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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 18:55
Hyacinthe Vulliez Jésus on sait peu de choses de toi. (1)
Hyacinthe Vulliez

Jésus, on sait peu de choses de toi, et sur toi.

Pourtant on aimerait en savoir beaucoup plus. Tu n'as laissé aucun écrit. Les quatre évangélistes, eux, ont écrit ce qu'ils savaient de toi, tes paroles et tes gestes, mais ils l'ont fait au travers de leurs sensibilités, de leurs cultures et du contexte historique dans lequel ils vivaient.

Les différences entre eux sont à prendre en compte. Entre un Matthieu polémiste et même bagarreur ; un Marc, esprit rigoureux et concis ; un Luc nourri de culture grecque et Jean, un sensible, mystique, visionnaire. Ils ont écrit tardivement, quelques décennies après ta mort, dans les années 60 à 100.

Le premier à écrire a été l'apôtre Paul qui ne t'a jamais rencontré. Il t'a connu par sa fameuse vision sur le chemin de Damas. Il t'a connu comme ressuscité seulement. Dans ses lettres, il ne fait que quelques rares allusions à ta vie terrestre. On sait si peu de choses de toi que certains se sont plu à mettre noir sur blanc des récits fantaisistes qui ont eu, et ont encore beaucoup de succès. Que sait-on de toi ?

J'ai étudié les Ecritures en utilisant les moyens dont nous disposons aujourd'hui : exégèse, histoire, sociologie, paléontologie…Et je continue encore tous les jours à plus de, 92 ans, sans que je qui n'aboutisse à des résultats qui me satisfassent pleinement. Tu es un mystère et tu restes un mystère. En ta vie terrestre, tu aimais te protéger derrière le secret.

Excuse-moi, Jésus ! Je me demande si, comme tout homme, tu savais toi-même vraiment qui tu étais. Tu préférais te taire et tu souhaitais que nous soyons prudents. Plus on creuse, plus le mystère est devant. Tu n'aimais pas du tout qu'on parle des choses extraordinaires que tu faisais : les guérissons, les résurrections, les injonctions aux éléments de la nature, la chasse aux puissances sataniques…Qu'es-tu réellement ?

Il est une distinction indispensable à faire si l'on veut s'approcher de ce que tu as été, et non selon les idées que tes premiers disciples avaient de toi. Faire cette distinction, c'est assainir da foi, la purifier, la rendre plus authentique, et non la réduire. Une foi qui n'est ni un savoir ni une certitude mais une conviction qui inclut la question. Distinguer le Jésus de l'histoire (le Jésus historique) du Jésus théologique (le Jésus de la théologie et de l'apologétique).

Les athées disent que Dieu n'existe pas mais ils ne peuvent pas plus le prouver que le croyant ne peut prouver qu'il existe. L'homme ne peut prouver la non-existence de Dieu. Il ne peut prouver son existence. La foi n'est pas la conclusion d'une argumentation rigoureusement conduite. Elle n'est pas de l'ordre du rationnel. Elle est raisonnable ! Il y a là de quoi désarçonner nos contemporains férus de rationalité. L'appétit du rationnel éloigne beaucoup de Dieu. Les athées ne peuvent nier que toi, Jésus, tu as existé, sans nier l'histoire. Ta vie s'est déroulée dans l'histoire des hommes. Mais à vrai dire, nous savons bien peu de choses sur toi. Des choses qui soient sûres ! Ce que tu as réellement fait, ce que tu as réellement dit !

Le magistère de l'Eglise catholique parle trop souvent comme si la foi en l'existence de Dieu relevait d'un savoir qui s'écrit dans des traités et des dogmes. Cela me gêne beaucoup. Une des conséquences de notre ignorance à ton sujet est paradoxalement qu'on raconte beaucoup de choses à ton sujet. On brode comme l'ont fait les apocryphes. On affirme de façon péremptoire que tu as dit ceci ou cela. Jésus a dit ! On te fait dire ce que le prédicateur veut dire, le prédicateur qui fait de toi celui qui le couvre. Il faut se méfier. Ne sont-ce pas ceux et celles qui affirment avec fermeté, en mettant les point sur les "i", qui te font dire ce qu'ils pensent eux-mêmes ? Jésus, n'y-a-t-il pas lieu de t'indigner ?

Jacob Neusser, historien juif, en appelle à l'honnêteté. "Si vous ne pouvez montrer en fouillant textes et contextes que c'est bien ce que Jésus a dit, alors, avouez-le, vous ne le savez pas". Jésus, combien il est difficile de savoir qui tu fus réellement ! Quelle fut ton attitude à l'égard de la Loi qui est plus que le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), et aussi à l'égard de tes compatriotes… ? On n'imagine guère combien ceux et celles qui se sont livrés à cette recherche ont dû travailler, et de quelle rigueur intellectuelle, ils ont dû faire preuve.

Un exégète américain, John P. Meyer, a récemment publié les résultats de ses travaux, un total d'environ 4000 pages ! Enorme travail de patience dont je suis le bénéficiaire ! Cela me rapproche de Toi. Cela me fait plonger dans le mystère de Dieu, l'Insondable et l'Indicible.

Le docteur Jonas Salk, un des premier chercheur de la lutte contre le sida, prit conscience qu'il ne suffisait pas de guérir mais qu'il fallait prévenir, et par conséquent chercher et inventer. Il a compris qu'il lui fallait mettre en sommeil toutes les "vérités" qui enferment dans la satisfaction des connaissances acquises. Il les a toutes mises de côtés, que ce soit celles des scientifiques ou celles des théologiens, pour s'adonner à la découverte de nouvelles vérités car, pour lui, il n'existe pas de vérités définitives. C'est ainsi qu'il a méritée Prix Nobel. Encore à plus de 91 ans, il cherche toujours. Il se déclare agnostique. Il dit ne pas savoir si Dieu existe. Mais il ne lui refuse pas la possibilité d'exister. Il accepte le mystère.

Jésus, vais-je t'étonner ? Je me demande si je ne suis pas agnostique. Le mystère est devant moi, et plus encore en moi.

A demain, Je reviendrai sur la question.

Hyacinthe Vulliez

(1) Extrait de: Jésus, je t'écris, de Hyacinthe Vulliez aux éditions les amis de Crespiat, 2012. Contact: hyacinthe.vulliez@orange.fr (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Jésus