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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 09:00
Jacques Musset Les mages, Hérode et nous
Matthieu 2
Méditation de Jacques Musset

L'histoire des mages se répète à longueur de siècles. La même merveilleuse aventure. Des hommes et des femmes en quête de sens se mettent en recherche d'un Trésor caché dont une étoile intérieure leur révèle l'existence. Ils ne craignent pas de quitter leurs terres habituelles, d'abandonner leurs sécurités, de traverser des déserts, de galérer à travers mille obstacles à leurs risques et périls et de marcher vers des lieux inconnus sans pour autant douter qu'ils cheminent vers des impasses. Au creux de leur nuit, ils avancent, interrogent ceux qui sont censés savoir, et de fil en aiguille, ils trouvent enfin la perle rare. Le trésor n'est ni or ni argent, ni promesse de pouvoir. C'est une Parole vive sous des dehors fragiles, vulnérables, imprévus, qui n'en impose pas, qui ne s'impose pas mais rayonne de simplicité et de vérité.

Nous sommes entourés de ces êtres de désir. Nous les côtoyons et les entendons si nous leur prêtons une oreille attentive. Nous-mêmes, nous sommes de cette caravane quand nous sommes intérieurement en marche, ouverts à l'inattendu et à l'inconnu, prêts à franchir des caps dont nous ignorons sur quels espaces ils débouchent, convaincus cependant que cette voie inédite, qui prend à certains jours des allures de sentiers de crête, est un chemin de vie.

Après coup, nous en avons la confirmation, mais loin de nous inciter à nous installer dans une confortable tranquillité, la voix intérieure nous remet sans cesse en selle. Car le grand voyage intérieur de naissance à nous-mêmes, c'est dans notre vie quotidienne qu'il se déroule et ses horizons sont infinis.

Nous n'aurons jamais fini de les parcourir.

L'histoire des mages se répète à longueur de siècles. Merveilleuse aventure mais aussi drame tragique. Des institutions, des voies spirituelles et des religions, certains de leurs responsables et de leurs adeptes, héritiers de messages ancestraux, nés du meilleur de l'homme, les gardent jalousement derrière des vitrines ou au fond de coffres- forts, comme des pièces de musée. Ils les revêtent de dorures, les vénèrent comme des idoles et transmettent à leur sujet une doctrine censée être leur interprétation orthodoxe. Malheur à qui viendrait contester leur fonds de commerce et leur dire qu'ils ne sont que les gardiens de livres morts, car que vaut un livre qui ne fait pas apparaître des sens nouveaux grâce à des lecteurs actifs? Ces prétentieux qui oseraient tirer de la Parole initiale du neuf et de l'inédit, des figures d'humanité jamais vues, des conséquences inexplorées, seraient vite dénoncés et poursuivis. Dieu merci, on n'arrête pas le mouvement intime des êtres en chemin. En dépit des embûches, ils regagnent leurs terres par des sentiers qu'eux seuls connaissent pour partager le feu dont ils brûlent, la lumière qui les éclaire, l'eau vive qui les désaltère, le pain qui les rassasie. Nous avons pu et pouvons encore parfois nous situer du côté de ceux qui se considèrent comme les détenteurs de la vérité, méfiants vis-à-vis des autres voies que la nôtre, sceptiques à l'égard de ce qui peut jaillir de neuf par rapport à ce que nous n’avons jamais expérimenté, réticents vis-à-vis de questionnements qui nous dérangent et nous remettent en question. En ce cas, c'est la peur qui nous fige, la peur de perdre et de nous perdre.

Personne n'est ainsi vacciné une fois pour toutes, malgré sa vigilance, d'être le complice d ' Hérode, des Grands-prêtre et des Scribes. C'est la raison pour laquelle, en lisant et en méditant ce texte d'évangile si connu, l'exercice de la lucidité sur nos pensées et nos pratiques s'impose pour ne pas adopter un manichéisme de facilité. Il y aurait les bons d'un côté (dont nous serions) et les méchants de l'autre. Si mon désir rejoint le chemin des mages, ma pratique le rejoint-il effectivement dans ma manière de vivre quotidiennement? J'ai à assumer mes ambiguïtés et même mes contradictions. D'en être conscient non seulement ne me décourage pas mais me maintient en marche. Car comme dit si bien le poète René Char, "Il y aura toujours à ne jamais s'arrêter", moyennant quoi Jean Sulivan ajoute: "Le bonheur est dans l'incessante marche". Alors soyons d'éternels pèlerins à l'étoile comme les mages jusqu'à notre dernier souffle!

Jacques Musset

Nous vous conseillons de cliquer sur « Noël » dans la colonne « Rubriques », du Blog, vous y trouverez d’autres méditations pertinentes.

Published by Libre pensée chrétienne - dans Noël