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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 09:00
Christiane van den Meersschaut2 février : chandeleur, purification, présentation
Christiane van den Meersschaut

En Israël, une femme qui venait d'accoucher était considérée comme "impure" pendant 7 jours après la naissance d'un garçon et 14 jours après celle d'une fille. Après quoi, il y avait une purification de 33 jours si le nouveau-né était un garçon, de 66 jours si c'était une fille. Durant ces 40 ou 80 jours, la mère ne pouvait plus toucher aucune chose sainte et il lui était interdit d'aller au sanctuaire. Quand la purification était achevée, la mère présentait au sacrificateur un agneau d'un an pour l'holocauste et une tourterelle ou un pigeon, en sacrifice pour le péché. Si ses moyens ne lui permettaient pas d'offrir un agneau, elle apportait deux pigeonneaux ou deux tourterelles, l'un pour l'holocauste, l'autre pour le sacrifice d'expiation. Après avoir présenté ce sacrifice au Seigneur, le prêtre effectuait sur la femme le geste rituel de la purification. Dès lors, elle était purifiée de son accouchement. (Lév. 12, 1-8)

Une autre obligation s'imposait au couple dont le premier-né était un garçon. Dans le mois qui suivait la naissance, il devait offrir en holocauste deux pigeons et deux tourterelles et verser au prêtre une somme d'argent ; à l'époque de Jésus c'était cinq sicles d'argent (= 25 journées de salaire) pour le rachat à Dieu de l'enfant, ceci pour appliquer les préceptes relatifs à la commémoration de la Pâque (Ex. 13, 2-13).

Dans le Nouveau Testament (Luc 2, 22-40), la purification de Marie, la présentation rituelle de Jésus au Temple, la rencontre avec les vieillards Syméon et Anne se situent au moment décrit ci-dessus. Syméon accueillera l'enfant en prophétisant sa vocation divine et son martyre sur la croix.

Cet événement sera fêté dans la Méditerranée orientale sous le nom d'HYPAPANTE, du verbe grec hupantanou-hupapantan qui signifie "aller-au-devant".

Les Orientaux insistent, en cette fête, sur la rencontre du vieillard Syméon et de Jésus ; ils viennent au-devant l'un de l'autre et manifestent ainsi la structure essentielle de la liturgie, rencontre de Dieu et de son Peuple pour la célébration de l'Alliance. Ils veulent signifier ainsi que nous ne pouvons rencontrer Dieu que s'il vient d'abord à nous et nous donne l'Esprit, l'élan qui nous mène à lui.

Dans les traditions populaires, la fête est très respectée des paysans, qui redoutent pendant cette période les chutes de grêle sur les jeunes pousses fragiles. Ce jour-là, tous chôment et c'est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée "Myliargoussa" (celle qui arrête les moulins). Sa fête sert ici comme moyen de prévision du temps. Ne disent-ils pas : "Le temps d'Hypapante est celui des 40 jours à venir" ou encore "Hypapante enneigée, greniers bien chargés" ?

A Jérusalem, dès le IVe siècle, on célébrait cette fête quarante jours après la Noël. En 534, elle était déjà fête chômée obligatoire pour tout l'empire d'Orient.

Rome l'adopta au VIle siècle pour la substituer à une fête païenne : la fête de l'Expiation et de la Purification (FEBRUA) qui avait lieu dans la Rome antique à la mi-février. A cette époque, les Romains illuminaient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l'honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines. Les Romains veillaient toute la nuit en chantant leurs louanges aux dieux et en tenant des cierges et des torches allumés. C'était une grande fête de purification du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés.

Or, parce qu'il est difficile aux chrétiens nouvellement convertis d'abandonner une coutume, le pape Serge Ier (687-701) lui donna "un but meilleur" en ordonnant aux chrétiens de célébrer chaque am1ée à pareil jour, une fête en l'honneur de "La Sainte Mère du Seigneur" avec cierges et chandelles bénits. Avec ses cortèges aux flambeaux dans la nuit hivernale du 2 février, aux incantations répétées de "Lumière pour éclairer les païens", la fête de la CANDELARUM (chandelles) avait tout pour être populaire.

L'Eglise remettait ainsi à l'honneur une des plus anciennes solennités de la Vierge. La date du 2 février correspondant au 40e jour après Noël, cette période de 40 jours correspondant comme nous l'avons vu plus haut à la loi juive qui exige la purification rituelle au Temple de toute mère d'un enfant mâle, 40 jours après la naissance du garçon.

En ce jour de fête, depuis plus de mille ans, la tradition s'est imposée de bénir des cierges, des "chandelles", d'où le nom de "CHANDELEUR" pour évoquer les paroles prononcées par le vieillard Syméon (Luc 2, 29-32) "... lumière pour éclairer les nations". Une procession festive, à la lumière des cierges, conduit ensuite à l'église ; on y fait revenir l'assemblée : elle symbolise la rencontre des "fils de lumière" (Luc 16, 8) avec le Christ "lumière des nations". Les fidèles ont l'habitude d'emporter chez eux les cierges bénits. La coutume veut qu'on les fasse brûler auprès des morts, en signe d'espérance de la "lumière éternelle". Une autre coutume voit des fidèles conserver leurs cierges durant toute l'année dans leur maison comme une sorte de talisman contre la foudre. Ils les allument pour se protéger durant les orages.

Depuis que cette fête n'est plus chômée dans nos pays, très peu de fidèles se rendent encore à l'église pour y fêter la fête de la Chandeleur. Par contre, la tradition populaire qui réunit les membres d'une famille pour déguster des crêpes est toujours bien suivie aujourd'hui. Ce rassemblement festif est-il le vestige d'une coutume évoquant le disque solaire, ou est-ce lié à la première récolte des oeufs ? Les deux thèses ont leurs défenseurs!

Avec le Concile Vatican II, la liturgie catholique, à l'exemple des Orientaux, a tenu à faire de la Chandeleur moins une fête de Marie qu'une fête de Jésus. Puisqu'elle commémore la présentation de Jésus au temple, il semble normal qu'il en soit le personnage principal.

A l'approche de la semaine pour l'Unité des Eglises que nous allons vivre, nous pouvons remarquer ici que, comme Syméon va à la rencontre de Jésus, l'Eglise d'Occident rencontre celle d'Orient pour donner le même sens à cette fête. Un tout petit pas parmi d'autres vers l'oecuménisme qui ne peut que nous faire plaisir.

Cette modification du sens de la fête qui célèbre la rencontre, plutôt que la purification nous rapproche très certainement du projet littéraire de l'auteur.

Au premier siècle, les communautés chrétiennes lisaient beaucoup l'Ecriture qui n'était pas, pour elles, un "Ancien Testament" mais véritablement la Parole toujours neuve de Dieu. Pour Luc, cette parole est entièrement transformée par la personne du Ressuscité. Il emprunte pour le récit qui nous occupe des versets d'lsaïe, de l'Exode, du Lévitique, pour les rendre entièrement nouveaux, entièrement christianisés. Il écrit et continue l'histoire biblique devenue transparente à la lumière de Pâques. Luc ne cite pas textuellement l'Ecriture mais il puise à fond dans sa Bible devenue chrétienne, afin de développer ici quelques-uns de ses thèmes favoris : une Histoire guidée par la présence de l'Esprit, la prière, l'universalisme du salut. Luc est le seul à relater cet événement qui a évidemment une portée théologique et fait partie du générique de l'histoire de la vie de Jésus, comme les autres récits de l'enfance.

Dès le début du récit, nous constatons les libertés que prend l'auteur par rapport à la Loi, afin de mieux construire son récit.

Pour accomplir les rites de purification, historiquement, c'est Marie seule qui devait se présenter 40 jours après la naissance de Jésus avec son offrande. Pour accomplir les rites de rachat du premier-né, c'est uniquement à Joseph qu'il est demandé d'agir et il n'est jamais demandé aux parents de présenter l'enfant au temple.

Luc n'est guère intéressé par ces rites. Il rassemble et utilise bien curieusement les commandements en les mêlant de façon confuse et en parlant de "leur" purification (Luc 2, 22).

Son récit qui se veut symbolique nous montre sa préoccupation de vouloir présenter l'enfant au temple, comme le petit Samuel avait été présenté par Anne (I Samuel 1, 22- 28). Sans doute veut- il suggérer ainsi que les parents de Jésus étaient des gens pieux, zélés pour la Loi, mais apportant l'offrande des pauvres. La famille de Jésus est typée. Cela se passe dans la Ville Sainte, lieu de l'événement pascal et point de départ de la mission. C'est au coeur d'Israël, au temple, que Jésus sera reconnu comme le Sauveur.

L'attente d'un Messie par le peuple d'Israël est condensée dans les vieillards Syméon et Anne. Ceux-ci reconnaissent Jésus comme le Messie. Cette rencontre nous suggère le début de la Nouvelle Alliance. Le temps de l'Ancien Testament représenté par Syméon et Anne est accompli. Quelque chose de tout nouveau commence avec Jésus : le Nouveau Testament. Cela se fait sans aucun déchirement, non ; simplement, les temps sont révolus.

Un nouveau-né porté par ses parents pieux et zélés sera déposé dans les bras de Syméon, un vieillard juste et pieux qui attend la mort.

Quel face-à-face: la naissance et la mort !

La Loi qui provoque la venue des parents de Jésus et l'Esprit qui pousse Syméon se liguent pour désigner le nouveau Messie au coeur même de la Religion d'Israël : au temple. Syméon identifie Jésus comme le "Christ du Seigneur" (Ex 30, 22 +), le roi oint par Dieu pour régner sur Israël et sauver le peuple de Dieu (I Samuel 24, 7).

Maintenant, Syméon peut mourir en paix. Par sa rencontre avec le Sauveur, il vient de naître avant de mourir. Ayant reconnu le Messie, il porte dans ses bras toute son espérance. C'est que cet enfant, pour l'évangéliste qui connaît la suite de l'histoire, c'est déjà le crucifié et que, par sa résurrection, tout mort est déjà un nouveau-né. Quel splendide acte de foi !

Le récit se poursuit dans le beau style des chants bibliques.

Syméon, par le "Nunc Dimittis" (Luc 2, 29-32), entrevoit et chante la mission de Jésus. Le salut annoncé par Isaïe est désormais réalisé mais il n'est pas réservé seulement à Israël. Avec Jésus, il devient universel et tous en sont bénéficiaires.

Mais Luc connaît les persécutions qui risquent de mettre en question le projet divin. Il vit au milieu d'un Israël déchiré par l'avènement de Jésus. Toute son histoire glorieuse est ici humiliée par la division des coeurs. Il faut cependant choisir, être pour ou contre, choix particulièrement douloureux en période de persécutions ! Syméon prophétisera donc l'écartèlement d'Israël et annoncera que Jésus subira hostilité et persécutions de son propre peuple.

Et puis, arrive la prophétesse Anne (nom de la mère de Samuel), très pieuse, l'idéal même de la veuve chrétienne (voirI Timothée 5, 5). Et nous voici aux deux témoins exigés par la Loi (Deutéronome 19, 15) pour reconnaître l'avènement de l'ère du salut. Deux témoins qui sont des prophètes. Ce sont des prophètes qui désignent Jésus et dévoilent sa mission, Luc voulant nous signifier que c'est Dieu qui peut révéler qui est son véritable Christ.

Après la sombre prophétie de Syméon, celle d'Anne vient comme un sourire. Luc, qui nous parlera volontiers des femmes dans la suite de son évangile semble nous montrer dès son introduction la place importante que Jésus donnera au sexe dit faible.

Syméon et Anne, un homme et une femme en bout de vie, des chercheurs de Dieu. Luc n'a pas peur de la vieillesse, il ne la refuse pas. Il ne veut pas regarder la vieillesse comme le début de la fin. Il choisit deux vieillards pour nous donner une parole prophétique. Leur long chemin vers la reconnaissance, vers la sagesse, leur quête du divin, leur a permis de rencontrer Jésus qu'ils découvrent comme un sauveur dans leur vie, comme une espérance dans la mort.

Bonne Nouvelle pour hier comme pour aujourd'hui.

Christiane van den Meersschaut

Bibliographie - Sources
  • Nouveau dictionnaire biblique (Ed. Emmaüs 1983)
  • Dictionnaire su Christianisme - Jean. Matthieu (Marabout Service 1980)
  • Dictionnaire de Liturgie - Dom Robert Le Gall (Ed. C.L.D. 1982)
  • Dictionnaire des mots de la foi chrétienne (Ed. du Cerf 1989)
  • Encyclopédie Microsoft (R) Encarta (R) 99
  • Fêtes et croyances populaires en Europe - Yvonne se Sitre (Bordas 1994)
  • Les récits de l'enfance de Jésus - Charles Perrot (Les Cahiers de l'Evangile - Cerf 1976)
  • Une famille juive au temps de Jésus (Fêtes et Saisons n° 410. 12/1986)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Commentaires d'évangiles Fêtes liturgiques