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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 09:00
Guy Jacques de Dixmude Dieu, mais quel Dieu
Guy Jacques de Dixmude

Pour autant qu’il en ait une, l’histoire de Dieu pourrait comprendre quatre chapitres ; il y aurait ainsi le Dieu d’avant Jésus (Ancien Testament, principalement Pentateuque), celui de Jésus (évangiles, apocryphes inclus), celui d’après Jésus (l’Eglise, ses credo et dogmes) et, excusez du peu… le mien. Ce sera la trame de l’exposé qui suit.

Mais attention, c’est moins Dieu qui évolue dans son éternité que la perception, le ressenti et surtout l’image que l’homme en a fait et retenu au fil du temps.

1-Dieu Avant Jésus :

Aussi mythique et poétique soit le récit de la genèse, tout commence avec le Dieu d’Adam, celui qui le soumit à une irrésistible tentation dont le dit saint Augustin exploitera un péché originel décrété impardonnable et la punition subséquente de ce Dieu allant jusqu’à admettre la crucifixion de son fils pour enfin apaiser son courroux ; ce Dieu qui fit d’Eve une créature tardive faite le huitième jour, oubliée quand il fit Adam (les animaux ont été créés mâles et femelles !), dépendante et inférieure car faite d’Adam, responsable de sa chute, instaurant ainsi dès le début une humanité machiste dont encore aujourd’hui sa propre Eglise n’arrive pas à se dépêtrer. Quant à notre terre et ses animaux ils sont condamnés dès l’origine à être assujettis et dominés sans merci (Genèse I, 26 à 28).

Il y eu le Dieu de Noé, survivant privilégié du pire génocide jamais organisé connu, sacrifiant jusqu’à l’innocente gent animale dont les rares rescapés sont à nouveau voués à être terrorisés par les hommes qui les ont sauvés (Genèse IX, 2).

Il y eu le Dieu d’Abraham, père inespéré d’un peuple décrété élu, qui par obéissance aveugle admet sacrifier un fils désespérément attendu ; ce Dieu dont l’alliance est concrétisée par la circoncision, fatalement réservée aux seuls mâles…

Il y eu le Dieu de Loth, celui de la radiation totale de Sodome, Gomorrhe et leurs habitants, sans distinction ni rémission. Seule sa femme eu pitié, se retourna et fut statufiée en conséquence punitive pour faute de compassion…

Il eu le Dieu de Moïse qui, entre autres plaies, extermina tous les mâles premiers nés Egyptiens, noya une armée entière pour privilégier un peuple au détriment des autres, notamment celui qui occupait légalement et ancestralement une terre qu’il ignorait usurpée puisque promise à d’autres ; ce même Dieu qui arrête la course du soleil pour permettre à Josué d’achever tranquillement la conquête sanglante de cette terre promise en massacrant sur ordre les Amorrites jusqu’au dernier, à l’exclusion toutefois bien précisée des enfants en état d’être rendus esclaves et des jeunes femmes données en récompense (Josué 10,40).

Il y eu le Dieu de David, transfuge d’Israël et mercenaire philistin, habile organisateur du meurtre du mari de sa maîtresse, mais dont il semble capital que Jésus descendit par son père qui ne l’est par ailleurs que putativement ; ce même Dieu avalisé par Salomon qui entre deux visites à son temple en construction consacrait son temps libre à ses sept cents épouses et trois cents concubines…

Bref, en analysant les textes dits fondateurs, aussi mythiques soient-ils, écrits censés faire accepter Dieu par les hommes qu’il s’est choisi, on découvre un dieu bien installé dans la culture du temps ou « œil pour œil, dent pour dent » fait loi (Exode 21, de 23 à 25), un Dieu juge particulièrement dur au pardon, terrifiant pour ceux qui ne le craignent ou connaissent pas, vengeur, jaloux, contractuel, partial et impersonnel. Toutefois, aussi discutable et violent soit-il, ce Dieu réservé au seul Israël a aussi engendré maints personnages exemplaires et remarquables (dont pas mal de femmes !), et a le mérite d’exister, même s’il est par trop calqué sur notre triste image ; c’est un bon début, qui sera à l’origine de la démarche de Jésus.

2-Dieu et Jésus :

Car en fait, c’est ce Dieu qui a été présenté à Jésus dès sa prime enfance, celui dont il a hérité de par sa qualité de Juif circoncis ; pieux, il en connaîtra et lira sa Loi, se conformera dévotement à ses 613 préceptes. Toutefois, petit à petit, l’âge aidant, l’étude assidue des écrits fondateurs de référence fit que le Dieu de ses ancêtres lui devint improbable, peu conforme à celui qu’il priait, servait, qui l’habitait et l’interpellait. Un doute exigeant réponses s’est insinué, imposé : le Dieu professé par ses coreligionnaires et reçu d’eux était mal présenté, mal ressenti, mal imagé, et souvent mal vécu. Le messie très attendu, religieux certes, était d’ailleurs avant tout un libérateur ayant pour mission première si pas unique de rétablir la puissance, la grandeur politique écrasante pour le moins discutable du royaume de David.

Devenir authentiquement soi n’est pas évident. C’est une démarche longue, permanente, difficile et courageuse car elle engage. En se distanciant d’un conformisme grégaire tranquille et rassurant on s’isole et perd des amis… C’est toute la démarche de Jésus : ce Dieu qu’il pressentait, Jésus mis ainsi plus de trente ans pour oser le faire sien sans réserve, l’affirmer ouvertement, en préciser l’identité et l’offrir aux autres.

Son baptême en fut l’occasion et le séjour passé au désert qui le suivit déterminant.

Avec Jésus, on quitte un Dieu réservé jusque là aux seuls juifs, qui se manifeste surtout pour exprimer de temps à autre son courroux suite aux infidélités de ses sujets dont le ‘péché’ est partout omniprésent : un lépreux, un bossu, un paralytique sont tels parce qu’ils ont péché, ou, pire encore, un des leurs. Dieu était « celui qui est », sans attributs ni images, toutefois assurément mâle, sans plus. Jésus va personnifier Dieu à l’extrême, jusqu’à lui donner une image humaine, l’appeler Père, mieux, papa, très familièrement « petit papa », et il nous en fait tous les enfants : son Père est aussi le nôtre. Notre Père… Ce Dieu là aime et concerne tout le monde, sans restriction aucune, avec toutefois mention spéciale pour les petits, les obscurs, les exploités, les démunis et migrants de tous bords, bref, de tous ceux qui n’entrent généralement pas dans le catalogue des gens dits « normaux » (!?) et bien-pensants (re !?). Le Dieu de Jésus n’a pas plus besoin d’être embastillé dans un unique temple sacré que de sacrifices sanglants, de règles, obligations et interdits immuables, d’intermédiaires patentés incontournables, de dogmatique ni liturgie intangibles et ne tient pas de registres comptables. Il « est » toujours, mais cette fois son être est défini : il est amour, c'est-à-dire, en pratique, essentiellement miséricorde et pardon. Attributs radicalement capitaux ! Il est autant sinon plus dans les autres que dans un morceau de pain. Ces affirmations et leur vécu conduiront inexorablement Jésus à une mort infâme, son Dieu étant par trop non conforme à la tradition révélée et sacrée ayant cours à son époque ou la terre était encore plate et le centre de l’univers. Mais Jésus ne s’est pas contenté de vivre personnellement intensément une spiritualité et une humanité forte et novatrice ; avec un charisme peu commun, il les a partagés avec un petit groupe d’hommes et de femmes qui ont choisi de le suivre.

Le Dieu que nous révèle, confie et lègue Jésus n’est assurément plus le même que celui de ses pères ; grâce à lui il nous est devenu directement accessible, personnel, pardon inconditionnel et universel. Ce ne sera pas sans poser parfois problèmes à son Eglise à naître…

3-Dieu et l’Eglise :

Héritière de Jésus et bâtie sur lui, un bref rappel historique n’est sans doute pas inutile.

Jésus présent, tout allait de soi, même si tout n’était pas compris. Une fois mort, la référence désormais absente, en un premier temps le désarroi s’est installé. Après quelques hésitations et doutes, les accompagnateurs esseulés de Jésus ont décidé de prolonger ce qu’ils avaient vécu avec lui et ont naturellement fait de leur maître le fondement de leu vie et de leur foi.

Mais, le guide-Jésus définitivement absent, les questions restant sans interlocuteur pour y répondre, il s’est rapidement avéré utile sinon nécessaire d’organiser tant soit peu cette vie. Les disciples se dispersant et le succès allant s’amplifiant, pour éviter des divergences d’interprétations inévitables, il s’est très vite révélé impératif de se mettre d’accord sur le contenu du message de Jésus afin de le propager fidèlement et le vivre à l’unisson avec tous ceux qui ne l’ayant pas connu ou fréquenté désiraient cependant y adhérer. Une autorité minimale, collégiale et peu hiérarchisée s’est ainsi naturellement instaurée, garante de l’authenticité d’une bonne nouvelle jusqu’alors alors totalement orale ; de même, une liturgie élémentaire, centrée sur le partage du pain, fut instituée pour régir les assemblées et réunions de fidèles. On vivait très « chrétiennement » du Christ, dans le provisoire, attendant tous les jours la fin des temps annoncée par Jésus pour sa génération.

Vint Paul qui, bien que n’ayant pas connu Jésus, va implicitement mettre sur pied un embryon d’Eglise en mettant par écrit un genre nouveau qu’il appelle ‘évangile’ (voir épitre aux Romains) et, bien que Juif, se faire l’apôtre des Gentils, c'est-à-dire rendre Jésus et son message universels. Il est le premier à utiliser le terme chrétien.

La fin des temps n’advenant pas et la génération de Jésus passant, on ne peut plus s’en remettre à de rares témoignages verbaux disparates et évolutifs. Il devint urgent de les mettre par écrit pour les inscrire dans la durée sans trop de déformations : des ‘évangiles’ voient le jour et deviennent référence. Non fondée explicitement par Jésus, ce qui deviendra l’Eglise nait ainsi naturellement, inévitablement, nécessairement.

Le propos n’est pas d’en faire ici l’histoire et, à côté de merveilles indiscutables et remarquables, de s’appesantir sur les tragédies, dérapages et dérives bien connues commises au nom du Dieu de Jésus (croisades, inquisition, Saint Barthélémy, organisation d’un état temporel de droit divin…). La question est de savoir si l’Eglise-institution d’aujourd’hui est toujours dans le droit fil et le prolongement de celui auquel elle se réfère et si le Dieu dont elle se justifie et qu’elle annonce est toujours bien celui de Jésus. On peut en effet se poser des questions au vu de certaines prises de positions romaines concernant la famille (sexe, contraception, homosexualité), l’avortement, l’euthanasie, le sida (justice immanente !?), le refus d’eucharistie (divorcés remariés), le célibat des prêtres, le statut et l’ordination des femmes, la concussion, le Vatican (curie, administration, pouvoir, finances), la pédophilie… Force est de constater que nombre de ces sujets ont conduits à ouvrir un fossé entre l’Eglise-institution et une part de plus en plus importante de l’Eglise-assemblée, avec pour conséquence une diminution constante des fidèles et des vocations cléricales ; nombre de croyants sincères deviennent non pratiquants…

Dans ce monde en perpétuelle évolution, impassible, se référant à un Jésus ayant vécu et prêché il y a deux milles ans après nous avoir recommandé de faire des choses plus grandes que lui, force est de constater que l’Eglise reste bien souvent fermement assise, couvant un passé sacré une fois pour toutes, rebelle à des changements en profondeur attendus par beaucoup d’honnêtes chrétiens qui la ressentent invivable au XXI ième siècle, le leur.

Bien sûr et fort heureusement, il faut aussi prendre en compte les témoignages pleinement christiques donnés et vécus par les François d’Assise et sa sœur Claire, les Vincent de Paul, Las Casas, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucault, Marcel Légaut, l’abbé Pierre, mère Thérésa, sœur Emmanuelle, Guy Gilbert et tant d’autres ouvriers anonymes de la bonne nouvelle originelle traduite très concrètement dans leur temps ; il ne faut pas oublier non plus une cohorte de théologiens, chercheurs, clercs et laïques novateurs, trop ignorés, voire trop vite déclarés irrecevables. On peut citer en vrac et entre autres les Musset, Feillet, Evely, Légaut, Drewermann, Verheyen, Kamp, de Duve, Spong, Lenoir, Basset…

Le Dieu de Jésus présenté par l’Eglise est trop souvent redevenu le Dieu du temps de Jésus, celui dont il a hérité plus que celui qu’il a professé. Parmi d’autres, je veux tenter d’y revenir.

Ne pas évoluer, c’est par définition… mourir, et je tiens à la vie ! La mienne en particulier.

4-Et mon Dieu ?

Car en effet, comme annoncé dans le titre, j’en ai un. Lequel ? C’est ici qu’on se mouille !… Fini de jouer à l’historien ou théologien d’occasion.

Bien que, comme le dit Jésus, personne ne connaisse Dieu, lequel Dieu de plus ne se fait pas explicitement connaître, malgré les preuves classiques invoquées de son existence, démonstrations rationnellement peu convaincantes, voire irrecevables aujourd’hui, je crois en Dieu, un seul Dieu, même si contrairement à André Frossard, je ne l’ai pas rencontré.

Je n’ai pas attendu Marcel Légaut pour professer expérimentalement que « il y a des choses qui sont de moi, mais pas que de moi ». J’assume pleinement les négatives car j’en suis le seul programmateur et que j’y recherche et trouve de l’intérêt. Il n’y a donc pas d’excuses ni place dans ce créneau pour un anti-Dieu quelconque, un Diable, un Malin régnant sur un royaume du bas parallèle à celui dit des cieux, un démon réminiscence et reliquat du polythéisme d’antan : ce n’est déjà pas évident d’admettre un Dieu, seul et unique, de plus en trois personnes. Par contre, il m’arrive de poser des actes gratuits et bons, de faire des choses belles non planifiées, pour lesquelles, analyse faite à postériori, je ne suis que l’outil inconscient ; il y a effectivement « quelque chose » qui me dépasse et m’anime positivement, une transcendance extérieure que je fais mienne et défini en l’appelant Dieu. Encore faut-il raisonnablement l’expliciter tant soit peu pour que ce Dieu me soit vivable, quelque peu palpable et ne reste un vague concept intellectuel : l’imaginer ne suffit donc pas. Ne serait-ce que par commodité, il est heureux de l’imager. C’est ici qu’il faut faire grandement attention : une image reste et doit rester une image, c'est-à-dire une représentation dans le temps, une figuration qui tente d’expliciter une réalité sans l’être. « Ceci n’est pas une pipe » disait Magritte en présentant un tableau qui imageait… une pipe. La réalité reste toujours derrière l’image, fut-elle une photo parfaitement précise et détaillée.

Il est sans doute plus facile de définir ce que Dieu n’est pas que ce qu’il est, mais ce n’est nullement un motif pour ne pas essayer. Il y a des questions sans réponses ; ce n’est pas une raison suffisante pour en faire l’impasse.

C’est ainsi que mon Dieu n’est pas le Dieu violent imagé par l’Ancien Testament. Ce Dieu correspond par trop à une époque résolument révolue ou la loi du talion avait le pas ou concurrençait celle de Moïse. Voir point 1 ci-dessus, ‘Dieu avant Jésus.’

Mon Dieu n’est pas non plus pleinement et sans réticences à l’image de celui au nom duquel une certaine Eglise-institution s’est parfois référée pour justifier des actes et décisions difficilement compatibles avec le message de Jésus à certaines périodes de son histoire, époque contemporaine inclus. Voir 3 ci-devant, ‘Dieu et l’Eglise.’ Mon Dieu est nécessairement dans mon siècle et la création à laquelle il me convie de contribuer n’est pas terminée. C’est il y a deux mille ans que Jésus nous a recommandé de faire des choses plus grandes que lui, notamment adaptées et conformes à notre temps.

Reste alors précisément le Dieu imagé par Jésus, image à laquelle j’adhère par ce que c’est celle qui pour moi exprime et reflète le mieux l’inexprimable mais aussi le vivable.

Mais, au fait, qui était ce Jésus ? Incontestablement un personnage historique, mais encore ?

Un homme, un homme qui a touché au plus près le divin ? Très certainement ; c’est ainsi que l’ont perçu ceux qui l’ont connu. C’est relativement longtemps après sa mort qu’on l’a fait homme devenu Dieu sur terre, fils de Dieu depuis toujours, Dieu lui-même dans la Trinité. Face à l’inexplicable, c’est ici qu’intervient le postulat de la foi. Mais, comme se le demandait Marcel Légaut, ne divinise-t-on pas Jésus trop vite au détriment de sa démarche spirituelle et vécu humains, ses rencontres et paraboles ? Le miraculeux dont son histoire est émaillée, aussi merveilleux soit-il, ne distrait-il pas en reléguant au second plan sa profonde et réelle humanité, un peu comme on l’a fait très tardivement d’une certaine mariologie exacerbée?

Par définition les mystères, dont ceux qui entourent Jésus, sont inaccessibles à la raison ; la foi seule permet d’y adhérer et il appartient à chacun de prendre position en toute conscience et confiance, en ne perdant pas de vue l’essentiel et surtout les conclusions concrètes à en tirer en ce qui concerne la vie pratique courante…

Au-delà de toutes les images, dont encore une fois l’utilité est indiscutable, Dieu reste pour moi la transcendance absolue, hors du temps, de l’espace et de la matière. Il n’est pas à notre image mais au-delà de toutes celles qu’on en fait. Il ne réside pas aux cieux, dans un Paradis pourtant très attractif et sympathique. Il est impératif de dépasser les images héritées de l’enfance et laisser raisonnablement libre cours à nos esprits rationnels et cartésiens du XXIième siècle. Saint Nicolas et le Père Noël ont un temps, aussi heureux soit-il. Une image n’est encore une fois qu’une image ; je préfère ainsi une croix nue, symbole significatif de la résurrection, à celle présentant un Christ sanguinolent et agonisant…

Mon Dieu n’a pas d’attributs, dans tous les sens du terme et à priori sexuels ou biologiques. Une concession toutefois, mais capitale, qui n’a nullement trait à une qualité-vertu mais à l’ essence même de Dieu : non seulement il « est », mais il est pardon, miséricorde et ce avant que d’être Amour. C’est pour moi fondamental ! Sans ce pardon qui lui est existentiel il ne serait pas vivable ni viable, ni pour lui, ni pour nous. Il ne serait pas…

Je partage sans réserve ce dit de notre pape François : « J’ai une certitude : Dieu est dans la vie de chaque personne. Ceux qui cherchent toujours des sanctions disciplinaires, ceux qui tiennent exagérément à la sécurité doctrinale, ceux qui cherchent obstinément à retrouver le passé perdu, ont une vision statique, non évolutive des choses. La foi se convertit ainsi en une idéologie parmi les autres. J’ai une certitude dogmatique : Dieu est dans la vie de chaque personne. Même si sa vie est un désastre, même si elle est détruite par les vices, Dieu est dans sa vie et nous devons le chercher dans chaque vie humaine. » Fin de citation.

Au cours d’une émission « Noms de dieux », Jacques Salomé, agnostique notoire, affirmait à Blatchen qu’en tout homme il y a du divin. Même dans Hitler fusa la question ? Assurément fut la réponse catégorique. L’avocat de Michèle Martin, catholique déclaré, disait la même chose à propos de sa cliente et de Marc Dutroux. C’est gros, c’est fort, mais au nom des paroles que les évangiles prêtent à Jésus, partie prenante de l’humanité que je fréquente quotidiennement, je veux le croire, même si je déplore ne pas toujours y correspondre et adhérer dans la pratique.

Je ne crois pas non plus mon Dieu tout puissant au sens courant du terme ; il est incapable d’empêcher la naissance d’enfants trisomiques, une éruption volcanique ou d’arrêter la guerre en Syrie. Il ne peut intervenir pour éviter les catastrophes naturelles ni les actes humains criminels. Il ne crée et n’admet pas la souffrance, mais il respecte sa création et l’évolution qui en découle, la liberté absolue des hommes et de la nature. Il n’a d’autres mains que les nôtres et n’intervient pas directement dans le processus qui depuis le ‘big-bang’ a conduit à la formation de l’univers, son univers, de notre terre et son évolution jusqu’à l’homme, ni dans la manière dont les hommes s’emploient à parachever sa création. Pour comprendre sa puissance, il faut partir de son contraire. Qu’est-ce qu’un impuissant ? Celui qui ne peut transmettre la vie. A contrario, le puissant est donc celui qui a la capacité de la transmettre. Le ‘Tout Puissant’ est ainsi créateur par excellence, celui qui, à l’origine de la vie, est toujours et de façon absolue de son côté, respectueux de celle-ci jusque dans les lois et dérives qu’elle engendre nécessairement et librement en évoluant.

Je me retrouve aussi pleinement dans l’homme-Jésus quand il lui arrive de douter, même de Dieu, de demander à son Père de ne pas le (nous) soumettre à la tentation, prérogative dépassée du Dieu d’Adam et d’Abraham ; quand il implore son Père qu’il sait pardon total et inconditionnel de pardonner nos offenses, comme lui, jusqu’à ceux qui sont les auteurs de son agonie, allant jusqu’à invoquer des circonstances atténuantes : « ils ne savent ce qu’ils font ».

Et nous, savons-nous toujours ce que nous faisons ? Les actes inhumains dont nous sommes tous les jours témoins, voire auteurs, sont-ils commis par des gens encore humains et donc responsables comme tels ? Je n’attends donc pas de jugement dit dernier au sens classique du terme : ce jugement ne peut être qu’un accueil libérateur exempt de toute condamnation. J’adhère à ceux qui, comme le Père Jean Radermakers, S.J., lisent et introduisent Mt 25,31-46 par « discernement d’amour » ou « éclairage décisif de miséricorde » à propos de ce jugement final. Tous, absolument tous, sont appelés à être divinisés, à entrer en fusion avec Dieu, à se fondre, s’éteindre en lui jusqu’à en perdre leur existence propre pour entrer dans la sienne, n’en faire plus qu’une dans une trinité infinie et devenir ainsi cocréateurs et cogérants dans ce qu’on appelle l’éternité ou il ne peut y avoir place que pour Dieu. Je ne m’attends donc pas à y rencontrer un jour Cléopâtre, Napoléon ou un quelconque parent, si cher me fut-il. Mais, cette éternité ne se situe pas à l’extrémité du temps ; c’est à chaque instant que s’accomplit notre destinée car c’est à chaque instant que l’homme se trouve déjà outil et face à Dieu en attendant de le devenir, dans la mesure où il en prend conscience. C’est déjà et surtout ici et maintenant qu’est le Royaume.

Je crois que si Dieu s’est incarné, ce n’est nullement pour racheter quelque « péché » que ce soit, aussi originel soit-il. Que de dégâts cette notion du péché originel n’a-t-elle pas causé dans le christianisme depuis quinze siècles ! Lire à ce propos Lytta Basset (‘Oser la bienveillance’, Ed. Albin Michel, 2014). Exit ainsi la « faute originelle », le sacrifice de rachat expiatoire de Jésus, le jugement dernier et son cortège de verdicts pour l’éternité (Paradis, enfer, purgatoire et autres limbes). Faire le tri entre les bons et les méchants est un schéma répondant à un sens de la justice propre aux humains. Dieu-sauveur m’est difficilement compatible avec mon Dieu-pardon. La mort me libérera de commettre encore des « actes manqués » que je ne crois ni mortels, véniels ou capitaux ( !?) pour me fondre dans le pardon absolu de mon Dieu qui ignore le péché. Jésus nous est né par pure compassion, pour vivre sa création comme nous, avec nous, en nous, dérives, dérapages, souffrances et mort inclus. S’il nous sauve de quelque chose, c’est du non-sens que la vie aurait parfois tendance à nous inspirer pour nous montrer une vie sensément possible et exaltante, quels qu’en soient les aléas inévitables ; il est venu partager notre chemin, nous en tracer un pour nous donner une chance, une possibilité et des raisons d’être des vivants plus que des vécus.

Via Jésus, Dieu me reste en définitive un postulat, mais sans ce postulat et ce qu’il implique et permet, vivre me semblerait difficile, voire inacceptable. Je n’ai pas choisi d’être très modestement plutôt intellectuel que « charbonnier » ; c’est moins confortable, et plus je lis de livres, moins j’ai de certitudes, mais cela me paraît être préférable à ceux qui n’en lise qu’un, en l’occurrence la Bible, et ont des réponses catégoriques et définitives à tout…

Mon strip-tease théologique est terminé. J’espère avoir répondu au thème proposé, n’avoir heurté personne ni converti quiconque vu que telle n’était nullement l’intention ; j’espère surtout ne pas avoir trahi mon Dieu, celui auquel je confie ma foi et en qui je mets mon espérance. Puisse-t-Il me pousser à être charitable et à le rencontrer dans tous ceux qui croisent ma vie et portent la sienne, à me réconcilier avec mon frère avant que de fréquenter son temple, à exclure radicalement de ma vie l’indifférence, l’intolérance et tout ce qui conduit à la division pour être au minimum animé de compassion concernant les misères de ce bas-monde que je constate et suis impuissant à soulager concrètement. Tout le reste est son problème, et les miens sont suffisants à meubler une existence que j’essaye de calquer très modestement sur celle du « ravi » de la crèche provençale : étonné, admiratif, confiant, optimiste et social. Je crois en Dieu parce que je crois au bien, au beau et au bon…

Mon Dieu est résolument à l’image de celle présentée par Jésus, mais image vue, revue et essayée d’être vécue avec mes yeux et ma conscience qui sont résolument de ce siècle.

C’est peut-être simpliste ; c’est en tout cas personnel, a le mérite d’être concret et suffit à me rendre heureux.

Guy (Mars 2016) lecteur LPC.

Published by Libre pensée chrétienne - dans Dieu