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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 08:00
Jacques Musset Un au-delà de la mort ?
Jacques Musset
La doctrine officielle

L'Église catholique professe officiellement que la vie humaine ne se termine pas définitivement avec la mort. Sa partie spirituelle, ce qu’on appelle l’âme, est immortelle et subsiste dans un premier temps seule, détachée du corps. Elle « s’envole » devant le tribunal de Dieu et, selon sa qualité de vie sur terre, elle est accueillie immédiatement auprès de Dieu et bénéficie de la vision directe de Dieu (appelée vision béatifique) ou bien elle va au purgatoire pour se décanter de ses impuretés ou encore elle est expédiée directement et définitivement en enfer - lieu du malheur et de souffrance éternelle dont on ne revient pas. Le jugement divin qui décrète cette peine absolue ne fait qu’entériner le choix réfléchi d’une vie qui aurait sciemment et volontairement organisé son existence dans le refus de Dieu.

Actuellement on n’insiste plus sur l’enfer comme autrefois. Tout à coup, Dieu est devenu plus miséricordieux, et son infinie bonté a considérablement tempéré sa sévérité d’autrefois. Aux célébrations de sépulture, sitôt l’office commencé, on va même jusqu’à dire que le défunt, quelle que fût sa manière de vivre, est auprès de Dieu. Mais il y a tout de même un doute. Sans se rendre compte de sa contradiction, le président ou la présidente de la célébration insiste, quelques instants après et tout au long de la cérémonie, pour qu’on prie au bénéfice de celui ou de celle qui nous a quittés. D’ailleurs, une corbeille va recueillir les offrandes de messes à dire ultérieurement.

Une autre affirmation plutôt consolante pour la famille et les proches du mort, c’est d’entendre proclamer qu’au dernier jour - à la fin du monde - tous les morts ressusciteront avec leur corps, à la suite du Christ, le premier ressuscité.

Voilà assez fidèlement la doctrine officielle du catholicisme. Une seule personne bénéficie déjà de la faveur de la résurrection, c’est la Vierge Marie (dogme de l’assomption définie en 1950).

Une doctrine apaisante

Cette doctrine est psychologiquement bienfaisante pour ceux qui y adhèrent, aussi bien ceux qui vont mourir que ceux qui leur survivent. Au fond, la mort, si douloureuse qu’elle soit pour les uns et les autres, n’est qu’un passage, et la rive sur laquelle débarquent les personnes décédées est, pour celles qui ne meurent pas en état de péché mortel - ce qui semble le cas pour la quasi-totalité - une terre merveilleuse si l’on en croit le prêtre ou son délégué aux enterrements. Plus de souffrance physique et morale, par contre la joie et la paix totale auprès de Dieu, de la Vierge et des saints. Et ce n’est pas tout, parce que, ajoute-t-on, dans cette éternité bienheureuse, on retrouve les siens, ceux qu’on a aimés. C’est un point d’aboutissement enviable, après une vie parfois très éprouvée. Je me demande parfois pourquoi ceux qui envisagent l’après-mort de cette façon, n’aspirent pas ardemment dès cette terre à cet état de bonheur durable !

Ceux qui doivent faire un détour par le sas du purgatoire peuvent bénéficier d’un allégement de peine grâce à l’intercession de ceux qui sont restés ici-bas. On fait dire des messes à leur intention - une des sources financières importantes d’un diocèse - ; on prie pour leur repos éternel ; on peut même s’inscrire à une confrérie internationale (le siège est à Montligeon dans l’Orne) dont l’objectif est d’entretenir à longueur d’année une prière pour les défunts. En y cotisant, on espère bien en tirer personnellement des bénéfices quand l’heure viendra de passer de vie à trépas. J’ai été élevé dans cet esprit de solidarité avec les âmes du Purgatoire. Lorsque nous récitions chaque soir la prière en famille, ma mère qui la présidait, agenouillée devant la table, ne manquait jamais de terminer par une prière - un notre Père et un je vous salue Marie - pour les âmes du purgatoire les plus délaissées. Ainsi espérions-nous tirer de ce lieu de transit vers le ciel quelques pauvres hères croupissant là depuis des lustres, faute d’avoir des familles mobilisées pour hâter leur départ. Cette bonne action, à la vérité, n’était pas tout à fait gratuite, car ma mère commerçante croyait dur comme fer que les âmes délivrées, une fois parvenues au bonheur éternel, n’oublieraient pas leur bienfaitrice. C’était des avocates qui ne pouvaient être qu’efficaces auprès de Dieu. Aujourd’hui comme autrefois, le salut des défunts reste une grande affaire pour les chrétiens traditionnels qui imaginent peut-être qu’après leur mort leurs survivants plaideront leur cause pour un séjour des plus courts au purgatoire.

Comment est née la foi en l’au-delà ?

Mais au fait, comment est née, bien avant Jésus, la foi en l’au-delà et plus particulièrement en la résurrection des morts. En effet, il n’en a pas toujours été ainsi dans la religion juive d’où est sorti le christianisme. Jusqu’au second siècle avant notre ère, la foi juive ne comporte pas la croyance en la résurrection des morts. La croyance en l’immortalité de l’âme sera encore plus tardive.(1)

Jésus en son temps

Au temps de Jésus, la foi en l’immortalité de l’âme et en la résurrection des morts est communément partagée par les croyants juifs. Il est toutefois une catégorie de population qui n’adhère pas au dogme de la résurrection des morts : ce sont les Sadducéens, l’aristocratie sacerdotale et civile de l’époque. On en trouve une attestation dans les démêlés de Jésus avec des représentants de cette caste. Jésus croit donc à la résurrection des morts à la fin des temps. Et comme cette fin des temps est proche – on attend fiévreusement l’avènement du règne de Dieu et de son royaume qui ne saurait tarder -, Jésus meurt dans l’espérance de sa résurrection et d’une vie auprès de son Dieu auquel il s’est efforcé d’être totalement fidèle jusqu’à sa mort. Comment aurait-il pu en être autrement puisque membre de la religion juive il en partageait les représentations ? Les apôtres et les premiers disciples, eux-mêmes convaincus que la fin des temps était imminente et – après un temps de flottement au lendemain de la crucifixion - assurés que Jésus est le messie de Dieu en raison de ce qu’ils l’ont vu vivre d’une manière intime, ne tardent pas à le dire ressuscité, ce qui revenait à proclamer : « Celui qu’on a tué comme un malfaiteur et un réprouvé de Dieu (Dt 21, 22), celui-ci est en réalité fils bien aimé de Dieu et il inaugure le monde nouveau attendu. Son message et sa pratique sont une bonne nouvelle de vie offerte à tous. Rien ni personne ne peut arrêter le dynamisme dont il était porteur et qui continue de guérir, de réconforter, de re-susciter les énergies humaines au service de la fraternité. »

L'Église et la foi en l’au-delà

L'Église naissante a hérité, par l’intermédiaire de Jésus, la croyance juive en l’immortalité de l’âme du défunt et en la résurrection des morts au dernier jour. Les premières communautés attendent ce dernier jour avec impatience pendant quelques décennies mais force est pour elles de constater que l’attente se prolonge indéfiniment. Le grand bouleversement qui devait arriver dans de brefs délais est repoussé aux calendes grecques. Mais qu’importe, on s’adapte. De toutes façons, la fin du monde surviendra un jour ou l’autre et coïncidera avec le retour du Christ qui viendra juger les vivants et les morts. St Paul, juif de naissance mais de culture juive et grecque, fera de longs développements dans ses lettres sur le sort des défunts, le destin de leur âme avant la résurrection et la nature de cette résurrection corporelle. Ses propos n’ont rien de très clair.

Puis les communautés chrétiennes s’habituèrent au cours des siècles suivants à ce que le règne final tant attendu de Dieu soit repoussé sine die. La conception de l’homme héritée des grecs, une âme immortelle dans un corps charnel, remplaça définitivement la vieille conception juive. On développa toutes sortes de considérations sur le jugement particulier de l’âme après la mort, jugement qui définissait en quel « lieu » le défunt allait aboutir pour l’éternité. Le purgatoire est né en cours de route de l’exigence suivante : on ne pouvait pas mettre d’emblée auprès de Dieu des gens qui avaient encore sur la conscience quelques péchés à expier. Il fallait passer par un sas de décantation, de purification, de décontamination pour paraître sans tache devant Dieu.

La doctrine insista (au mépris de l’enseignement de Jésus) sur la nécessité de mériter le paradis, d’où on assista paradoxalement à une reviviscence de la mentalité rigoriste et moralisante que Jésus avait tant combattu. « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver, de l’éternelle flamme, il faut la préserver ». Ce refrain était un des cantiques les plus populaires. On le chantait autrefois à tue tête au moment des missions tous les dix ans. Il en découlait une spiritualité de sacrifice, de puritanisme, de peur du péché. Les prédicateurs en faisaient leur fond de commerce en abordant couramment le thème de l’enfer, de quoi donner la chair de poule à leurs auditeurs et les culpabiliser en tous domaines, surtout en celui de la sexualité. Mais, disaient-ils, si le plus mécréant des hommes se convertit dans l’heure qui précède sa mort, il va au ciel ; si par contre le plus saint des hommes, commet, une minute avant de trépasser, un péché mortel, il va en enfer.

Ainsi, les clercs ne badinaient-ils pas naguère pour établir leur pouvoir sur les consciences ! Et beaucoup de leurs paroissiens filaient doux, du moins extérieurement. Les confessionnaux étaient assaillis les veilles de grandes fêtes. Et ceux qui allaient mourir souhaitaient ardemment recevoir les trois viatiques pour le ciel : la confession pour le grand nettoyage de leur âme, l’extrême-onction pour tenir jusqu’au bout et la communion pour être uni au Christ qui serait un bon intercesseur lors du grand passage… On dira que la mentalité décrite n’a plus cours. Sans doute pas d’une manière aussi caricaturale, mais elle persiste sous-jacente chez des chrétiens formatés par ces représentations. Subsiste encore un fonds de peur du jugement, la croyance qu’on mérite son ciel, que Dieu est le grand justicier qui voit tout. Freud n’avait pas tort de nous enseigner la puissance du surmoi inconscient qui coiffe chacun à son insu. Actuellement on ne prêche plus sur l’enfer, mais sur la miséricorde de Dieu qui n’a plus de limites ; les défunts, nous dit-on, sont auprès de Dieu dès leur mort, quelle qu’ait été leur vie. La résurrection bienheureuse est assurée et pareillement les retrouvailles éternelles avec ceux qu’on a aimés. Singulier revirement des discours depuis à peine cinquante ans. Il y a là matière à réflexion sur la pérennité de la doctrine catholique.

Des affirmations indémontrables

Vient le moment de s’interroger sur la crédibilité actuelle de la foi catholique concernant l’au-delà avec ses deux volets : l’immortalité de l’âme du défunt et la résurrection de la chair à la fin du monde. Remarquons d’abord que ces deux affirmations sont indémontrables. Elles ressortent d’une conviction mais elle n’est pas enracinée dans une expérience. Les gens le disent couramment : « Personne n’est encore revenu de l’autre côté pour nous en parler », sous-entendu : l’après-mort existe-t-il ? Il y a chez beaucoup comme un doute latent sur le dogme, répété pourtant à chaque sépulture.

Et pourtant, on ne se résigne pas à ce que la mort soit le point final de l’existence. C’est sans doute cette aspiration à vivre au-delà du trépas qui a fait imaginer aux premiers hommes une survie et des rites d’accompagnement du défunt pour lui faciliter l’accès au monde inconnu des esprits…On constate cette croyance et ces pratiques en tous lieux, bien qu’elles soient formulées et vécues de façons extrêmement diverses. C’est un point commun que l’on retrouve dans toutes les cultures. Ce qui signifie que spontanément les hommes ne consentent pas à leur finitude et à leur condition mortelle. Leur conviction que la vie humaine transcende la mort a été et reste à coup sûr une manière de conjurer l’angoisse de disparaître à tout jamais et de retourner tout bonnement à la terre. Le déni de la finitude et de la condition mortelle expliquerait alors cette invention de l’au-delà. Si l’on meurt, on ne perd pas tout, on y gagne même une existence meilleure qu’ici-bas.

Le dominicain Jacques Pohier, théologien moraliste et fin connaisseur de la psychanalyse, a fort bien expliqué le mécanisme psychologique qui a conduit à la création de la croyance en l’immortalité et à la résurrection. Son livre « Quand je dis Dieu » qui lui a attiré les foudres romaines puis, après son départ de la vie religieuse, son ouvrage : « Dieu fractures »(2) sont une démonstration qui conduit à réfléchir sérieusement sur la démarche inconsciente de bien des gens, croyants ou non. Si le désir humain est spontanément de vivre toujours, pensent-ils, c’est qu’il doit y avoir une réalité qui y correspond. Sinon, le Créateur aurait mis dans l’esprit de ses créatures des idées irréalisables. Ce ne serait pas à l’honneur de sa sagesse de les faire aspirer à un bonheur éternel sans leur donner la possibilité de l’atteindre. L’homme est donc par nature immortel, concluent-ils. Pour les chrétiens, la résurrection est un bonus supplémentaire. Jacques Pohier n’a pas de peine à faire remarquer que tout désir ne postule pas obligatoirement la réalité qui y correspond. Et son long raisonnement argumenté n’a pas pris une ride depuis trente ans.

Aux remarques critiques du dominicain, on peut ajouter encore une objection. A moins de postuler que la foi en la résurrection et en l’immortalité soient issues d’une révélation divine, venant à point nommé, - ce qui clôt d’emblée toute recherche sur l’élaboration de ces croyances -, on constate que ce sont les événements qui ont contraint les juifs à la réflexion et les ont amenés à formuler et intégrer ces nouveautés au sein de la foi commune. La résurrection leur paraissait une attitude logique de la part de Dieu. L’immortalité de l’âme leur semblait acceptable parce que plus honorable que le séjour au shéol. Rien d’anormal à cela, au contraire. La conscience religieuse d’Israël n’a cessé au cours de son histoire de s’enrichir de ce qui lui apparaissait un approfondissement spirituel. Mais ces affirmations sont du domaine de la croyance et restent invérifiables.

On fera remarquer que des personnes vivantes attestent qu’elles sont en lien avec leurs défunts. Ces expériences sont à étudier avec discernement : le phénomène des visions ou des auditions de l’invisible peuvent s’expliquer autrement qu’une véritable communication avec les morts. La vigilance appelle une extrême circonspection.

Réinterpréter l’héritage

Alors que reste-t- il des croyances en l’au-delà ? Peut-on, sans y adhérer telles quelles, en garder quelque chose sans tomber dans le déni de la finitude ? Voilà deux pistes à explorer.

D’abord en ce qui concerne la résurrection, on peut reprendre le vieux mot du vocabulaire chrétien pour exprimer ce qui fait que dans une existence humaine fait la vie gagne sur la mort. Le psychanalyste et écrivain Yves Prigent l’a remarquablement exprimé :

« …La résurrection de Jésus est le modèle accompli, épuré […] de toutes les résurrections minimes et humbles, ou plus grandes et plus évidentes que je vois se produire autour de moi, chaque jour et aussi dans ma vie.

Il y a résurrection pour moi, chaque fois qu’une perte entraîne un gain, un manque un plus être, un vide une plénitude, un silence une parole vive, une peine une vie plus profonde, un lâcher un saisir plus ferme, un départ un retour joyeux, une demande modeste un don abondant, le renoncement au besoin le jaillissement du plaisir, la maladie la santé souveraine, le dénuement la splendeur de la nudité, la dépression une vie vraie et jaillissante…

Autour de moi, comme pour beaucoup je pense, c’est ma vie dans ses heurts et ses malheurs qui a éclairé, réchauffé, ravivé l’évangile de la résurrection. La lumière de Pâques, c’est dans le regard des petits ou grands ressuscités de mon entourage que je l’ai d’abord vue.

Ce n’est qu’ensuite que je l’ai retrouvée dans le clair-obscur des pages d’évangile où le Christ se révèle dans cette étrange présence de l’absence. Cette personne neuve et jaillissante, venue du plus profond d’une absence, c’est bien l’image de notre désir émergeant du fond de la béance. La peine est passée, nous creusant par le milieu ; la mort, notre limite a été acceptée, intériorisée, nous sommes entrés en nous-mêmes, descendus aux enfers et voilà que nous sommes devenus des êtres de désir mobile et souverain, modeste et efficace, toujours ailleurs, toujours mystérieux comme le Christ ressuscité(3). »

Ainsi, la grandeur et la dignité d’un être humain ne seraient-elles pas de cultiver ici et maintenant une qualité d’humanité qui fait de lui un vivant et non un vécu ? D’expérimenter, avec étonnement et reconnaissance, cette émergence de l’humain en soi et chez autrui. D’en vérifier la fécondité. D’en éprouver une joie profonde. Ce passage de la mort à la vie éprouvé et vérifié dans la vie quotidienne, ne serait-ce pas cela l’expérience de la résurrection ? C’est ce qu’affirme nettement le magnifique passage de la première lettre de St Jean : « Nous savons que nous sommes passés de la morts dans la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort. » « Vivez tant que vous êtes vivants ! », clame Jean Sulivan à longueur de pages. C’est un beau programme qui ne résout pas l’énigme du devenir humain après la mort. Mais il se suffit à lui-même et a de quoi donner sens à une existence(4). Le reste, s’il existe, sera donné par surcroît !

Par ailleurs, concernant la croyance en un au-delà de la mort, voici une interprétation tentée par Marcel Légaut. Le grand spirituel se méfiait viscéralement des constructions échafaudées sur le vide. Pour lui, le primat était accordé à l’expérience vécue et, à partir de là, il observait ce qui se passait en lui, s’interrogeait et balbutiait des hypothèses. La réalité vécue, c’était son existence qu’il avait cherché à conduire avec authenticité. Ce qu’il observait, c’était une maturation intérieure jamais terminée, toujours en chantier qui l’étonnait et l’émerveillait, alors qu’il avait une vive conscience de ses limites. Son interrogation était la suivante : comment, moi homme si fragile et improbable, si conditionné et vulnérable, m’est-il possible de vivre de telles transformations intimes, de poser de tels choix ? Quelle énergie existe-t-il en moi qui rende possible la traversée de seuils jugés auparavant problématiques et impossibles ? Comment l’être que je suis, issu de la matière, plongeant ses racines dans le monde animal, est-il capable de vivre des merveilles d’humanité ?

Légaut, constatant qu’en lui « l’homme passe l’homme », formule alors, sur la pointe des pieds, une hypothèse. Il croit pouvoir avancer que cette « motion » intime, cette action souterraine qui l’inspire au plus profond de lui-même est de « Dieu », sans d’ailleurs pouvoir donner à ce mot un contenu précis, sinon qu’il nomme ainsi la source inspirante de ses choix et de son devenir humain(5). En ce sens, l’homme et « Dieu » sont coauteurs de tout véritable accomplissement humain. Légaut poursuit : à la mort, seul ce qui aura été humanisé dans l’homme subsistera, étant l’œuvre conjointement de l’homme et de « Dieu » ; le reste, ce qui relève de la figuration et des apparences s’évanouira. Mais il n’affirme pas pour autant une survie individuelle de l’âme et une promesse future de résurrection. Ce qui subsiste selon lui de l’être humain demeurera dans la « mémoire et l’être » de « Dieu », inspirateur en l’homme de l'œuvre humaine de sa vie. Ainsi la position de Légaut concilie-t-elle pour moi la reconnaissance de la finitude radicale de l’homme et la sauvegarde de ce qui se sera humanisé en lui, œuvre commune de l’homme et de « Dieu ». Après sa mort, l’homme s’accomplit en « Dieu » en même temps que « Dieu » s’enrichissant de cette humanité s’accomplit lui aussi dans un mouvement sans fin.

Simple vue de l’esprit, aussi indémontrable que les autres conceptions ? Peut-être. Elle tente en tout cas de rendre compte à sa manière d’une conviction que tout ce qui se sera humanisé dans un être, inspiré par « Dieu », ne peut disparaître purement et simplement. Au-delà de la trace concrète que l’être humain peut laisser dans les mémoires de ceux qui le suivent et dans l’avènement d’un monde plus humain, Légaut pense pouvoir affirmer davantage, au sein de sa démarche existentielle(6).

Jacques Musset

(1) Nous avons décrit en détail dans le chapitre 6 : « Jésus ressuscité ou à re-susciter » l’origine historique de ces croyances.p. 42-43 (retour)
(2) Ces deux livres sont édités par le Seuil (retour)
(3) L’expérience dépressive (La parole d’un psychiatre), DDB, p. 138-139 (retour)
(4) Dieu fractures, de Jacques Pohier. Ed Le Seuil, 1985. 1ère section de la 2ème partie : La mort (retour)
(5) Devenir soi et rechercher le sens de sa propre vie, éd. du Cerf, p.129-137 (retour)
(6) Prières d’homme, Aubier, p. 43 ; 65-66 ; 75 (retour)
Published by Libre pensée chrétienne