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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 20:19
bateau lpc Réflexions sur l’encyclique ‘LAUDATO SI’
Philippe Ronsse

75 pages à lire… c’est lourd ! J’y suis allé au ventilateur, m’arrêtant sur ce qui était important à mes yeux et négligeant par ailleurs l’inventaire des problèmes déjà bien connus. Pourtant cette encyclique, en raison de l’autorité morale du pape actuel, est majeure. J’en ai apprécié à la fois le ton, celui d’un homme préoccupé par l’urgence, et le contenu en accord à la fois avec la science, l’évangile et l’éthique. Aucune encyclique n’a atteint jusqu’ici un tel degré d’universalité.

J’ai entendu la parole d’un homme qui s’impliquait personnellement et non celle d’une institution d’ordinaire plus préoccupée d’elle-même que des gens auxquels elle s’adresse. Cela me l’a rendue proche, me rendant ainsi moins enclin à la défensive et au scepticisme, souvent mon premier réflexe face à l’institution.

Elle m’a touché aussi parce que ses mots ne sont pas ceux d’une autorité dispensatrice de sa vérité réductrice. Point de doctrine dans le message mais des faits observés, soumis à la raison et à la critique scientifique. Ceci dit, le pape inscrit naturellement sa vision des choses dans le cadre de sa foi en Dieu et en Jésus Christ. Cela l’entraine à faire des amalgames incongrus entre Bible, foi et science, ce qui m’a mis parfois mal à l’aise.

Je me suis senti encouragé et davantage impliqué dans la réflexion proposée, bien qu’en la matière je n’aie personnellement pas besoin de me référer à Dieu, ni à Jésus. Au final cependant, je ne sais pas très bien où cela me mène, ni si j’aurai le temps, voire la possibilité matérielle, d’apporter à ma vie des changements d’une portée écologique réellement significative. Je n’ai aucun goût à me faire donneur de leçons si je ne peux pas appliquer moi-même ce que je défends. Alors quoi… ? Éteindre les lumières, oui, ne pas laisser couler l’eau inutilement, oui aussi, rouler moins et moins vite, d’accord, éviter de manger trop de bœuf, bien sûr, etc… Je fais déjà à peu près tout ça mais je constate que dans le même temps il y a 6.700 avions en commande rien que chez Airbus (10 ans de travail !)… pas loin de 90 millions de véhicules qui seront produits en 2015 (dont 1 pour moi, c’est vrai !)… et le reste à l’avenant puisque croissance oblige ! Comment conjuguer l’inertie de notre système économique qui, malgré tous ses défauts, nous a si bien servi durant 150 ans, avec la nécessité d’entrer dans un mode de vie plus sobre ? C’est un vrai problème à propos duquel je ne discerne pas de solution claire… du moins dans l’immédiat.

Nous sommes en effet inscrits dans un système, comme dit l’encyclique. C’est parfaitement exact. Or, par destination, tout système est en recherche permanente de son équilibre : agir sur une des composantes a un effet sur toutes les autres, jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre s’établisse. Sur le plan humain par ex., toute tentative de correction d’une injustice en crée inévitablement une ou des autres. Pareillement, dans la gestion de l’environnement ou de l’économie, toute action entreprise, délibérée ou non, entraîne ipso facto un rééquilibrage aux effets imprévisibles, différés par effet d’inertie et inégalement répartis. Cette loi universelle doit nous inciter à la réserve, à la prudence, voire à la modestie de nos prises de décisions, ce qui ne veut pas dire bien entendu que nous devions rester les bras croisés.

Un des paramètres majeurs du système en question est malheureusement purement et simplement nié dans l’encyclique. Il s’agit de la démographie dont il est dit au § 50 qu’ “il faut reconnaitre que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire“. Cette assertion est objectivement fausse ! C’est même une contrevérité. Tout être humain entraine avec lui les besoins de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se chauffer, de se déplacer, de se reproduire, etc… ce qui a un effet direct sur la consommation des ressources et sur l’augmentation des déchets. De surcroit, cet effet est largement amplifié par le désir légitime de chacun de posséder un jour ce que l’autre a déjà. Si nous en sommes aujourd’hui là où nous en sommes, c’est de toute évidence d’abord parce que nous sommes passés de 2 à 7 milliards d’individus en 3 générations ! Laisser croire qu’on peut laisser la bride à la croissance démographique est un déni de la réalité finie de notre “maison commune“. Je sais que je touche là un point extrêmement sensible aux yeux de beaucoup mais de là à me mettre la tête dans le sable, non ! S’agit-il de naïveté de la part de François, d’aveuglement ou d’un manque de courage ? Un peu de tout ça sans doute, mâtiné de culture millénaire judéo-chrétienne… ! Voilà une belle occasion manquée de la part du bon pape François qui pourtant reconnaissait, il n’y a guère aux Philippines, que les bons catholiques ne devaient pas nécessairement se comporter comme des lapins !

Quoi qu’il en soit, cette encyclique a le mérite d’avoir su échapper en grande partie à l’incantatoire. Elle pose concrètement les problèmes en les fondant dans un tout, tout en nous plaçant devant nos responsabilités dans tous les domaines envisagés. Pourtant, il ne suffit pas qu’un pape nous exhorte et nous secoue pour que tout change. Nous obéissons en effet à des lois dont nul ne peut s’affranchir quel qu’en soit le désir : nos hormones orientent nos actes bien plus que nous ne le pensons, nos gênes déterminent notre croissance et notre conscience elle-même est souvent en retard (en fait, presque toujours…) sur nos actions ! Et, par-dessus tout, il y a cette mystérieuse pulsion de vie qui gouverne le règne du vivant et qui fait que, quoi que nous fassions, nous voulons toujours plus, toujours mieux, fût-ce au mépris de l’autre et du plus faible en particulier. Ce n’est pas une vision pessimiste. L’évolution montre que cela a toujours fonctionné ainsi. L’Homo Sapiens en particulier s’est comporté depuis 200.000 ans comme la pire des espèces invasives ! Saint François, en son temps, ne pouvait pas savoir ça et Jésus, du sien, encore moins. Mais nous, nous savons que nous sommes soumis à cette loi qui fait que la création ne sera jamais aussi belle qu’on le voudra puisque le vivant ne peut exister qu’en détruisant, en consommant et en rejetant…

Dieu, s’il existe, a évidemment quelque chose à voir avec tout ça. C’est sans doute pour cela qu’il nous aurait donné d’aimer et d’être aimés… afin que nous trouvions un sens à la vie par-delà les souffrances qu’elle nous inflige et par-delà les dangers qui la menacent, à terme, jusque dans son existence même.

PhR – 22 novembre 2015

Published by Libre pensée chrétienne - dans Eglise