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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 14:14
André Verheyen Le mot d'André Verheyen... ...Dialogue - Proclamation
André Verheyen
LPC n° 33 / 2016

Parmi les équilibres à promouvoir entre valeurs complémentaires, une place de choix revient au couple "dialogue-proclamation".

On trouve peu de personnes qui ne souscrivent pas à la valeur du dialogue avec ses divers aspects d’accueil et d’écoute de l’autre. Cela ne veut pas dire que nous réussissions facilement ces aspects du dialogue. Tout aussi rares sont ceux qui diraient qu’il ne faut pas promouvoir les valeurs que nous avons pu découvrir, et cela pour en faire profiter les autres.

En milieu chrétien, cela se traduit par des expressions telles que "proclamer la Bonne Nouvelle", "construire le Royaume", etc. Dans la réalité concrète de la vie, il n’est pas toujours facile de bien doser ces deux valeurs, car l’Eglise accorde toujours une trop grande place à la proclamation aux dépens du dialogue.

Ce qui est sans doute utile, c’est de consolider notre propre capacité de vivre cet équilibre et cet harmonieux dosage. Et pour cela, quoi de plus indiqué que la réflexion sur le motif et le contenu de ce qu’il y a à proclamer. Le motif, en contexte chrétien, est lié au contenu, puisqu’on parle de "Bonne Nouvelle". Si nous avons découvert une bonne nouvelle, il ne faut pas chercher d’autre motif à la proclamation : il est normal de vouloir la transmettre aux autres.

Que faudrait-il alors pour que notre message soit une bonne nouvelle ?

Je me limiterai ici à quatre conditions importantes :

  1. Il faut que nous précisions ce qu’est notre bonne nouvelle pour nous-mêmes.
    En effet, ce n’est pas dans les formules des catéchismes, des crédos et des rites que l’Eglise répète depuis des siècles que je risque de trouver une "nouvelle". Au contraire, cela me donne plutôt une impression de saturation et d’usure.
    Par contre, la réalité de ce que Jésus a vécu en paroles et en actes garde toute sa force de nouveauté quand je la rencontre aujourd’hui. Le paradoxe de cette nouveauté permanente s’explique par la médiocrité habituelle de la nature humaine. En effet, il est tellement rare de voir des personnes vivre vraiment les valeurs évangéliques que c’est à chaque fois "bonne nouvelle". Ce n’est donc pas dans des formules rituelles, mais dans la vie que je découvre la bonne nouvelle, particulièrement si elle semble conforme à ce que Jésus proclamait : "Convertissez-vous, le Règne de Dieu s’est approché".
  2. Il faut que nous connaissions nos interlocuteurs et donc que nous les écoutions pour savoir ce qu’ils vivent. En effet, comment pourrions-nous apporter un message signifiant pour des personnes dont nous ne saurions pas ce qu’elles pensent ou ce dont elles ont besoin ?
  3. L’inculturation, c’est-à-dire exprimer notre message dans la culture de nos interlocuteurs. Nous avons déjà souvent exprimé cette préoccupation et nous ne la développerons pas ici. C’est tout le problème de l’obstination conservatrice à vouloir maintenir des formulations philosophico-théologiques à la Nicée-Constantinople !
  4. Le témoignage de vie, c’est-à-dire la traduction du message dans le vécu expérimentable. Mieux que des paroles : des actes.

En conclusion je dirais que, tout en accordant un soin réel à l’actualisation du langage, nous devons privilégier le témoignage en actes. Car à toutes les époques et dans toutes les cultures, les gens sont disposés à croire ce qu’ils voient.

André Verheyen -Extraits de LPC n°100/2000, p. 2 et 3.

Published by Libre pensée chrétienne - dans Le mot d’André…