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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 08:00
Joseph Moingt L’eucharistie hier et aujourd’hui
Joseph Moingt

Depuis une vingtaine d’années, Joseph Moingt a beaucoup écrit sur l’eucharistie, sur le devoir et pas seulement le droit qu’ont les communautés de célébrer l’eucharistie, envers et contre tout, sans se laisser intimider aujourd’hui par le « manque de prêtres ». Célébrer l’eucharistie, le « repas du Seigneur », est un attribut du sacerdoce commun des baptisés et pas d’abord le monopole du sacerdoce ministériel.

La présente synthèse s’emploie à résumer les idées forces qui se dégagent des principaux ouvrages de Joseph Moingt ainsi que d’un long entretien qu’il a donné à Nantes en 2012.

Ce résumé comporte trois parties :

  • L’eucharistie à l’origine
  • Le virage sacrificiel/religieux dans la conception de l’eucharistie. (3e siècle)
  • L’eucharistie aujourd’hui

 

1 - L’eucharistie à l’origine :

Le geste de Jésus lors de son dernier repas :

« Il serait infondé de lui prêter l’idée de transmuer le pain en son corps. Mais le geste de rompre le pain et de le donner à ses disciples à partager est ce qui exprime le mieux sa pensée […]. Les disciples prendront l’habitude de se réunir en commémorant et remémorant le dernier repas avec lui (Lc 24), et ils le feront dans la certitude que le partage du pain et du vin leur donne part à sa présence, celle d’un Passant, différente de celle du passé, mais plus intime et pénétrante. » (DVH, 608)

« Savons-nous ce que cela veut dire quand nous recevons un morceau de pain et que nous disons que nous recevons le corps du Christ ? Croyons-nous que Jésus est là avec deux bras, deux pieds ? Est-ce qu’il a besoin de se loger dans le pain, de décontexturer le pain pour se faire un petit espace ? C’est par la foi que nous recevons le corps du Christ. […] Qu’est-ce que la célébration de l’eucharistie ? C’est recevoir Jésus parmi nous. Jésus a dit "partout où vous serez deux ou trois réunis en mon nom, je serai avec vous". A-t-il besoin du truchement du pain ? Pour nous qu’est-ce que cela veut dire le truchement du pain ? Nous partageons le pain des uns et des autres, donc nous nous reconnaissons frères les uns des autres. […] C’est cela l’Évangile, nous sommes des ouvriers de l’Évangile. C’est cet esprit-là que l’eucharistie doit mettre en nous. » (EN).

Un repas fraternel hors religion :

« L’eucharistie, c’est un repas, les premières eucharisties des premières communautés, c’est un repas présidé par le chef de la communauté, l’homme qui recevait la communauté dans la salle à manger. » (EN)

« Elle avait, dans ses origines, un caractère social et convivial – celui du repas fraternel –, et raisonnable et langagier – celui d’un partage d’Écriture. […] Dans l’Église ancienne, les chrétiens recevaient l’enseignement des apôtres au cours du repas eucharistique. […] La coutume des premiers chrétiens [était] de commencer la réunion eucharistique par la pratique de la correction fraternelle et du pardon mutuel. » (CQM, 190-192)

Jésus n’a pas institué de sacerdoce :

« Aux débuts de l’Église, les chrétiens de Jérusalem assistaient au culte du temple, mais se réunissaient à part, dans leurs maisons – des lieux séculiers – pour “rompre le pain” […]. C’est dans la maison de l’un d’entre eux qu’ils se réunissaient pour accomplir l’acte spécifique qui les constituaient en tant que chrétiens : “annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne”, et cela se faisait au cours d’un repas – un acte séculier. […] Ainsi l’Église est née, mangeant et buvant avec les pécheurs, comme le faisait Jésus, née hors religion comme était mort son Sauveur, dans l’acte même de passer du religieux au séculier. […] En s’exilant des choses sacrées et des sacrifices, le repas du Seigneur a sorti le salut de la religion et l’a sécularisé, projeté dans le monde. » (CDV, 289-292)

« Une communauté chrétienne n’est pas concevable sans la pratique de l’eucharistie et le critère de vérité de cette pratique est l’unité fraternelle de ses membres. » (CDV2, 128)

« Jean n’a pas exclu de ses communautés le partage du repas eucharistique, du pain et du vin, il a seulement eu le souci de déritualiser ce repas, de ne pas acclimater chez lui un culte qui ne correspondait pas aux exigences de Jésus concernant l’adoration du Père “en esprit et en vérité”. » (CDV2, 143)

En cela l’eucharistie fait fond sur l’invariant anthropologique qu’est, dans toutes les cultures, le partage réglé de la nourriture :

« Ce qu’il y a de plus commun, de plus riche en humanité, le repas, acte de partage de la parole autant que de la nourriture, devenait lieu et temps de salut, signe et virtualité du salut qui vient aux hommes de l’acte de Dieu de se mêler à leur vie dans le monde. » (CDV1, 291)

Avant les évangiles, le témoignage de Paul (1Cor11) :

« Premier témoignage que nous avons sur “l’institution” de l’eucharistie. » (CDV2, 120)

« En termes pauliniens, l’eucharistie est le signe sous lequel le Christ rassemble les siens en un seul corps dont il fait son corps. » (DVH, 612)

« C’est au repas comme tel et comme totalité que Paul attribue le nom de “repas du Seigneur” avec la finalité d’unifier la communauté au “corps du Christ”. » (CDV1, 289-291)

« Il est remarquable que Paul, chaque fois qu’il se reporte aux termes mêmes du récit de la cène, aux injonctions de manger et de boire, ne dise jamais “manger le corps” ni “boire le sang du Seigneur”. […] Cela veut dire que, dans son esprit, la présence du Christ n’est pas formellement dans le pain mais dans son corps qui est l’Église. […] Il ne considère pas que la présence du Christ se tient dans le vin et le pain avant qu’ils ne soient bu ou mangé, mais qu’elle advient dans la communion des fidèles à l’acte commun de boire et de manger tous ensemble la même coupe et le même pain. […] Dans la pensée de Paul, il n’y a pas de corps du Christ avant cet acte de communion et de partage. » (CDV2, 122-123)

« Paul, quand il parle du corps du Christ, c’est toujours le corps que forment les chrétiens, nous formons le corps du Christ quand nous partageons le pain au nom de Jésus. Et Jésus alors fait corps avec nous. C’est cela pour moi la présence réelle. » (EN).

(à suivre)

Joseph Moingt

Les textes utilisés sont les suivants :

  • Dieu qui vient à l’homme, 2007 (DVH)
  • Croire quand même, 2010 (CQM)
  • Entretien à Nantes, 2012 (EN)
  • L’évangile sauvera l’Église, 2013 (ESE)
  • Croire au Dieu qui vient – Tome I, 2014 (CDV1)
  • Croire au Dieu qui vient – Tome II, 2016 (CDV2)
  • L’esprit du christianisme, 2018 (EC)

 

Published by Libre pensée chrétienne