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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 08:00
bateau lpcQui êtes-vous, monsieur le professur?
Jean Ghisdal

Il est né à Lyon, il y a aujourd'hui 75 ans, dans une famille bourgeoise très catholique. C'est l'un des scientifiques les plus populaires de notre temps : il s'agit du biologiste Albert Jacquard.

Edmond Blattchen, le présentant dans son émission ''Noms de dieux", lui adresse ces très belles paroles: "Jadis catholique, vous revoilà en effet chrétien. Simplement, pour vous, l'amour du prochain c'est désormais l'amour de cinq milliards de prochains."

C'est à cause de ce souci des autres qu'Albert Jacquard a une grande vénération pour saint François d'Assise et une réelle amitié avec l'abbé Pierre. Albert Jacquard ne saurait donc laisser indifférent un chrétien qui pense librement (L.P.C.!). Aujourd'hui, nous allons déposer nos catégories toutes faites, nos jugements hâtifs, notre racisme religieux et nous allons essayer d'entrer dans la peau de quelqu'un pour qui la peau des autres est ce qu'il y a de plus sacré au monde. Prenons garde aux gros titres, aux phrases-choc et aux citations hors-contexte. Ce sont des produits hautement inflammables à manipuler avec la plus grande précaution !! "Ne pas enfermer l'interlocuteur dans les phrases qu'il a prononcées", telle est la consigne de celui à qui nous nous intéressons en ce moment. Nous allons puiser, dans un livre et dans deux dialogues, des paroles et des écrits d'Albert Jacquard lui-même. Dans "Petite philosophie à l'usage des non-philosophes", écoutons-le, d'abord, exprimer de façon très poétique la place des autres dans notre vie. C'était en janvier 1995. Il rencontrait les élèves des classes de terminale d'Albi à l'initiative d'Huguette Planès, professeur de philosophie au lycée Rascol.

"Ma capacité à penser et à dire "je" ne m'a pas été fournie par mon patrimoine génétique; ce que celui-ci m'a donné était nécessaire, mais non suffisant. Je n'ai pu dire ''je" que grâce aux "tu" entendus. La personne que je deviens n'est pas le résultat d'un cheminement interne solitaire ; elle n'a pu se construire qu'en étant au foyer des regards des autres. Non seulement cette personne est alimentée par tous les apports de ceux qui m'entourent, mais sa réalité essentielle est constituée par les échanges avec eux : JE SUIS LES LIENS QUE JE TISSE AVEC LES AUTRES. Avec cette définition, il n’y a plus de coupure entre moi et autrui."

Lisons-le maintenant au chapitre "Dieu" dans son livre : "Le souci des pauvres". C'est le scientifique qui écrit, le généticien Albert Jacquard, celui qui, tout en ayant les pieds sur terre et la tête dans le cosmos, s'efforce de rejoindre l'inaccessible. Il utilise pour cela tout son bagage intellectuel de savant de la fin du xxe siècle.

"Le concept de création a du sens pour une statue qu'un sculpteur fait sortir d'un bloc de marbre, un poème qu'un écrivain fait apparaître sur la feuille blanche, il n'en a pas pour un néant sans durée qui "exploserait" pour produire de la matière et de l'énergie. L'univers, autour de nous, est ; nous le voyons se transformer ; nous sommes capables de restituer son histoire passée et d'imaginer son histoire future. Mais nous sommes définitivement incapables d'accéder à l'instant initial et même de le définir. Essayons de nous passer du Créateur.

Quant à la toute-puissance, elle est trop évidemment une extrapolation des fantasmes humains pour être acceptée comme caractéristique divine. Un Dieu tout-puissant n'est jamais qu'un super-homme, constamment hanté par le désir de manifester sa capacité à l'emporter sur les forces de la nature ou sur les volontés humaines. Désirer être tout-puissant, c'est renoncer au statut divin.

"Privé de sa toute-puissance et de son rôle de créateur, que reste-t-il à Dieu ? ... L'essentiel.

A défaut de François d'Assise, trop lointain, écoutons le message d'un de ceux qui l'ont suivi, ... l'abbé Pierre. Il parle de Dieu. Il n'a qu'une phrase pour préciser son sujet : "Dieu est amour. Dès que l'on remplace le mot "amour" par un autre, ajoute-t-il, on trahit Dieu."

Enfin, Edmond Blattchen interviewe Albert Jacquard dans son émission "Noms de dieux" et, à cette occasion, notre généticien persiste et signe. Ecoutons-le:

"Si Dieu est amour, c'est que l'amour est Dieu. En inventant l'amour, ce qui n'était pas évident, nous avons inventé cette chose ineffable, cette transcendance à l'intérieur de laquelle nous sommes, qui nous fait, mais que nous faisons en même temps. Et c'est ça que j'appelle Dieu. Donc, il n'y a plus besoin d'un créateur. Il n'y a plus besoin de dire à ce Dieu qu'il est responsable de ceci ou de cela. Je suis responsable, même de lui ! Et cette idée est très bien résumée par un homme de foi, un dominicain, Jean Cardonel, un ami, qui écrit : Dieu est mort en Jésus-Christ, ce Dieu d'autrefois qui était un être jaloux, méchant, qui ne pensait qu'à se venger en permanence, à nous juger, à nous donner des ordres, à vérifier qu'on avait obéi. Ce Dieu-là a été détruit par Jésus-Christ, qui remplace cette volonté de puissance par l'amour, l'amour entre les hommes".

Merci, Professeur Jacquard. Vous nous obligez à sortir des sentiers battus dans le champ de mines de nos vérités dogmatiques. Vous nous forcez à quitter notre torpeur spirituelle. Vous réveillez l'équipage endormi qui a branché le pilote automatique et qui vole paisiblement au­ dessus des nuages.

Oh oui ! Vous secouez drôlement le cocotier! Merci.

Nous la faisons nôtre votre prière à saint François d'Assise:

"François, aide-nous à devenir des HOMMES".

Jean Ghisdal - LPC-2001

Bibliographie :

  • Petite philosophie à l'usage des non-philosophes - Calman-Lévy, 1996
  • Le souci des pauvres. L'héritage de François d'Assise - Calman-Lévy, 1996
  • L'intégrale des entretiens "Noms de dieux" d'Edmond Blattchen n° 8 - Editions Alice - RTBF-Liège
Published by Libre pensée chrétienne - dans Dieu Foi et croyance Liberté de pensée