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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 08:00
André VerheyenRéflexion sur la foi
André Verheyen

En songeant à quelques thèmes importants de nos échanges, tels que la vie après la mort, la place centrale du Christ dans le salut de l'humanité, la divinité du Christ, etc., on en arrive à cette question plus générale : quelle est cette approche particulière que nous appelons la foi chrétienne ?

Dans notre démarche de libre pensée chrétienne, nous tenons à élargir l'œcuménisme au-delà des religions, c'est-à-dire aux spiritualités laïques. Et nous sommes fort encouragés dans cette démarche chaque fois que nous percevons, grâce à un discernement sérieux, que des convictions que l'on avait considérées depuis toujours comme relevant de la foi sont plutôt des croyances basées sur des mythes ou des héritages culturels pré-scientifiques.

On songe spontanément aux affaires Galilée et Darwin mais il y a des zones sensibles qui ne sont pas encore totalement défrichées, comme les apparitions, les miracles et tous les phénomènes dits "surnaturels". Dans ces domaines, la rigueur intellectuelle nous invite à faire davantage confiance aux approches scientifiques qu'aux convictions de la crédulité religieuse mais elle ne nous dispense pas de la question précise : quel est finalement le contenu de notre foi ?

Un premier élément de réponse à cette question attire notre attention sur l'ambiguïté du mot "contenu" et lui préfère "spécificité".

En effet, le mot "contenu" suggère qu'il y aurait des vérités - ou même des faits surnaturels - que le croyant connaît grâce à une "révélation", également surnaturelle. Et dans la présentation traditionnelle on parlait de "mystères" qui échappent à nos connaissances naturelles ou à notre raison mais que nous devons accepter humblement dans la foi.

Le mot "spécificité" a l'avantage de situer la différence dans l'attitude du sujet croyant ou incroyant, face à une réalité qui est évidemment la même pour les deux.

Il y a deux domaines qui sont particulièrement éclairants dans la question qui nous occupe; ce sont les domaines scientifique et philosophique.

Pour ce qui est du domaine scientifique, le bilan du contentieux "science-foi" nous permet de refuser aujourd'hui la compétence des autorités religieuses en ce qui concerne l'explication de phénomènes matériels, c'est-à-dire visibles, audibles, tangibles, etc. Autre chose est de leur donner un sens; nous y reviendrons.

Prenons l'exemple des apparitions. Il y a quelques années, nous avions trouvé assez pitoyable le commentaire d'une séquence télévisée sur les apparitions de Medjugorje par un religieux disant : "Observez bien les lèvres des cinq voyants ; ils ne disent pas la même chose. Donc la Sainte Vierge a cinq conversations différentes et simultanées, ce qui permet de penser que les corps des ressuscités doivent avoir des possibilités assez extraordinaires." (!?!)

Autant on peut faire remarquer les richesses spirituelles que certaines personnes retirent d'un séjour à Medjugorje, à Lourdes ou à un autre endroit d'apparitions, autant il faut laisser aux disciplines scientifiques l'explication du phénomène même des apparitions.

Il en va de même pour les guérisons miraculeuses. Le rôle des autorités religieuses se limite à porter un jugement sur les qualités spirituelles et morales des personnes concernées. L'explication de la guérison relève de la compétence des scientifiques et il est à remarquer que la seule conclusion qu'ils expriment dans le cas d'une guérison miraculeuse - par exemple au bureau des constatations médicales de Lourdes - c'est qu'ils constatent que la guérison n'est pas explicable dans l'état actuel des connaissances médicales.

Un cas particulièrement remarquable est celui de la Résurrection du Christ. Si cette résurrection était un retour du corps matériel (de chair et d'os) à la vie antérieure, elle ne serait pas objet de foi mais de constatation visuelle ou de témoignage historique. Mais puisque la Résurrection du Christ est objet de foi, elle est autre chose que ce retour à la vie corporelle antérieure. C'est ce que tous les théologiens expriment actuellement en disant que la Résurrection du Christ "n'est pas la réanimation de son cadavre".

Nous pourrions donc conclure - pour ce qui est du domaine scientifique - que la constatation ou l'explication d'un fait matériel n'est jamais objet de foi. Par contre, ma vision de foi me fera donner à l'événement un sens qui pourra être différent du sens que lui donnera un incroyant.

Venons-en à cet autre domaine de la connaissance qu'est la philosophie.

Ici, le problème sera différent, étant donné que la démarche philosophique et la démarche de foi sont toutes deux recherche et affirmation de sens.

Pour situer d'emblée la différence, rappelons cette affirmation traditionnelle : "Le Dieu des philosophes n'est pas le Dieu de la foi." Cela voulait dire que le philosophe pouvait affirmer sa conviction d'une Cause Première sans avoir de relation personnelle avec elle, même s'il l'appelait Dieu.

Dans le cas de la foi chrétienne, il y a encore cette différence supplémentaire que le philosophe peut faire totalement abstraction de Jésus-Christ dans sa recherche sur la Cause Première ou sur la transcendance.

Quand nous nous situons au niveau du dialogue interreligieux et de l'œcuménisme du quatrième cercle, qui englobent les spiritualités laïques, nous sommes amenés à estomper fortement les différences. Pour ne pas trop allonger cet article, je me limite à quelques brefs énoncés, quitte à y revenir plus tard.

  • Le croyant et le philosophe sont solidaires dans leur recherche de ce que peut signifier la notion de personne attribuée à Dieu (avec ses aspects anthropomorphiques éventuels).
  • Le croyant et le philosophe sont solidaires dans leur recherche de ce que peuvent signifier des notions de personne et de nature appliquées à Dieu et à Jésus-Christ, ainsi que plus généralement les notions de transcendance, d'au-delà, matière, esprit, naturel, surnaturel, etc.
  • Le croyant et le philosophe sont solidaires dans leur recherche de ce que peut signifier le terme - et la réalité ! - de "révélation", compte tenu de ce que toute révélation dans l'histoire de l'humanité passe par des médiations qui demandent à être étudiées avec discernement.

En guise de conclusion, pour ce qui est de la dimension philosophique, je dirai que la spécificité de la foi chrétienne réside dans la relation privilégiée d'amour, de confiance, d'adoration, etc. avec Jésus-Christ et donc aussi avec Dieu, tel que Jésus le prie, le prêche et l'adore lui-même.

Mais l'ouverture d'esprit et l'exigence de sincérité de Jésus lui-même font que nous ne sentons nullement notre foi chrétienne en danger dans le dialogue interreligieux et en compagnie de philosophes en quête comme nous du sens des choses.

André Verheyen (LPC n°98- mars 2000)

Published by Libre pensée chrétienne - dans Foi et croyance