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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 08:57
Herman Van den Meersschaut Editorial
Herman Van den Meersschaut
LPC n° 30 / 2015

On ne peut le nier, la violence est une composante incontournable de notre univers.

Aussi merveilleuse qu'elle puisse nous apparaître, la nature est impitoyable.

Notre terre nourricière peut nous frapper aveuglément ; maladies, séismes, tsunamis, cyclones et autres éruptions volcaniques nous le rappellent régulièrement.

Dans le monde végétal, animal ou humain, la lutte pour la survie est la règle.

Tout vivant vit au détriment d'un autre : ne sommes-nous pas obligés de tuer pour nous nourrir ? Cette violence fait partie de notre condition humaine, nous ne pouvons y échapper. Il faut bien s'en accommoder.

Mais il y a une autre violence, dont nous, les humains, sommes seuls responsables.

Elle est sœur de la convoitise, de la jalousie, de la vengeance, mais aussi de l'injustice, de l'humiliation, de la frustration, de la misère et du désespoir.

Ne la sentons-nous pas en nous-mêmes "comme une bête, tapie derrière la porte, prête à bondir, et qu'il s'agit de maîtriser" ? Gen. 4-7. S'il est une chose dont nous avons absolument à nous sauver, c'est bien de cette violence-là, car c'est notre propre humanité qu'elle nie.

Rien d'étonnant qu'elle soit présente dans tous les textes fondateurs des grandes religions. La violence est souvent le thème central de leur réflexion. Antithèse de l'amour, ne fait-elle pas obstacle à tout "vivre ensemble" ?

Pour donner plus de poids aux réponses qu'ils s'efforçaient de trouver aux questions fondamentales de leur temps, les auteurs de ces mythologies n'ont pas hésité à faire parler et agir leurs dieux et à leur attribuer des sentiments, des paroles et des comportements non seulement très humains, mais terriblement violents.

Ce qui pose problème, c'est que ces paroles d'hommes ont été proclamées "parole de Dieu" ou "révélation" par les maîtres de ses diverses traditions qui prétendent, chacune, être seule dépositaire de la vraie révélation. Cette parole de Dieu, rendue intouchable et irréfutable, sera malheureusement utilisée tout au long des siècles pour légitimer le droit et même le devoir de violence contre les païens, les infidèles, les hérétiques et certains gêneurs comme Jésus ou… Charlie, par exemple.

Que d'injustices n'a-t-on commises en son nom ? Et cependant, malgré cela, craignant d'être traités de blasphémateurs, des millions de croyants restent "coincés" devant le caractère soit disant "sacré" de la Bible ou du Coran. Il est donc indispensable, mais libérateur, de prendre, dans un premier temps, de sérieuses distances avec l'idée d'une "révélation" qui aurait été réservée à quelques personnes d'un peuple supposé élu, dans un temps limité, et serait aujourd'hui définitivement close. Ensuite, d'aborder librement ces textes comme n'importe quel texte littéraire en les prenant pour ce qu'ils sont : l'expression située et datée d'une profonde réflexion sincère et parfois maladroite de l'homme sur lui-même, sur sa place dans l'univers et sur l'Indicible qui le dépasse. Cette réflexion qui s'est perpétuée sans interruption jusqu'à nos jours et ne sera jamais terminée, LPC vous propose de la continuer aujourd'hui en compagnie des auteurs qui ont collaboré à ce numéro.

Bonnes vacances et bonne lecture.

Herman Van den Meersschaut

Published by Libre pensée chrétienne - dans Editorial