Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 08:00
André VerheyenJésus Fils de Dieu (suite)
André Verheyen

Nous rappelons qu'il s'agit de réponses à la question "

Pour vous, qui est Jésus-Christ ?

" recueillies par le Père A.-M. CARRE et publiées aux Editions du Cerf en 1978. Certains témoignages sont anonymes. D'autre part, nous ne citons que des extraits; il faut en tenir compte pour l'objectivité vis-à-vis de la pensée totale des auteurs cités.

 

1 - Anonyme (Nord)

J'ai assez fait de philosophie pour pouvoir vous dire de belles choses bien pensées. Mais Jésus n'est pas un sujet de thèse. Il est "l'Amour" ! Explique-t-on l'amour? Je n'ai pas répondu à la question, je le sais. Mais lorsqu'on aime quelqu'un, on ne peut pas le définir, l'enfermer dans le carcan étroit et incommode des mots.

2 - Etienne BORNE (philosophe, agrégé de l'Université)

Ce qui me gêne dans la question est le "pour vous". Il m'est en effet difficile de m'expliquer sur ce que peut ê tre ma foi en Jésus- - Christ, non que je répugne à la confesser publiquement, mais parce que la manière dont je tente de la penser et de la vivre, et qui n'est nullement exemplaire, rapetisse la foi en Jésus - Christ selon la médiocre mesure de mes difficultés et de mes obscurités, de mes questions et de mes recherches, dont je crains que les unes et les autres soient sans fin aussi longtemps que je vivrai en un monde ainsi fait que, comme disait Pascal, on en voit toujours trop pour nier et pas assez pour s'assurer. (0.C. p.25)

Ici en particulier nous devons signaler que cet extrait ne rend pas complètement le témoignage de l'auteur, qui se termine d'ailleurs par "A cette foi de l'Eglise, je crois et je veux croire". Mais il nous semble intéressant de recevoir également le témoignage des difficultés, des questions et des recherches.

3 - 74 ans, ( Rhône)

Depuis plus de 65 ans, je tourne autour; rebuté par les bigotismes, les fanatismes… et les cantiques, je m'impose de "pratiquer" pour, un jour j'espère, obtenir de vraiment croire.

Tellement homme, impossible qu'il soit Dieu! Tellement plus grand que l'homme, impossible, plus impossible encore, qu'il ne soit pas Dieu! (o.c. p. 26)

4 - Robert BURON (ancien ministre)

Pour moi Christ est à la fois l'auteur et l'acteur de la plus belle histoire du monde. Henri Laborit, dans " Biologie et Structures", dit que l'Evangile constitue la clef de l’esthétique des structures. Je partage ce sentiment. Christ pour moi a recréé la vie, lui a donné un sens nouveau que je ressens essentiellement comme harmonieux, esthétique , épanouissant.

Peut-être, comme me l'ont reproché des Pères dominicains, experts en la matière, suis-je un agnostique chrétien. S'il en est ainsi, je m'assume comme tel. Mais ce n'est pas comme philosophe, moins encore théologien, que je m'affirme chrétien, c'est comme être vivant, séduit par ce que nous appelons maintenant un modèle.(o.c. p. 33)

5 - Yves CONGAR (Dominicain)

… je crois m'être approché d'une position à la saint Paul, pour laquelle on se demande en vain si elle est théocentrique ou christocentrique. "Dieu" est absolument premier, mais il est "le Père de Jésus- Christ, Notre Seigneur" : ceci dans ma pensée dogmatique et dans ma prière, si j'ose employer d'aussi grands mots pour des choses qui sont, chez moi, si médiocres. Mais il s'agit de ma vie telle que j'essaie de la mener au milieu des hommes, avec eux et pour eux, alors c'est Jésus- Christ qui en est la lumière, la chaleur et, par son Saint-Esprit, le mouvement. Chaque jour Il m'interpelle. Chaque jour Il m'empêche de m'arrêter…(o.c. p. 58)

6 - Marc ORAISON (docteur en médecine, docteur en théologie)

Pour moi Jésus - Christ est d'abord un homme comme les autres, au milieu des autres, aussi peu spectaculaire que possible et "non sacral". On s'aperçoit peu à peu qu'Il exprime en même temps "autre chose" que l'homme disons l'Amour en tant que préexistant et triomphant. Il achève la mort. Il est la parole de l'Amour, dont on aperçoit la présence comme telle après sa mort, sur un mode qui n'a aucun point de comparaison.

C'est parce que les disciples d'Emmaüs aimaient le Christ, prêts à aller plus loin que leurs catégories, c'est parce qu'ils croyaient en lui qu'ils se sont aperçus qu'Il était là ressuscité d'entre les morts. La foi dans le Christ Jésus transcende toute catégorie et toute culture. Elle transcende le temps en l u i donnant son sens. Elle nous transfigure dans notre réalité la plus concrète et la plus palpitante, éventuellement la plus sordide…

Il est bien plus que " l'Ami" ; Il est celui qui "cristallise " l'humanité vers son vrai destin. Jésus fait que "le Christ", c'est nous tous… (o.c. p. 124)

7 - André ROUSSIN (auteur dramatique, de l'Académie française)

Puisque c'est un avis personnel que réclame cette enquête il faut abattre ses cartes. C'est, hélas, celui d'un homme qui doute de la divinité du Christ que je dois formuler, c'est dire d'un incroyant. A ce titre le Christ reste pour moi le plus haut exemple de l'Initié, du mystique en constante liaison avec l'Esprit (le Père). Sa figure, sa légende, son martyre font de lui celui vers qui peuvent aller toutes les prières, car nul n'aura porté plus loin la notion d'amour universel, l'exemple du don de soi pour le bien du monde, la non-violence, le respect des humbles, en un mot tout ce que l'homme, de système en système, essaie éternellement d'établir au nom de l'humanité.

Le Christ représente enfin la force révolutionnaire et d'une inéluctable pensée qui porte en soi le principe de la libération des masses opprimées et l'avènement des misérables. Jamais plus qu'aujourd'hui où elles sont reniées et combattues, la pensée, la doctrine du Christ n'ont été aussi actuelles. Jamais plus qu'aujourd'hui le croyant et l'incroyant peuvent y trouver la même source de Vie.( 0.c.p.142)

8 - Arthur RUBINSTEIN

Pour moi Jésus- Christ a été depuis toujours, est et sera l'être sublime, suprême et idéal que l'humanité ait produit. En tant que Juif, c'est le seul orgueil que je ressens d'être de sa race. Son existence, ses paroles, son sacrifice et sa foi ont donné au monde le plus noble cadeau qu'il ait jamais reçu: celui de l'amour, l'amour de son prochain, l'amour du pauvre, la pitié, l'humilité, enfin tous les sentiments qui anoblissent l'être humain.

Cependant, j'ai la conviction qu'on ne peut pas le concevoir comme un être qui ne soit pas de ce monde, comme un Dieu. A mes yeux, cela lui enlèverait la qualité de martyr suprême...

Je préfère donc l'aimer, l'adorer comme l'Homme suprême... (o.c. p. 144)

 

***

 

Il est évident que l'un ou l'autre de ces témoignages ne correspond pas exactement à celui que les Apôtres et Evangélistes ont voulu donner de leur foi en Jésus - Christ. Et le Magistère de l'Eglise – qui a entre autres pour mission de veiller à la fidélité au message des Apôtres – peut et doit le faire remarquer. Cela n'a rien de choquant si ce n'est pas exprimé sous forme de condamnation mais sous forme de constatation d'une différence.

Dans une Eglise qui serait libérée de tout autoritarisme, il y aurait toujours place pour les dogmes mais pas dans le sens où l'on obligerait les gens à croire quelque chose sous peine d'excommunication. Le sens du mot grec 'dogma’ est 'ce que je pense', 'ce que nous croyons’. Les responsables d'une communauté de croyants ont non seulement le droit mais le devoir d'exprimer "ce que la communauté croit" pour rendre service aux membres de cette communauté.

Il est inutile de répéter ici que ce ne sera un service rendu à la communauté que si on s'adresse à elle dans son langage et dans les termes de sa culture.

D'autre part il faut souligner le rôle important que peuvent jouer en cette matière tous ceux qui sont soucieux d'une compréhension fidèle du message originel et de son actualisation fidèle dans la culture contemporaine. Les théologiens qui ont le sens de l'humour ne prennent pas de mauvaise part qu'on plaisante à leur sujet, comme on le fait d'ailleurs d'un certain nombre d'autres professions, par exemple les "psy"…Mais qu'il soit permis d'attirer ici l'attention sur le rôle indispensable des historiens, exégètes, théologiens et autres gens qui réfléchissent pour arriver à une expression satisfaisante de la foi.

André Verheyen - LPC- 1993

Published by Libre pensée chrétienne - dans Jésus Dieu Foi et croyance