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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 08:00
Christiane van den MeersschautA propos de l'Ascension
Christiane van den Meersschaut

Les premiers disciples de Jésus étaient juifs comme lui. Ils étaient, comme lui, pétris des "Ecritures". La méditation de ces textes, faite par les apôtres à la lumière de Pâques, s'est développée et approfondie au fil des temps. Les récits bibliques entendus depuis leur enfance déterraient à chaque fois du fond de leurs cœurs enténébrés, des moments passés avec Jésus vivant. Des situations disparues et vécues avec le Nazaréen semblaient se rappeler à eux par les Ecritures. Leur questionnement intérieur devait être incessant et aller des Ecritures à Jésus et de Jésus aux Ecritures. Ce va-et-vient devait être un véritable remue-ménage spirituel. Aujourd'hui, il nous faut bien comprendre cela. On ne peut dissocier les récits évangéliques construits en référence aux Ecritures, car celles­ ci éclairent entièrement l'Evangile et nous donnent de précieuses clés de lecture.

Au début, les disciples étaient prisonniers d'une image politique du Messie, véhiculée par les Ecritures et la Tradition qui ne correspondaient pas du tout à l'action menée par Jésus. Il leur a fallu un long cheminement pour saisir la spiritualité de Jésus, sa Bonne Nouvelle, son instauration du Royaume. Enrichis alors de ce sens nouveau, ils parviennent enfin à proclamer leur Foi : Oui, Jésus est vraiment le Messie, le Christ annoncé qui n'a pas été reconnu.

L'intelligence des disciples s'approfondit des correspondances établies entre Jésus et les Ecritures. Ils associent l'homme de Nazareth aux antiques images bibliques qu'ils interpréteront comme des figures qui annoncent Jésus le Messie. D'où l'importance pour eux de garder l'imagerie de la première alliance et l'emploi de l'allégorie dans l'activité catéchétique primitive.

L'étude des textes concernant l'Ascension de Jésus en est un exemple. Nous distinguons d'une part l'imagerie (nuée, montée, anges...) et d'autre part le sens théologique et catéchétique (exaltation de Jésus en Dieu, le départ de Jésus qui induit la mission ici­ bas) que ces images veulent nous communiquer. Ces récits nous parlent d'un dernier départ de Jésus que dans notre langage nous appelons ascension.

Si le récit de l'Ascension dans notre imaginaire est très coloré et suggestif, les évangiles sont très concis et donnent très peu de détails. Marc (1) (16,19) nous signale que "Jésus est enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu" tandis que Luc (20,51) nous dit que "Jésus est séparé d'eux et emporté au ciel".

Deux auteurs seulement nous parlent de l'Ascension dans le N.T. Ils situent l'événement le même jour que la Résurrection, car, dès cet instant, Jésus vit d'une vie nouvelle et il rejoint le Monde de Dieu. L'Ascension, c'est cela. Il faut évidemment écarter de notre esprit une vision de Jésus ressuscité attendant quelque part, à Jérusalem ou sur les routes de Galilée, le quarantième jour pour monter au ciel. Non, la Résurrection et l'Ascension ne sont pas deux événements distincts. Pour mieux mettre en valeur ces deux aspects du même "Mystère de Foi", Marc et Luc vont les séparer dans leurs livres : d'une part, la sortie du tombeau par la victoire sur la Mort (la Résurrection), d'autre part, le triomphe, la glorification de Jésus auprès de Dieu (l'Ascension).

Il a fallu cependant un certain temps aux disciples pour qu'à travers un énorme travail de mémoire des gestes et des paroles de Jésus, celui-ci leur "apparaisse" comme le Messie annoncé. Et, une tout aussi longue période leur a sans doute été nécessaire pour que Jésus leur "apparaisse" vivant à travers leurs différentes expériences relationnelles (gestes- attitudes).

Les auteurs vont exprimer cela dans des "récits d'apparitions" qu'ils vont placer entre le tombeau vide et l'ascension. Ceci apparait donc comme un procédé littéraire ne tenant pas compte de la durée réelle de leur réflexion.

Matthieu, dans ses "récits d'apparitions" semble exprimer que Jésus est bien vivant avec eux et ce, jusqu'à la fin des temps (28,16-20). Il n'y a donc pas de récit d'ascension chez lui.

L'Ascension pour Marc se passe à Jérusalem et pour Luc à Béthanie. Dans les deux cas, ces récits terminent leur évangile et on peut y découvrir que c'est encore le même jour que les disciples reçoivent l'Esprit (Pentecôte) qui les conduit directement à prêcher, à donner des signes (Mc 16,20), à vivre dans la joie et la louange (Lc 24,52-53).

Dans son livre des Actes des Apôtres, Luc nous fait revivre la même scène, mais cette fois dans le style habituel des théophanies bibliques. Pour nous suggérer ce mystère indicible, il puisera dans l'imagerie des Ecritures et nous donnera des détails qui ont tous une portée symbolique. Il situe l'événement sur le Mont des Oliviers (1,12) et cela se passe quarante jours après sa Passion (1,3). Jésus est enlevé au ciel (1,2), s'élève et une nuée le dérobe aux yeux de ses apôtre (1,9). Tandis que ceux-ci scrutent le ciel, deux hommes vêtus de blanc leur font prendre conscience de leur attitude erronée (1,10-11). Nous lisons ceci, bien sûr en nous référant aux Ecritures du premier Testament. Nous pouvons faire de nombreuses connexions. Je n'en citerai que quelques-unes.

Le Dieu "Très-Haut" (Gn 14,18) a sa demeure sur une "montagne" (Ps15,1;48,2-3). Dieu se rendant dans sa demeure "monte" (Ps 47,6). Rencontrer Dieu c'est donc nécessairement "monter" (Ps 122,4) et l' A.T. connaît des héros qui ont été "enlevés" auprès de Dieu : Hénok (Gn 5,24 ; Si 44,16), Elie (2 R 2,11-16) le juste obstinément fidèle à Dieu (Ps 73,24), les justes morts prématurément (Sg 4,10-11). "La Nuée" (Ex 19,16) accompagne la théophanie du Sinaï et il faut "quarante jours" pour accomplir les pèlerinages terrestres vers la montagne de Dieu (1 R 18,9).

Dans ces trois récits d'Ascension (Mc, Lc, Actes) nous constatons à travers une imagerie quelque peu différente d'un texte à l'autre, un même témoignage de Foi, une même catéchèse qui veut mettre l'auditeur en contact avec la personne de Jésus, et qui traverse les siècles.

Aujourd'hui, nous pourrions lire ce texte symbolique de la façon suivante: lorsque nous cherchons à nous rapprocher de Dieu (mont) il nous faut cependant un certain temps (40 jours) pour parvenir à nous nourrir d'une expérience de Dieu. Cette expérience nous grandit (élève) mais nous n'atteignons jamais Dieu (la nuée) car il ne faut pas uniquement chercher dans l'au-delà, dans l'imaginaire (scruter le ciel) mais entendre la Parole de Dieu (2 hommes en blanc) qui nous fait comprendre que nous avons notre mission ici­ bas. Jésus qui, lui, a rempli sa mission est assis à droite de Dieu (égal à Dieu) et a rejoint le monde de Dieu, Il fait partie de Dieu. Il nous quitte le jour (du premier matin) pour nous laisser devenir créateur à notre tour, pour continue, à sa suite, à réaliser le Royaume dans le chaos du monde par la pratique de sa Parole.

Les auteurs voulaient aussi signifier que Jésus ne s'était relevé de la tombe pour se retrouver de façon familière au milieu des siens, comme les différentes apparitions le racontent (Mt 28, Mc 16, Jn 20,21) ; mais qu'il est Jésus glorieux, exalté et vivant d'une vie nouvelle auprès de Dieu. Qu'il est le Seigneur après sa victoire sur la mort. C'est la brusque irruption du Seigneur glorifié dans la vie des hommes, le Maître du Monde et de l'histoire. Ces textes se voulaient des présentations de Foi et des hymnes liturgiques des premiers chrétiens.

Dès le IVe siècle, à Jérusalem, la fête de l'Ascension sera célébrée par une procession vers le Mont des Oliviers.

Au Ve siècle, saint MAXIME, évêque de Turin, nous dit ceci à propos de l'Ascension : "Lorsque le Christ souffre sur la Croix, Il est comme ce grain dont lui-même a parlé, qui doit mourir pour porter du fruit ; lorsque le Christ est environné de la foi de ses nombreux apôtres, Il est le grain qui a fructifié. Que fut Jésus avec ses disciples pendant ces quarante jours qui ont suivi la résurrection ? Il leur enseigne la sagesse de l'âge mûr, Il leur donne des instructions fécondes qui les convertiront. Ensuite, Il monte au ciel, c'est-à-dire vers son Père ; son Incarnation fructifie alors, et Il communique à ses disciples les semences de la sanctification."

Au XXe siècle, François VARILLON nous dit que : "le ciel où "monte Jésus" c'est très exactement l'intimité de Dieu. Ce que les chrétiens appellent "ciel" ce n'est pas un lieu éternel, supra-terrestre, un domaine métaphysique. Ce n'est pas Dieu seul. Le ciel est le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, la rencontre intime de Dieu et de l'homme".

Jésus est parti. Il est parti pour qu'à notre tour, nous puissions nous élever. "Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint-Esprit ne viendra pas." (Jn 16,7) Le Saint-Esprit ne dicte pas ses décisions, mais il inspire celui qui veut vivre de Jésus. Jésus part pour que nous devenions des adultes responsables, construisant notre vie, prenant nos libertés, écrivant nous-mêmes notre histoire.

Compris ainsi, quelle Bonne Nouvelle que l'Evangile !

Je laisserai le mot de la fin à CLAUDEL qui, pour nous parler du départ de Jésus écrivait: "Il faut que je vous soustraie mon visage pour que vous ayez mon âme."

Christiane van den Meersschaut

(1) A propos de cette finale de l'évangile de Mc (16,9-20 ) les exégètes estiment qu'elle fut ajoutée au second siècle. Primitivement, il semble bien que l'évangile de Marc se termine sur la simple annonce de la Résurrection de Jésus. (retour)

Sources

  • "Au nom des Pères" - Claude LAGARDE, Manne 1992
  • Jésus est ressuscité au matin de Pâques. Il est vivant" - André THIVOLLIER
  • "Dictionnaire Biblique" - L. MONLOUBOU et F.M. DU BUIT, 1985
  • "Théo" - DROGUET et ARDANT, Fayard 1989
  • Conférences : "Le quatrième Seuil de la Foi" - MESS'AJE
  • "Joie de croire, joie de vivre" - François VARILLON, Le Centurion 1981.
Published by Libre pensée chrétienne - dans Fêtes liturgiques