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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 08:00
Herman Van den MeersschautEsprit es-tu là ?
Herman Van den Meersschaut

Lorsque j'étais enfant, nous avions à l'école un cours d'Histoire Sainte qui me passionnait. Je me souviens d'avoir été souvent émerveillé par ces personnages, comme Abraham, qui parlaient avec Dieu "en direct". A toutes les pages du Premier Testament, "Dieu dit..." Quelle chance avaient donc ces gens, en ces temps bénis, de converser ainsi avec Dieu.

Mais aussitôt après, j'étais envahi par une terrible et inquiétante question : pourquoi ne nous parle-t-il plus aujourd'hui et particulièrement à moi ? Sans doute ne suis-je pas digne, pensais-je; sans doute ne suis-je pas assez bon ? Lorsqu'on posait la question à nos professeurs, ils répondaient que Dieu avait parlé par les prophètes et qu'avec Jésus et son Eglise se terminait la "révélation". Tout était dit. Point final. Dieu s'était éloigné; Dieu était devenu muet.

Lorsque plus tard je fis ma communion, on me rappela que j'avais reçu l'Esprit-Saint à mon baptême et qu'à ma confirmation je le recevrais en abondance. Je me mis donc à rêver d'un événement extraordinaire où je me sentirais "rempli de l'Esprit-Saint" comme les apôtres à la Pentecôte. On me prépara à ce grand jour en m'obligeant à apprendre des réponses à des questions que je ne comprenais pas. Grande fut ma déception, évidemment. Mais, sans doute, n'avais-je pas assez de foi, n'est-ce pas ?

L'Esprit-Saint m'apparaissait comme une entité quantifiable que Dieu donnait selon son bon plaisir. Certains recevaient "des grâces" dont on pouvait "être rempli" par l'action efficace des sacrements ; c'est-à-dire par une sorte de rite magique. Ce qui m’inquiétait, et je ne devais pas être le seul, c'est que, chez moi, cela n'avait pas l'air de fonctionner ?! Et pourtant, Dieu sait qu'il me poursuit depuis ma tendre enfance !

Aujourd'hui, malheureusement, on continue, dans beaucoup de milieux, à véhiculer cette conception magique. Comme si par l'imposition des mains nous pouvions "convoquer" l'Esprit et le faire pénétrer dans l'esprit du jeune confirmand, comme un produit que l'on offre à la demande. Les autorités religieuses ont, semble-t-il, le monopole de cette distribution. Pauvre Esprit-Saint !

Heureusement, je ne suis pas resté un enfant et j'ai eu le bonheur de rencontrer sur ma route quelques "anges" qui m'ont ouvert les portes de la Bonne Nouvelle, grâce à des "clés de lecture" bien adaptées à notre époque (avec tout l'apport des différentes exégèses actuelles), ce qui m'a permis de balayer une fois pour toutes les vieilles croyances accumulées au cours des siècles par l'Eglise traditionnelle et de pouvoir ainsi aborder en toute liberté de pensée ce magnifique trésor qu'est la Bible.

C'est donc en toute liberté que je vous pose la question : de quelle nature est donc cet Esprit qui vous fait vivre, qui vous "inspire", vous "anime" et vous guide ?

Le définir serait, me semble-t-il, lui faire injure, le limiter, le réduire. Il reste le tout autre. Mais il y a une chose qui me semble évidente : c'est qu'on ne peut comprendre ce qu'est l'Esprit qu'en l'expérimentant dans notre vie.

Je peux prendre connaissance intellectuellement de ce qu'il dit et fait dans les Ecritures, mais je ne pourrai vraiment le rencontrer, en vivre, que si j'expérimente moi-même ce qui est écrit.

Un prêtre, préparant des enfants à l'Eucharistie, disait un jour à des parents assez interloqués que "la religion n'est pas une affaire d'enfants". J'avais moi aussi sursauté à cette affirmation, mais en y réfléchissant bien je me suis dit qu'il a raison. Certains passages de l'Evangile ne deviennent lumineux pour nous que lorsque nous vivons réellement les situations décrites symboliquement dans le texte.

L'expérience des enfants est souvent trop courte pour qu'ils puissent faire un rapport avec leur vie. Sauf pour les enfants qui, très tôt, vivent des drames ou des grandes joies (séparation, réconciliation, décès, génocide, ...). Leur expérience de vie les dispose alors à recevoir une parole de vie qui se vérifie pour eux à travers le témoignage des personnes avec qui ils ont vécu l'événement. Ces textes peuvent alors les "inspirer", les faire vivre, les remettre debout.

Mais le texte n’est pas l'Esprit; il faut qu'il passe par les hommes, qu'il s'incarne dans la vie des hommes. Il ne peut "parler" qu'à travers nos bouches et nos actions.

Au fond, l'inspiration de l'Esprit est, pour moi, du même ordre que "l'inspiration artistique".

L'artiste "exprime", "expire" dans son oeuvre ce qu'il "inspire" tout au long de sa vie. Il peut, comme Goya, exprimer ses phantasmes, ses souffrances, son mal de vivre. C'est son malaise par rapport à la société de son temps qui va l'inspirer. Il va transformer et exprimer cela à travers une oeuvre d'une beauté sombre et grave.

Tout au contraire, un Fra Angelico, tout habité par sa foi simple et limpide de moine, inspiré par une vie calme, paisible et protégée, va exprimer son rêve paradisiaque dans des images lumineuses et pleines de sérénité.

Mais tous deux sont inspirés par le monde dans lequel ils vivent. Et selon l'éducation, les influences, les personnes qu'ils ont côtoyées, ils vont exprimer avec leur personnalité propre ce qu'ils ressentent en eux comme une "nécessité". Tout artiste a ressenti en lui cette nécessité de création. C'est de l'ordre de l'irrationnel. Il y a quelque chose en moi qui me pousse irrésistiblement à créer, à exprimer ce qui s'est imprimé en moi et ce n'est pas nécessairement facile, car bien souvent c'est un véritable accouchement.

Je dirais que l'inspiration divine provoque cette même nécessité. Si dès mon plus jeune âge j'ai baigné dans un milieu où l'on vit d'une façon active dans !'Esprit d'Amour de Jésus de Nazareth, si j'ai pu voir avec mes yeux et mon coeur ce qu'aimer veut dire, si j'ai personnellement expérimenté cet amour, si je me suis senti aimé par mes proches, je pourrai à mon tour en exprimer aux autres.

Cela se présentera à moi comme une "nécessité", comme si quelqu'un d'extérieur à moi me poussait à agir. Je pourrai dire alors : Oui, Esprit-Saint, tu es là, vivant en moi, au milieu de nous ; tu vis, tu inspires toutes nos actions. Comme l'artiste sent en lui la nécessité de s'exprimer, moi aussi je sens la nécessité de te communiquer aux autres.

C'est ce qu'on appelle "l'enthousiasme". Notre monde en manque cruellement. Ce n'est pourtant que dans l'enthousiasme que les hommes ont progressé. Mais, comme pour l'artiste, il s'agit souvent d'un long enfantement.

L'esprit, disait quelqu'un, c'est comme un sous-marin ; il est là en nous, en plongée. Lorsqu'il fait surface, ce sont nos jours d'enthousiasme, nos jours de Pentecôte.

Herman Van den Meersschaut

Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et croyance