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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 08:00
 Résurrection du Christ, notre résurrection
André Hannaert

« Christ est ressuscité, Christ est vivant » sont des expressions équivalentes.

La vie du Ressuscité n'a plus rien de commun avec la vie du Jésus de l'Histoire ni avec celle que nous, les humains, les mortels, connaissons sur cette Terre.

Dans nombre d'articles de ce mensuel, en diverses occasions il a été rappelé que l'humaine condition comme la création en général se situe dans l'espace-temps.

On a coutume de dire qu'une fois ressuscité le Christ est affranchi des limites inhérentes à cet espace-temps.

J'ai, pour ma part, essayé de montrer, me référant à divers auteurs, philosophes, penseurs, scientifiques que le temps au sens philosophique et non chronologique, échappe à toute définition comme à toute mesure d'observation alors que l'espace, l'Univers, s'offre à l'exploration, tant de l'infiniment petit que de l'infiniment grand.

Jusqu'il y a peu, l'éternité était perçue comme prolongement du temps, dans un après la mort donc, où sa durée serait infinie. (1)

Quand aujourd'hui nous disons "éternité", c'est à une qualité du temps que nous pensons ; en ce sens, nous affirmons, peut-être avec une certaine audace, que l'éternité est dans le temps, attribuant ainsi une valeur inestimable au temps et donc à chaque instant. Pour qui partage cette conception, le temps n'est plus extérieur à lui. Celui-là a banni une fois pour toutes des expressions comme : le temps arrangera bien les choses... ou "laissons le temps au temps", comme dit un certain Premier Ministre.

Cette qualité du temps n'est pas un idéal inaccessible puisque tout acte d'amour, toute démarche en vue du bien, tout geste positif, y donne accès. Ce niveau du temps est d'une telle qualité que nous ne craignons pas de parler de vie divine. Du plus humble service au don de sa vie, il y a bel et bien participation à la vie divine, à la Vie. Nous pouvons donc paraphraser l'évangéliste Jean et, tournés vers le Seigneur comme Jésus vers son Père, dire dans l'instant (verbe au présent) : Te connaître, c'est vivre de ta Vie. (2) Ou encore, pensant à Nicodème: nourris de ta Parole, nous naissons d'en haut, confiants en Celui qui a les paroles de la vie éternelle. Offerte à tous les hommes, accueillie par le croyant, cette vie nouvelle est éternelle ou divine.

Je ne connais aucun exégète qui ait écrit, noir sur blanc, que les disciples de Jésus, les proches du Nazaréen, son entourage d'hommes et de femmes dans la Palestine du premier siècle, n'ont pas vu le Ressuscité de leurs yeux de chair mais avec les yeux de la foi. Si ce n'est pas erroné, est-ce téméraire ? Je ne connais pas d'auteur ayant écrit que la vision du Ressuscité est celle des coeurs purs. Pourtant, ils sont sur la bonne voie, ceux qui ont le coeur pur. En marche ceux-là, heureux sont-ils car ils verront Dieu.

Le moment est peut-être opportun de risquer ce propos : ne nous méprenons pas sur la pensée de Paul, ne nous focalisons pas sur cette pensée, fût­ elle géniale.

Exégète, éminent helléniste, hébraïsant aussi, Benoît Standaert o.s.b. dit un jour qu'à ses yeux Paul reste le plus grand théologien. Je n'ai pas la compétence pour en juger. Je constate seulement qu'il y a Paul et le paulinisme. Depuis plus de cinquante ans j'entends citer le fameux, (trop fameux?): "Si Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide." Ne nous braquons pas sur cette hypothèse ! Il eût mieux valu qu'elle ne fût jamais avancée. Je m'en explique brièvement.

La foi est libre adhésion à un donné qui est en même temps une proposition : "Dieu propose, l'homme dispose." (Mourlon Beernaert s.j.) Adhérer c'est dire oui à l'Alliance, c'est entrer dans la vie même de Dieu. C'est donc vivre dès maintenant, quoique très imparfaitement, en ressuscité. Je n'ai donc que faire de l'hypothèse de Paul. Heureusement, l'apôtre des Nations nous laisse tant de pages fortes, belles et motivantes. D'ailleurs, Paul lui-même invite au discernement...

Il m'arrive, à titre de défi personnel, de tenter de vouloir comprendre des travaux savants. Ces travaux, qui ne touchent évidemment qu'une poignée de chercheurs, professeurs et étudiants en fin de cycle, ne font pas seulement appel à l'histoire et à la géographie, à la littérature et aux langues anciennes, à la linguistique, mais encore à la psychanalyse et autres domaines très spécialisés. Ils me donnent à entrevoir que le sens à donner à la résurrection de Jésus s'inscrit au plus profond d'un vécu relationnel vrai, d'un existentiel sur fond de confiance.

Le chemin monte. Il est parfois bien étroit, sans horizon, mais il ménage aux patients et aux persévérants des temps d'émerveillement sur des aires de repos. Voici une bifurcation. Que choisir ? Entre-temps nous avons pris de la hauteur ; nous relativisons les obstacles. Désormais, c'est sûr : le sommet nous gratifiera de beauté. Déjà, nous ne sommes plus les mêmes.

Résurrection du Christ, notre résurrection !

André Hannaert - LPC n°77- 1998

(1) « Jusqu’il y a peu ... » : j'entends à l'échelle de 2000 ans de christianisme. Ainsi lit-on dans le "'Code abrégé de la foi chrétienne"' du Cardinal Mercier (1851-1926): La seule chose certaine et dont personne ne doute, c'est qu'un jour viendra où chacun de nous passera du temps à l'éternité. (retour)
(2) Jean 17. 3 (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et croyance