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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:00
Christiane van den MeersschautLes fêtes du printemps… La Paque… Pâques
Christiane van den Meersschaut

La fête de Pâques a pris, dans les Eglises chrétiennes, le relais de la Pâque Juive, en en modifiant le sens.

L'origine de Pâques remonte cependant bien avant Moïse. C'était une fête des bergers, à l'époque de la transhumance. Le sens premier du mot ''Pâque" qui veut dire "traversée" pourrait bien être celui de "transhumance". Lorsqu'au printemps, il faut quitter les régions qui se dessèchent pour chercher avec le troupeau un peu d'herbe verte et d'eau limpide, on suivait certains rites. Il s'agissait d'abattre un agneau et de badigeonner avec son sang les poteaux de la tente pour préserver le troupeau de l'esprit mauvais, porteur d'épidémie. Ensuite, les premiers-nés des troupeaux étaient sacrifiés. Il était interdit de briser leurs os et la viande servait au repas festif familial. Ces rites sont, sans doute, encore pratiqués aujourd'hui par certains bergers d'Arabie qui ont conservé tous les éléments dont étaient constituées ces célébrations antiques.

A la même saison, les cultivateurs de ces pays d'Orient récoltaient les premières gerbes d'orge. A cette occasion, on faisait la fête du Pain Nouveau. Ce pain était pétri avec la farine de la nouvelle moisson. C'était un pain "azyme", c'est-à-dire qu'il ne pouvait pas contenir de levain de la vieille pâte de l'ancienne moisson.

Ces fêtes du retour du printemps sont dites "naturistes" parce qu'elles suivent le cycle de la nature. Les sacrifices, les rites sont dédiés aux forces, aux dieux de la nature. On parle alors de "religions naturelles".

Pour les Hébreux, d’après le livre de l’Exode, la mythique épopée de leur libération d'Egypte sous la conduite de Moïse, ces rites de la fête du printemps prennent un nouveau sens. Ils étaient naturistes, magiques; ils deviennent historiques. En effet, ils veulent rappeler un événement emblématique de l'histoire du peuple hébreu, de leur nation (comme par exemple pour la France la prise de la Bastille, le 14 juillet).

Les Hébreux donnèrent alors à leur fête coutumière du printemps un sens nouveau : celui du souvenir de leur délivrance. L'importance qu'ils attachaient à cet événement décisif de leur histoire conféra dès lors à cette célébration sa place dans leur religion.

Le rite du Pain Azyme rappelle l'événement d'un peuple qui retrouve son indépendance, en fuyant le pays d'oppression dans une si grande hâte qu'il emporte avec lui son pain qui n'a pas eu le temps de lever. (Ex 12, 32-38).

Le rite du Sang de l'Agneau qui marque les portes rappelle comment les maisons des Hébreux ont été épargnées de l'épidémie mortelle qui a frappé jusqu'au fils du Pharaon. Le malheur a "passé outre". C'est Dieu qui les a protégés en passant. On retrouve ici le sens du mot "Pâque" le passage, Pessah en hébreu. C'est ainsi que ce peuple perçoit Dieu dans son histoire, il le proclame dans ses écrits et le célèbre par une fête familiale riche en symboles.

Quelques quinze siècles plus tard à Jérusalem, un Juif nommé Jésus célèbre ce repas pascal avec ses proches. Les récits évangéliques racontent qu’au cours de ce repas, qui sera un repas d'adieu, il donne une signification nouvelle à tous ces rites. Ce pain, dit-il, que nous allons rompre et manger ensemble est comme mon corps que je vais laisser briser par amour pour vous. Ce vin que nous allons boire est comme mon sang qui va couler pour que vous puissiez croire. Jésus passe par la croix pour que ses paroles, ses gestes d'éveil à la Vie puissent rester crédibles et traverser sa mort.

Si Jésus s'était caché, enfui ou tu pour échapper à la mort, sa Bonne Nouvelle aurait-elle traversé les siècles ?

Symboliquement, il est donc bien le "Pain de Vie" : un pain au goût nouveau et "l'Agneau Pascal" : une victime innocente, mais qui par sa mort fait naître de nombreux témoins qui dénoncent les comportements meurtriers et font germer des relations fraternelles. Jésus, le Ressuscité à une vie nouvelle, apporte au monde un renouveau printanier, le passage de sa vie à travers la mort. Son corps disparaît, mais ses paroles, ses gestes traversent les siècles en s'amplifiant d'âge en âge et nous appellent à devenir une race d'hommes nouveaux avec une dimension divine. Il nous appelle à renaître en "fils de Dieu".

Désormais pour les chrétiens, les rites du Pain Azyme, du Sang de l'Agneau sur les portes n'ont plus de sens puisqu'ils vivent de Jésus. Ce qui compte pour eux, c'est de rejoindre Jésus dans sa mort au péché et sa vie nouvelle de ressuscité. C'est d'être libéré du mal, de renoncer à toutes les formes d'esclavage, c'est de s'engager à mener une vie conforme à l'évangile.

Les premiers chrétiens se réunissaient chaque dimanche pour fêter la résurrection du Seigneur. Mais lors de la Pâque juive annuelle, les disciples venus du judaïsme ne pouvaient manquer de faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus, qui était le fondement de leur foi. La fête est nommée Pâque ou plutôt Pâques en souvenir de la semaine de fête juive.

Une fête de Pâques spécifiquement chrétienne apparaît au Ile siècle. Si la Pâque juive est fêtée à une date fixe, le 14 Nisan, suivant un calendrier lunaire; en 325, le Concile de Nicée va la fixer au dimanche qui suit la pleine lune venant après l'équinoxe du printemps (toujours entre le 22 mars et le 25 avril). De nos jours, la date est la même pour les catholiques et les protestants mais différente dans les Eglises orthodoxes d'Orient.

Lorsque les grandes persécutions des chrétiens sont terminées, la nuit pascale devient la grande nuit baptismale de l'année. Les chrétiens prient alors toute la nuit jusqu'au chant du coq, heure prévue pour la "Fraction du Pain" (comme ils appelaient la Messe). "Les païens dansent bien toute la nuit, disaient-ils ; pourquoi ne serions-nous pas capables de prier toute cette nuit-là ?" Cette fête s'achevait donc à l'aube.

La disparition progressive des baptêmes d'adultes va provoquer un certain désintérêt pour la veillée pascale.

Dès le VIIe siècle, on ne consacre plus toute la nuit à la veillée. Les textes liturgiques d' une seconde messe, celle du jour, apparaissent alors.

C'est seulement en 1930 qu’une reforme liturgique remet en lumière l'importance de la Pâque du Christ. En 1951, Pie XII autorise la célébration nocturne de la veillée pascale. Il la rend obligatoire en 1955.

Si les Juifs célèbrent la Pâque en famille et à la maison, les catholiques célèbrent Pâques en communauté et à l'église. Il leur est demandé de jeûner le Vendredi-Saint et de participer à une célébration pénitentielle pour prendre conscience de leurs manques d'amour.

A la veillée pascale, ils célèbrent différents passages :

  • le passage des ténèbres à la lumière, avec la bénédiction du cierge pascal.
  • le passage de l'esclavage à la liberté, avec l'écoute de différentes lectures.
  • le passage de la soif à l'eau vive, avec le renouvellement de leurs promesses baptismales.
  • le passage du jeûne à la joie du partage du Pain et du Vin en mémoire de Jésus.

Puissions-nous célébrer nos Pâques en faisant vraiment notre passage printanier à une Vie Nouvelle avec Jésus, Lui qui nous dit qu'aimer, lutter pour la justice, servir, accueillir les moins favorisés, croire en l'homme, libérer des esclavages, affronter les persécutions, donner sa vie, c'est déjà...RESSUSCITER.

Christiane van den Meersschaut

Sources :
  • "L'histoire du peuple de Dieu" n° 6 Moïse - André Thivollier
  • "Points de Repère" n° 103 Claude BERNARD 1989
  • "Dictionnaire du Christianisme" - Jean-Mathieu ROSAG 1990
  • "Fêtes et Croyances populaires en Europe" - Yvonne DE SIKE 1994
Published by Libre pensée chrétienne - dans Fêtes liturgiques