célèbrent comme le "lieu de Dieu". Il ressort de l’histoire plurielle du christianisme une profonde ambiguïté face à la nature : un mélange d’aspect antiécologique, et de potentialités écologiques. L’heure est venue d’actualiser ces dernières, en dialogue avec la science contemporaine et les autres traditions spirituelles.

III – La création, mystère de la présence divine…

Il y a, dans ce titre de chapitre, l’une des clés de ce que M.M. Egger propose comme approche spirituelle de l’écologie. Selon lui, il y a, dans notre tradition, tous les éléments pour refonder notre représentation du cosmos, en lui restituant sa dimension de mystère.

La difficulté ici est sans doute qu’Egger fait abondamment appel à des notions et à une terminologie empruntées à la théologie mystique des Pères de l’Église et des théologiens orientaux, comme si leur vision des choses faisait universellement autorité. Ce qui ne peut que dérouter à coup sûr le lecteur non chrétien, mais tout autant le lecteur chrétien occidental, surtout si ce dernier a pris ses distances avec le langage et les catégories anciennes.

Dans l’histoire, dit-il, la conception de la nature a toujours oscillé entre le panthéisme – qui identifie la nature à Dieu – et le matérialisme qui fait de la nature un "objet", en lui déniant toute réalité spirituelle. Selon lui, la notion de "création" - propre au judaïsme, au christianisme et à l’islam – permet de dépasser ces deux modèles antithétiques dans lesquels la question écologique est souvent enfermée. Revisitée à partir de la tradition mystique, elle ouvre sur un panenthéisme : la nature est en Dieu et Dieu est dans la nature.

Selon les Pères de l’Église, nous dit Egger, Dieu serait présent dans les créatures par ses "idées-volontés" ("logoï") et ses "énergies incréées" (3). De plus, toujours suivant cette tradition, le Verbe divin (logos) en s’incarnant, ne s’est pas seulement fait homme, il a assumé toute la chair du monde. La nature est donc sacrée (ne l’était-elle pas dès l’origine ??) …Don gratuit du créateur, pleine de la vie de l’Esprit, elle est – dans son extraordinaire diversité – une théophanie : une révélation de l’invisible. De plus, cette "création", loin d’être achevée, se poursuit à chaque instant, ici et maintenant, avec la part de conscience, de liberté et d’inventivité propre à chaque espèce.

Et l’auteur de nous montrer comment, selon cette tradition, la création est en devenir dans une dynamique ouverte, tissée d’équilibres et de déséquilibres, d’ordre et de chaos, de vie et de mort. En proie au mystère tragique du mal, elle est en marche vers son accomplissement, son sens ultime : la transfiguration.

Conscient du risque qu’on lui objecte que cette vision des choses ne soit qu’un "particularisme" peu admissible par d’autres cultures, Egger montre que non seulement cette conception du monde, quant au fond, sinon quant à la forme, est présente dans toutes les traditions, mais que même la science contemporaine s’approche souvent d’une telle vision :

Toutes les grandes traditions spirituelles de l’humanité l’affirment : le cosmos est plus que ce que nous pouvons en saisir par nos sens et notre raison. Leurs cosmologies ne sont pas de simples spéculations ou croyances plus ou moins naïves, l’expression d’une pensée magique, sauvage et prélogique caractéristique d’un stade inférieur du développement humain. Elles découlent, au contraire, d’une expérience vécue au tréfond du coeur-esprit et élevée au plus haut degré de la conscience humaine. Une expérience non seulement individuelle et subjective, mais réalisée, authentifiée et transmise à travers les siècles par des générations de chercheurs de Dieu et d’absolu.

Quant aux sciences, il évoque les propos du philosophe des sciences Jean Staume : "si l’on veut rester réaliste, il faut postuler un "réalisme non physique" dans lequel la réalité véritable ne correspond pas à ce qu’on peut voir, mesurer, toucher, elle est en grande partie voilée" ; ou encore ceux du physicien Bernard d’Espagnat qui parle, lui aussi, de "réel voilé" auquel l’esprit humain peut accéder moyennant le passage à d’autres champs de la conscience (4) ….

C’est moyennant cette aptitude de notre conscience que M.M. Egger nous convie à accueillir la richesse d’une vision renouvelée de la création, d’un monde en marche vers sa transfiguration, où l’homme a toute sa part, non de pouvoir et de domination, mais de responsabilité et de "co-accomplissement" en Dieu et avec Dieu.

En effet, selon cette vision des choses, nous ne serons pas sauvés seuls, sans la nature et hors d’elle. La divinisation humaine et celle de la création sont inséparables…

IV – L’ être humain entre la terre et les cieux…

Il ne faudrait pas que les termes de "terre" et de "cieux", utilisés ici par l’auteur, rebutent ceux des lecteurs qui ont évacué ce type de symbolique de leurs représentations.

Il s’agit tout simplement, dans ce chapitre, de proposer, à travers la tradition des Pères, une vision renouvelée (restaurée ?) de l’homme et de sa place dans l’aventure cosmique, en tant qu’il est "esprit et chair à la fois" (Grégoire de Nazianze).

Il s’agit de sortir des travers de supériorité anthropocentrique, mais sans tomber dans le relativisme (…) qui ramène l’être humain au simple niveau d’un animal ou d’une plante.

Les Pères de l’Église, nous rappelle Egger, ont défini l’être humain comme microcosme (cosmos en réduction) et "microthéos" (Dieu en réduction). Enfant de la terre et des étoiles, il porte en lui tous les règnes de l’univers autant qu’il en fait partie, contrairement à ce que le mot "environnement" laisse entendre. Il y a entre nous et le cosmos une relation d’interdépendance matérielle, psychologique et spirituelle. Une osmose, dont le corps que nous sommes constitue le lieu d’expérience premier. Tout ce que nous faisons à la nature, nous le faisons à nous-mêmes et réciproquement.

Pourtant, ajoute-t-il, l’être humain occupe une place à part dans la création. Il possède un intellect spirituel qui le rend capable de transcender la matière et de s’élever vers les plus hautes sphères de l’Esprit. Il est donc par sa constitution, un "être frontière" entre la matière et l’Esprit, des ordres de réalité entre lesquels il est appelé à devenir un pont.

Il convient dès lors de montrer que cette situation ne lui confère pas un droit de domination sur la nature, mais une responsabilité particulière que (selon les termes de la tradition ) il doit assumer en tant que "roi" (qui a reçu son royaume en héritage), "intendant" (qui en a la charge) et "liturge" de la création (qui doit lui permettre d’accéder à son plein "accomplissement" en Dieu). Trois fonctions qui impliquent un esprit d’amour, de respect et d’humble service à l’égard du reste du créé. Et l’auteur montre comment cette vision de notre rôle implique, finalement, une "manière d’être", un "ethos" eucharistique, qui consiste à remercier, donner du sens, partager et transformer créativement. Gestes, dit-il, qui ne sont pas réservés aux fidèles d’une religion particulière et qui ne prennent leur sens que s’ils s’incarnent dans tous les aspects et activités du quotidien.

Évoquant la "parabole des talents", il ajoute que l’écologie ne consiste pas seulement à conserver la nature comme un patrimoine à transmettre tel quel (…) mais à la mettre en valeur et à participer à sa transfiguration à travers notre propre tranfiguration.

Et c’est là que se pose la question de notre propre "métamorphose" intérieure, pour une juste relation au reste du créé…

V – Les chemins de la transformation écospirituelle…

Une fois admises une approche mystique de la création comme "lieu de Dieu" et une théologie de l’être humain comme "passeur" entre la terre et les cieux, entre matière et Esprit, comme les fondements d’une écospiritualité, encore faut-il, nous dit Egger, les vivre intérieurement et les incarner dans toutes les dimensions de notre existence.

Ce changement effectif de nos fonctionnements intérieurs et de nos comportements pratiques à l’égard de la création est l’objet de ce dernier chapitre, sans doute le plus déterminant du livre.

Car, nous avertit M.M. Egger, le chemin est long de la tête au cœur. Il l’est parfois encore plus du cœur aux mains. En effet, il ne s’agit plus seulement d’une éthique et de quelques écogestes quotidiens, mais aussi d’une véritable métamorphose intérieure (métanoïa). Si tout doit commencer par l’acquisition d’un autre mode de connaissance capable de nous éveiller à l’expérience du divin dans la création, il s’agit ensuite de travailler notre cosmos intérieur. Plus la présence toujours naissante de Dieu en toute créature vibrera en nous, plus nous deviendrons capables de la contempler dans les réalités extérieures.

Selon Egger, trois champs sont à transformer où se joue notre asservissement à la mécanique du système socioéconomique qui détruit la planète (et l’homme avec) : nos désirs (à réorienter), nos peurs (à vaincre), nos blessures de l’âme (à guérir).

-Réorienter nos désirs : Pour les Pères de l’Église, l’être humain est fondamentalement un être de désir. (Ils) vont même jusqu’à affirmer que, derrière tout désir, même le plus matériel, se cache en réalité un désir de Dieu qui s’ignore, reflet inconscient du désir premier de Dieu envers nous. Selon Grégoire de Nysse, Dieu, l’infini, a déposé en l’homme un désir infini que rien ne pourra jamais assouvir, sauf Dieu lui-même.

Mais que devient notre puissance désirante dans notre société d’hyperconsommation ?

Le détournement du désir en "envies" et sa dégradation en passions n’est pas une fatalité, pas plus que la confusion entre besoins absolus et besoins relatifs.(...)

Le problème, en réalité, n’est pas que nous désirons trop, mais que nous désirons mal, en prenant les vessies du "beaucoup avoir" pour les lanternes de "la plénitude d’être".

-Vaincre nos peurs : Si derrière tout désir se cache une aspiration à l’infini, derrière toute peur se dissimule l’angoisse de la mort. Celle-ci s’exprime notamment par la "peur de manquer". La peur et les envies sont en fait l’envers et l’endroit de la même réalité existentielle. Les deux s’accroissent quand l’être humain est coupé de lui-même et de sa source divine. C’est le cercle vicieux qu’il convient de briser.

Nous le pourrons (…) en nous affranchissant des illusions de bonheur (satisfaction) et de rareté (manque) savamment et artificiellement générés par le système. Il s’agit, finalement, de passer d’une "conscience de pénurie à une conscience d’abondance" (P. Derruder). Abondance non pas de l’avoir, mais de l’être. Celle-ci n’est pas à acquérir ou conquérir, mais à découvrir en nous-mêmes. Abondance qui, selon Egger, serait tout simplement la "vie en abondance" évoquée par l’évangile de Jean (10,10).

-Guérir nos blessures : Les blessures que nous infligeons à la planète sont fréquemment l’expression de nos blessures intérieures, souvent inconscientes et refoulées.(…) Je ne peux pas, en effet, être en paix et en harmonie avec les autres et la nature si je ne suis pas en paix et en harmonie avec moi-même. Et c’est notamment en me recentrant et en me reconnectant avec la source profonde de mon être (…) que je peux trouver cette paix et cette harmonie en plénitude. Cela doit nous permettre de "réveiller notre passion pour la vie et notre capacité à la protéger" (Joanna Macy). Il nous faut apprendre à nous "relier" aux autres, à la terre, à tous les êtres vivants. Le but est de (…) substituer à notre égo individualiste et compétitif un "soi écologique" solidaire et non séparé de la nature.

Opérer une telle mutation est l’œuvre de toute une existence. Egger en détaille longuement les points clés, qui coïncident avec le fond commun des grandes spiritualités et sagesses, dans ce long et dense chapitre. Les chemins(…) sont multiples. Mais quelle que soit la "voie" choisie, une ascèse (…) est incontournable. Et, loin de conduire à une écologie chagrine, elle ouvre à la réconciliation, la liberté et la joie intérieure.

Épilogue : vers une sagesse pratique…

Loin d’inviter à une aventure mystico-nombriliste de vieux sage réfugié dans son monde, ce livre se veut une invitation pressante à une conversion intérieure et un engagement tous azimuts dans le mode d’être auquel conduit l’écospiritualité : sur tous les plans, personnel, familial, professionnel, citoyen, associatif, ecclésial.

Cela passe par une éducation, une formation, des apprentissages, l’acquisition de savoirs et de savoir-faire (éco-médecines, éco-économie, éco-agriculture, etc...) peu encouragés par le système ambiant.

Il s’agit, selon l’expression de Thierry Verhest reprise par M. M. Egger, de devenir des méditants militants. Parce que "méditant", un militant d’un tout autre genre.

Le "méditant militant" s’engage différemment. À l’agir du petit moi volontariste, il substitue le non-agir (notion bouddhiste). Celui-ci n’est pas la passivité et l’inertie, mais une action ouverte à l’énergie cosmique et divine qui la traverse et agit en elle.

En résumé, ce vers quoi doit tendre l’écospiritualité, c’est une forme de sagesse pratique, enracinée dans la terre et les cieux, arrimée dans le corps humain et habitée par l’Esprit. Le modèle est moins le philosophe d’Occident – torturé par sa tête trop lourde (…) – que le saint chrétien ou musulman, centré sur le cœur, ou le sage d’Orient, bien ancré dans son "hara" (5). Le saint ou le sage n’agit pas à partir d’une délibération intellectuelle sur les valeurs, d’une analyse rationnelle des motivations ou d’une pesée des intérêts en jeu. Il "sait" ce qui est "juste" et le réalise pour ainsi dire naturellement.(…) Le sage n’accomplit pas une action écologique, il "est" action.

Alain Dupuis

(1) L’auteur de ces pages regrette de ne pas avoir réussi à mettre plus en valeur l’ouverture de M.M. Egger à toutes les traditions et courants de pensée explorés dans cet ouvrage extrêmement riche. Les sous-titres sont ceux de M.M.Egger. Tous les propos en italiques sont les siens. Michel Maxime Egger est sociologue et journaliste, orthodoxe, il participe égalememt à la revue "La chair et le souffle" initiée par la théologienne pasteure Lytta Basset. Il est très engagé dans tout ce qui concerne le développement durable et les relations Nord-Sud équitables. (retour)
(2) Pierre Rabhi est un français d’origine algérienne, non confessionnel, théoricien de la mutation écologique et pionnier de l’agriculture écologique. Ses méthodes se répandent en Afrique de l’Ouest. Il travaille également avec le monastère orthodoxe de Solan (Gard, France). Pour en savoir plus : www.fondation-macif.org (retour)
(3) Ces deux notions sont explicitées plus en détail dans l’ouvrage. Les "idées-volontés" ou " logoï" pourraient être comparées à une sorte de code génétique inscrit dans l’essence de toute réalité et la prédisposant à son accomplissement spécifique total, suivant son règne et son espèce. Les "énergies incréées" sont comme les diverses manières qu’a l’"énergie divine" d’être présente à chaque entité créée pour la mener à son plein accomplissement, à sa métamorphose finale. (retour)
(4) Sur ce thème, on lira aussi avec intérêt "Le cosmos et le lotus" de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan (Albin Michel, 2011). Il écrit : "Savoir ne suffit pas pour appréhender le réel", et encore "Le pratiquant accompli du bouddhisme sait que la réalisation vécue de l’interdépendance se traduit par une compassion irrésistible envers tous les êtres – une compassion qui modifie son existence jusque dans sa fibre la plus intime." (retour)
(5) Si les traditions mystiques du judaïsme, du christianisme et de l’islam, ainsi que certaines écoles bouddhistes parlent du "cœur" pour désigner le foyer vital de l’être humain, l’hindouisme situe plutôt ce symbole, le "hara", au niveau du plexus. (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions