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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 17:40
Quel homme pour demain ? - Charles DELHEZ - Fidélité, 2015
Philippe Ronsse

"Que les croyants se rassurent." (p. 141)

Quel beau titre ! Quel beau champ de réflexion à l’époque où se posent tant questions dont la principale touche à l’avenir même de l’humanité. Il y avait de quoi me mettre en appétit. Très vite cependant, l’auteur révèle sa préoccupation de concilier foi chrétienne et science plutôt que de sonder l’Homme avec un grand H. Son objectif est clair : établir un plaidoyer pro domo visant à ramener à la religion ceux qui profiteraient des perspectives offertes par la science pour s’en détacher. Il ne s’agit donc pas d’un essai animé d’un réel souci d’objectivité mais d’un ouvrage destiné à calmer les velléités de penser librement sa foi en vue de ramener un peu d’ordre dans le landerneau.

S’agissant plus spécifiquement du débat “science versus religion”, je croyais pour ma part qu’il avait plutôt tendance à s’estomper… Je me suis étonné de l’ampleur qu’il retrouvait soudain à la faveur de cet ouvrage. Sans doute parce que, dans mon évolution personnelle, ou la science a certes joué et joue toujours un grand rôle, d’autres disciplines ont eu à leur tour leur place. La psychologie, l’histoire, l’anthropologie ou la sociologie, voire la philosophie elle-même, ont également contribué à forger le sens de ma vie, parfois même avec davantage d’impacts. Ainsi, notamment aujourd’hui, les croyances me semblent davantage bousculées par la critique historique que par la science elle-même. Quantité d’ouvrages en attestent (l’islam devra aussi s’en préoccuper!). Et que dire de la psychologie, cette approche du cœur de l’homme qui effraie tant le croyant, et donc l’Église elle-même, pour ce qu’elle risque de faire apparaitre les réelles motivations de croire ? Au 17ème s. l’Église a dit ”non” à Galilée ; aujourd’hui, c’est au tour de la psychologie d’être tenue à l’écart !

Dans la pratique, s’il ne s’agit que de science et religion, j’admets que l’une et l’autre puissent cohabiter dans la pensée de certains hommes. Cependant, ma conviction est que la perspective de l’Homme requiert l’analyse du spectre de l’humain tout entier. En ce sens, l’approche de Charles Delhez est malheureusement réductrice, voire elle cède à la facilité.

En homme intelligent, en bon jésuite rompu aux subtilités de la casuistique dont il dit que c’est un art (p. 105), Charles Delhez démonte à coup d’innombrables citations univoques les antagonismes sciences-religion pour les réassembler sous une forme conciliante, nécessairement favorables au religieux. Je ne lui dénie pas ce droit mais l’objectivité eut commandé qu’il fit aussi état d’opinions moins favorables à sa démonstration. Ainsi, même si j’ai le plus grand respect pour le Teilhard de Chardin de ma jeunesse, en science, il ne fait pas l’unanimité, loin de là, et sa vision originale de l’évolution est contredite aujourd’hui par des faits avérés. D’autre part, sur des matières aussi sensibles que l’euthanasie, d’autres (1) se sont exprimés à ce sujet avec une compétence et une humanité allant bien au-delà de la condamnation (en termes patelins, soit) qu’il profère à son encontre. Enfin encore, concernant l’état de la planète, ignorer superbement le problème de la croissance démographique - par ailleurs purement et simplement niés dans la belle encyclique Laudato si (§ 50) ! - est une légèreté coupable. Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres.

Par parenthèse, la croissance démographique concerne rien moins que le grand mystère de la ”pulsion de la vie”, celui qui pousse le vivant à toujours davantage de complexité dans une explosion de moyens ignorant toute limite. Quelle est donc cette prétention de l’homme à croire qu’il tire les ficelles de son avenir, alors que la loi du vivant le mène à son insu par le bout du nez… ? Illustration : on observe que nos décisions/actions les plus intimes sont souvent, sinon toujours, précédées d’impulsions spontanées émanant directement du système nerveux central, alors que nous croyons de bonne foi les avoir nous-mêmes consciemment déclenchées. Humilité donc.

La méthodologie de l’auteur est déductive. Il part d’un donné, d’un postulat, en s’arrangeant de telle sorte qu’en finale tout concourt à le justifier. Pour ma part, je ne suis pas adepte de cette manière de penser qui confond sujet et objet dans une même démonstration. Je préfère partir de l’observation des choses – le propre de la méthode scientifique en somme – pour remonter à ce qui pourrait en être la source. S’agissant plus particulièrement de Dieu, je ne peux ni en nier l’existence, ni l’affirmer car l’observation objective ne me permet pas de remonter jusqu’à lui, s’il existe. Je me contente de constater le mystère qui le concerne, tout en pensant qu’il en sera toujours ainsi. C’est la raison pour laquelle, n’ayant pas les mêmes prémices que l’auteur, je ne me sens pas concerné par son discours au même titre qu’un croyant. Parallèlement à ceci, il n’y a pas davantage lieu de relever mes points de désaccord avec lui.

Pour moi, Dieu est la question, non la solution. C’est à la base de ma quête et de ma spiritualité actuelle. Je suis devenu étranger à la construction échafaudée par le christianisme au cours des siècles. Je parle bien du ”christianisme”, c’est-à-dire la doctrine qui en fonde la foi ! Car, pour ce qui est du Jésus qui en est à l’origine, cet homme me révèle une humanité à laquelle j’adhère totalement, en dépit de ce que mon comportement le contredise si souvent. Je n’ai pas besoin d’autre chose pour m’éprendre de l’Homme, ni pour espérer en ses lendemains, quelle que soit la prévisibilité de sa fin inévitable. Or, curieusement, je ne trouve nulle trace, dans le livre, de Jésus. Cela me choque de la part d’un auteur tenu pour être son disciple.

En clôture, trop naïvement sans doute, je me prends à penser que, si Jésus n’avait pas été fait Dieu, il aurait peut-être depuis longtemps rassemblé une autre unanimité autour de sa personne…

Too bad ! Too late… ?

Philippe Ronsse – 25 mai 2016

(1) Hans Küng, Gabriel Ringlet, Corine Van Hoof, André Gailly, François Damas... (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et croyance