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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 10:25
Gerda Compère À propos du livre de Jean-François Bouthors : "Délivrez-nous de 'Dieu' !"
Gerda Compère
LPC n° 31 / 2015
Délivrez-nous de 'Dieu' ! Délivrez-nous de "Dieu" : De qui donc nous parle la Bible ?
Jean-François Bouthors et Christoph Theobald

Le nom "Dieu", mot par lequel nous parlons de notre foi, jadis une évidence, est aujourd'hui à lui seul un problème, un malentendu dévastateur. Dans ce livre au titre provocateur, l'auteur tente de nous en délivrer par un parcours biblique autour de la question (sous-titre du livre) "De qui donc nous parle la Bible ?"

Il dit avoir appris très jeune de son arrière-grand-mère catholique le chemin qu'elle-même avait fait depuis certaines superstitions religieuses jusqu'à la foi raisonnable qui était la sienne et que "la question de comprendre ce qu'il croyait l'a habité d'aussi longtemps qu'il s'en souvienne".

Sa méfiance de l'usage inconsidéré que l'on fait du mot "Dieu" lui a fait aimer dans le judaïsme le refus radical de l'idolâtrie. Chaque fois que nous usons de ce mot, nous trahissons ce qu'il recouvre.

Ce que Jean-François Bouthors a reçu de la foi – car il se dit profondément croyant – c'est un mode de présence au monde, "un style" (mot emprunté à Christoph Théobald qui préface l'ouvrage), une posture qui permet de prendre à bras le corps notre monde pour en partager la responsabilité par un usage vrai et juste de la parole qui fait de nous des sujets à l'image du "Je Suis" révélé à Moïse.

Ce livre, il l'a écrit à la demande d'un groupe rencontré lors du triduum pascal qu'il animait à l'abbaye de Boscodon, à partir de la question "Que pouvons-nous dire, raisonnablement, de ce que nous croyons et qui nous fait vivre ? ".

Au fil des sept chapitres, Jean-François Bouthors chemine avec la parole biblique ; les différentes nominations de l'indicible (YHWH, Elohïm, Adonai, …) dans les couches rédactionnelles successives disent l'évolution de la conscience spirituelle d'Israël, marquée au départ par le polythéisme pour aboutir à l'oxymore d'un pluriel (Elohïm) pour dire l'Un (Dt 6, 4).

La lecture qu'il fait de l'épisode du buisson ardent est passionnante : elle confirme l'intuition de nombreux mystiques que ce que nous nommons "Dieu" rejoint le plus intime de nous-mêmes, la voix qui parle au cœur lorsque nous tentons de discerner ce qui nous fait vivre. Dieu serait le nom de la parole qui parle en nous, parole qui tient dans le prologue du quatrième évangile (Jn 1,1-4) le rôle créateur d'Elohim dans le premier récit de la Genèse (Gn 1,1). Le chapitre 2 développe cette hypothèse pour aboutir à l'affirmation soulignée par l'auteur que l'acte créateur est le fait de dire.

C'est la parole qui va se manifester comme "dieu" et se faire connaître comme l'irruption d'une transcendance dans ce qui advient. Cette parole qui a surgi en même temps que l'humain reste une énigme ; elle dit "Je suis" en tout humain en marche vers la plénitude de son être. Pour que la parole se manifeste, il faut qu'elle soit portée par des humains : la transcendance s'exprime dans l'immanence. L'auteur met en garde contre un usage abusif de l'expression "parole de Dieu". Nous assistons au renversement de la conception traditionnelle qui fait de la parole un attribut de Dieu, alors que c'est l'inverse : "Dieu est un attribut de la parole" (p. 40, souligné par l'auteur).

Les chapitres suivants retracent les tribulations de cette parole dans l'histoire du peuple à qui elle a été confiée. C'est le récit des infidélités du peuple "élu", des crises qui en résultent et comment, en faisant l'expérience de son mauvais usage de la Torah – les dix paroles – il en approfondit l'écoute et la connaissance grâce aux prophètes.

Le livre se clôture par l'évocation de Jésus, la parole faite chair, entièrement livrée aux hommes et qui fait la lumière sur le mauvais traitement infligé à ceux qui la portent, les prophètes et Jésus. C'est la prise de conscience d'avoir détourné cette parole de vie pour en faire un instrument de mort qui lui permet de rejaillir comme le désir le plus profond qui nous habite et nous remet en marche vers une vie libérée de la peur.

J'espère vous avoir donné l'envie de redécouvrir, grâce à J.F Bouthors, l'extraordinaire héritage transmis par la tradition biblique. Son travail fait jaillir du texte biblique la puissance vitale qu'il contient, en le dégageant de la gangue des interprétations convenues qui le décrédibilisent ou le rendent insignifiant. La parole a pour seule finalité de libérer celui qui l'entend, de le faire vivre et accéder à sa propre parole comme une nouvelle naissance.

Bonne lecture !

Gerda Compère

Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions