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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 13:15
bateau lpc JESUS
Témoignage de Michel Fontaine
Extrait de son livre "De Dieu à Jésus…itinéraire d’un croyant"

Jésus est devenu Christ après sa mort. Les hommes l'ont fait Dieu.

Ce n'est - nous l'avons vu- qu'au début du quatrième siècle que la doctrine trinitaire a été établie au Concile de Nicée. Pour certains, Jésus était Dieu, pour d'autres, non.

Alors, Jésus Dieu? Jésus homme? Vrai Dieu et vrai homme? C'était déjà la question.

Ce l'est encore ...

Quant à moi, je crois en Jésus à cause de son humanité.

Je ne peux plus croire à la divinité de Jésus.

Si Jésus est Dieu, il m'est inaccessible. Si Jésus est Dieu, il m'est totalement impossible de le prendre pour modèle: je ne suis pas parfait et je ne serai jamais parfait. "Soyez parfait comme votre père céleste est parfait" ne me concerne pas. C'est au- dessus de mes forces.

Je décroche tout de suite.

Mais si Jésus est simplement homme, alors oui ! Bien sûr ! Comme je peux l'apprécier alors, comme je peux l'écouter, l'admirer, me reconnaître en lui et m'attacher à ses pas !

Cheminer avec Jésus, c'est donc pour moi, cheminer avec un homme qui, comme il y a deux mille ans, me propose 'autre chose', quelque chose de nouveau, une nouvelle, une bonne nouvelle à laquelle moi, Michel, je suis invité à participer...si je veux.

Jésus-Dieu ou Jésus-homme? Ne pouvons-nous encore une fois sortir de cette dualité? N'y a-t-il pas moyen de nuancer ce propos? La divinité de Jésus ne me semble pas être quelque chose de fondamentalement différent de son humanité. Il me semble que la divinité de Jésus, c'est la profondeur transcendante de son humanité.

Jésus est abordable pour moi à cause justement de cette humanité. Il est infiniment plus humain que tout homme.

Pour moi, Jésus, ce n'est pas Dieu qui vient à ma rencontre, c'est cet homme qui m'invite à la rencontre du Divin en moi, en toi.

Je crois en cet homme-là; il oriente très largement ce que j'essaie de faire de ma vie.

Je crois en Jésus parce qu'il est un.

Son unité est sans faille, ce qu'il pense, il le dit ; ce qu'il dit, il le fait. Cela le conduit à la mort. Cette mort est pour moi "le signe, l'incarnation de l'exigence absolue de la bonté et de l'amour quand ils vont jusqu'au bout de leur logique et manifestent ainsi leur contenu d'infini". (Jean Kamp précédemment cité)

J'aime Jésus à cause du fils prodigue et des ouvriers de la dernière heure...

Qu'elles sont parfois difficiles à avaler ces petites histoires de Jésus pour moi qui compte et qui pèse ! Moi qui veux qu'on tienne compte de mes mérites. Moi qui revendique la justice ...au gramme près.

Je crois en Jésus à cause de la compassion...

Avec la parole de Jésus, tout se passe comme si je l'avais déjà entendue. Il me semble qu'elle entre en résonance profonde avec quelque chose qui est déjà là, présent tout au fond de moi et qui y fait écho. La Parole de Jésus éveille en moi quelque chose que je reconnais, quelque chose d'essentiel et de central, ce qu'il y a de meilleur en moi.

En ce sens, je crois que cette parole de Jésus est pour moi révélation, révélation de la part divine qui est en moi... et qui n'est autre que mon humanité précisément, tout ce qui me différencie de l'animal, tout ce qui me fait homme et en tout premier lieu, la compassion.

"Jésus le regarda et l'aima", "A sa vue, Jésus fut saisi de compassion" nous dit l'Evangile. Jésus est bouleversé jusque dans son corps - littéralement: "aux entrailles" - comme une femme pourrait l'exprimer plus facilement qu'un homme. La souffrance, l'injustice le prennent aux tripes et la compassion devient le moteur de son action.

S'il en est de même pour moi, si j'agis par compassion, mon action s'en trouve comme purifiée, lavée, libérée. Envolées les valorisations personnelles, envolés les intérêts mesquins, envolé le 'devoir accompli', envolés les principes ! Et lorsque la compassion ou l'amour sont présents, la liberté les accompagne toujours.

Qu'on ne se méprenne pas sur mes propos: je ne suis pas un saint. Mais ce qui est extraordinaire dans les 'histoires' que Jésus me raconte, c'est comme je m'y reconnais: j'y suis si souvent le jeune homme riche, je me reconnais homme de peu de foi, je suis le pharisien, l'ouvrier de la première heure, celui qui, par manque d'amour, ne rend qu'un talent, celui qui dit parfois "je ne te connais pas" ... et parfois, aussi, le fils prodigue ... Les paraboles m'ouvrent à ma réalité de pécheur mais sans jamais me juger, sans me condamner, sans aliéner ma liberté, comme un chemin de vie.

Je crois en Jésus à cause de la dimension politique et sociale de son projet ...

Le royaume de Dieu qu'il annonce, les 'béatitudes', est-ce autre chose qu'un nouveau 'vivre ensemble', un projet de société fondé sur le partage, la compassion, le pardon et le respect? Quel est le dirigeant politique qui aurait honte de ce projet ? "Un autre monde est possible... "Jésus me propose du concret, à réaliser ici et maintenant, ensemble. . .

Je vote pour lui de suite.

Je suis Jésus parce qu'il croit en moi.

Hommes de peu de foi, dit-il souvent. Jésus croit en moi comme il croit en tous ceux qu'il rencontre. Il m'appelle, comme il a appelé ses disciples. Il me dit "lève-toi, ta confiance t'a déjà sauvé", "En avant, vas- y, tu peux le faire, prends ton grabat, porte ta souffrance, rentre chez toi !"

Ainsi avons-nous été appelés, Christiane et moi, à donner des week-end de "Mariage-Rencontre", par d'autres couples qui ont cru en nous. A leur appel, nous avons répondu 'oui' tout en étant remplis de peur et persuadés que nous n'en étions pas capables. Mais finalement, après des semaines de travail et de peurs, nous nous sommes retrouvés un jour, incrédules, derrière la table des animateurs et nous avons témoigné à notre tour. L'impossible se produisait à travers nous, parce que d'autres avaient cru en nous plus que nous-mêmes et nous avaient mis debout. Les 'guérisons' de Jésus étaient-elles autre chose?

Je crois en Jésus à cause du pardon.

La bonne nouvelle, c'est aussi le pardon.

Je suis pardonné. Je suis guéri. Je suis libéré.

Avec Jésus, c'est la joie du pardon, la joie de la brebis perdue et retrouvée, la joie du fils prodigue qui revient.

Je suis pardonné est le premier pas de la réconciliation avec moi­ même, moi qui m'aime si peu. C'est le premier pas de tout chemin. A partir de là, je peux commencer à être fier de moi sans qu'un affreux sentiment de fausse modestie vienne me tirer vers le bas; à partir de là, je peux commencer à évacuer ce sentiment d'être nul que je traîne depuis si longtemps; à partir de là, je peux larguer ce sentiment de culpabilité qui m'écrase si souvent; à partir de là, je peux cesser de désirer être un autre ; à partir de là, je peux me mettre en route et accepter la rencontre . . . Il est vrai aussi que cette libération n'a pu survenir que grâce à l'amour de Christiane à travers lequel ce pardon m'est venu. Voici donc encore une guérison, ici et maintenant.

La confiance et la compassion que Jésus donnait passent toujours, je le sais maintenant, par la confiance et la compassion des hommes et des femmes d'aujourd'hui.

On croit en moi, je suis aimé, je suis pardonné, je suis rejoint dans ma souffrance, je suis libéré.

Voilà la bonne nouvelle que je reçois, celle que je peux donner aussi. Le Royaume que Jésus annonce aux pauvres, c'est cela : confiance, amitié, pardon, joie et libération... cela passe aussi, nous l'avons vu plus haut par nourriture, eau, vêtement, sécurité...

La bonne nouvelle est annoncée… aux pauvres.

Il y a la pauvreté matérielle, humiliante, douloureuse, injuste. Il y a les pauvretés culturelle et sociale si habituelles dans notre société. Il y a la solitude...

Toutes ces pauvretés sont des pauvretés subies, imposées. Ce sont les pauvretés que nous trouvons dans les béatitudes de Luc : "Heureux vous, les pauvres, heureux vous qui avez faim, maintenant,..."

A ces pauvretés-là ne peuvent répondre que la compassion, l'amitié et la proximité, le combat contre les injustices.

Sur un autre registre, il y a la pauvreté choisie, assumée librement. Nous rejoignons ici Matthieu qui nous parle des 'pauvres en esprit' et de ceux qui 'ont faim et soif de la justice'. Cette pauvreté n'a pas le caractère souffrant, injuste et malheureux de l'autre. Elle n'en reste pas moins importante et même nécessaire. Pour entrer dans le Royaume, il me faut en effet 'quitter père et mère', ce qui signifie abandonner mes \ principes, mes croyances et mes sécurités; pour pardonner, il me faut cesser de m'accrocher à mon 'bon droit'; pour m'aimer moi-même, il me faut accepter de n'être que ce que je suis; pour aller vers le pauvre, accepter que mon temps n'appartient pas qu'à moi. Pauvreté.

J'aime Jésus à cause des béatitudes

Jésus entrait chez le riche comme chez le pauvre.

Mais les gens qu'il affectionnait, c'était ce petit peuple de gens simples qui l'accompagnait fidèlement, qui avait soif de sa parole.

Les béatitudes ont du jaillir de l'expérience que Jésus avait de la fréquentation de ces gens- là : les "petites gens", les gens du peuple, les gens sans façons. Il les connaissait si bien...

Alors, un jour, sur la montagne, je crois qu'il leur a dit ceci : "Mon Dieu comme je suis heureux avec vous, comme il fait bon être au milieu de vous qui êtes simples et sans façon ! Comme je suis bien avec vous qui pleurez sans honte ni retenue et vous laissez console; comme je suis heureux avec vous qui vous battez pour les causes justes et solidaires; comme je me sens chez moi auprès de vous qui êtes pauvres et humbles de cœur, auprès de vous qui partagez vos faiblesses et votre amour! Vraiment, je vous le dis: grâce à vous, par vous, le Royaume de Dieu est déjà présent, ici et maintenant, au milieu de vous!"

"Les Béatitudes sont un message éminemment subversif, car elles dénient à la situation économique ou aux aléas de la vie le pouvoir de décider en fin de compte la valeur de l'existence" ( Daniel Marguerat). Et cette parole de Jésus nous arrive dans toute sa fraîcheur réconfortante. Elle est l'essence même de la 'Bonne Nouvelle'.

Je crois en Jésus parce qu'il a les deux pieds sur Terre. Il est l'homme du présent et du réel.

Combien de fois ne suis-je pas submergé par le mal de ce monde au point de laisser tomber les bras. Combien de fois ne suis-je pas envahi par mon manque de confiance au point de ne pas m'engager et de rester là, en plan.

Faire définitivement le deuil du monde que je voudrais et regarder en face celui qui existe. Faire définitivement le deuil de celui que je voudrais être et m'accepter tel que je suis. Faire définitivement le deuil de la femme dont je rêve et aimer celle que j'ai, telle qu'elle est.

Sortir du rêve ... mais ne pas abandonner l'utopie qui n'est ni le rêve ni l'irréalisable mais, selon la formule de Winston Churchill, ce qui n'est pas encore réalisé...

Jésus guérit souvent les hommes atteints de ce mal- là: Pourquoi regardez-vous vers le ciel ? Lève- toi et prends ton grabat! Rentre chez toi! C'est ta foi qui te sauve! Le royaume de Dieu est là, parmi vous.

Je crois en Jésus à cause de Cana.

C'est avec Jean-Baptiste qu'on faisait carême, avec Jésus on mange, on boit, on se réjouit : "Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas?" demandent les pharisiens... "On ne jeune pas quand on est avec l'époux..."

Avec Jésus on est dans la joie de la libération et du pardon et c'est la fête!

J'aime Jésus parce qu'il marche, parce qu'il a le temps, parce qu'il est accessible à tous, parce qu'il rencontre chacun en profondeur.

Je crois en Jésus à cause de sa liberté.

Il est tellement à contre-courant! Jusqu'à la mort, Jésus reste libre. Il se situe à l'opposé des principes, des lois et des règlements stupides ou injustes. Avec Jésus, c'est le recentrage des valeurs : l'homme remis au centre car "le sabbat est fait pour l'homme" et "ce n'est pas ce qui entre dans la bouche de l'homme qui est impur mais ce qui en sort". Avec Jésus, on mange les épis de blé et on tire son âne du puits le jour du sabbat. Avec Jésus, c'est le 'bon sens' dans toute l'acception du terme. Jésus, c'est la liberté jusqu'à la provocation quand il s'agit de remettre en place la primauté de l'homme sur la religion, les lois, l'oppression économique. Il est allé jusqu'au bout de sa vérité, de son unité... et il a perdu. Il a été broyé par les puissances de son temps.

Mais vingt siècles plus tard, c'est de lui qu'on parle encore. Car il a éveillé pour toujours quelque chose en nous.

Je suis Jésus parce que j'ai confiance en lui mais aussi parce qu'il me fait confiance:

"Donnez-leur, vous- mêmes, à manger". "Faites-le, vous aussi ... "

Il ne me surveille pas: "C'est comme un homme qui part en voyage: il a laissé sa maison, confié à ses serviteurs l'autorité, à chacun sa tâche..."Marc 13, 33-37

Lève- toi ! Marche! ... et l'aveugle, le paralytique que je suis devenu par manque de confiance en moi entend pour la première fois une parole qui lui révèle qu'il est important, indispensable, qu'il est capable de penser par lui- même, que sans lui, il manquera quelque chose à l'humanité.

A mon tour de jouer. Jésus n'attend pas de moi autre chose qu'être moi- même. Il me dit "Tu es toi, sois-le !". Je suis saisi par cette parole : elle me fait peur, mais il croit en moi. Mystère de la foi qui n'est pas à recevoir mais à donner, avec l'amour, comme Jésus me la donne: Va! Je crois en toi !

C'est ma place qu'il me donne. Ma place à moi dans la croissance de l'humanité.

Et je peux commencer à y croire.

(Je pense ici à deux mots si importants pour nous, les parents : Eduquer : e- ducere, conduire au dehors et Autorité : augere, augmenter, faire grandir.)

Je crois en Jésus, vrai homme, parce que, comme moi, il a besoin d'être nommé...

Et vous, qui dites-vous que je suis? Question poignante parce qu'elle s'adresse aujourd'hui encore à chacun de nous... mais en même temps parce qu'elle résonne en nous, parce que c'est aussi la question que chacun d'entre nous se pose, notre besoin d'être reconnus et appelés par notre nom. C'est la question 'existentielle' toujours en nous, jamais satisfaite. La question du doute sur moi-même. Pour toi, qui suis-je?

Je crois en Jésus à cause des marchands du Temple

Il sait qu'on le traque et que c'est la fin. Il a dit ce qu'il pensait des prêtres: sépulcres blanchis - comme si nous disons 'espèces de faux culs'! - il s'attaque maintenant aux marchands du temple, à la banque de cette Eglise. Il sait que ça ne pardonnera pas, il sait où ses accusations et sa colère vont le conduire mais il y va, jusqu'au bout, suprêmement, superbement libre et fort. Relisez attentivement le chapitre 11 de Marc: Le soir de son entrée triomphale à Jérusalem, Jésus entre dans le temple et "après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les douze." Il a vu : les gens sont presque tous partis, les marchands remballent, on balaie, la journée est finie. Le lendemain matin, ils reviennent à Jérusalem et "entrant dans le temple, il se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient...".\ J'aime cet image de Jésus allant jusqu'au bout ... ce courage, cette froide préméditation.

J'admire Jésus : il ne juge pas, il ne me juge pas...

Contrairement à moi, Jésus ne juge ni ne condamne. "Moi non plus, je ne te condamne pas"

Contrairement à moi, Jésus voit d'abord la part divine en chacun de ses interlocuteurs.

Il a l’ "à priori favorable', la présomption d'innocence. Il sait l'humanité de la femme adultère et sa vie difficile. Ses souffrances. Il lui donne à nouveau sa chance.

Quels merveilleux progrès d'humanité que l'abolition de la peine de mort et le droit à la défense par un avocat! Quelle magnifique sortie de ce manichéisme inhumain - et religieux - qui ne voit que la faute et ne se préoccupe en rien de l'être humain. Voir l'humain, d'abord...

Je crois en Jésus pour ses derniers mots: "Pourquoi m'as-tu abandonné...?"

C'était sa question. C'est la nôtre.

C'est notre question à tous quand nous sommes immergés dans la souffrance, quand nous perdons les pédales, quand nous ne savons plus où nous en sommes, quand il y a trop de solitude et pas assez d'amour dans notre vie, quand nous avons perdu le courage de nous relever...

Il n'y a pas de réponse.

Il n'y a que le Christ sur sa croix... avec nous... sans réponse lui non plus...

Il n'y a que ceux qui entrent avec nous dans la souffrance parce qu'ils nous aiment.

J'aime Jésus pour sa pauvreté libératrice.

"Venez, voyez, le fils de l'homme n'a pas où mettre sa tête."

"Soyez comme le lys des champs qui ne tisse ni ne travaille." et il nous propose de ne pas nous laisser envahir par 'les choses'.

Je l'aime à cause de son indépendance et de son ouverture - à cette époque et malgré les interdits - vis à vis des femmes et des étrangers.

Je crois en Jésus parce qu'il m'ouvre la voie face aux religieux et aux institutions. Grâce à lui, je me sens autorisé à prendre la parole et à devenir hérétique à mon tour, à m'indigner moi aussi, à dire non.

Jésus est subversif, révolutionnaire, libre, compatissant, joyeux, dynamisant, admiratif, sans rancune, pragmatique; il aime la nature, les femmes, les gens de toute sorte, la compagnie, le mouvement, la confiance, la simplicité partagée; il ne fait pas de différence entre les pauvres et les riches, les femmes et les hommes, les juifs et les étrangers, il accueille tout le monde et chacun découvre qu'il est unique.

Jésus est, pour moi, cet homme qui a en lui un amour si grand qu'il se demande d'où il vient. Un amour si grand qu'il lui faut partir et marcher à la rencontre de quelqu'un à qui le donner.

Un amour brûlant, insatiable, qui lui pose question sans cesse et le pousse toujours en avant dans le désir d'en trouver la source et de le partager.

Un amour qu'il cherche et trouve toujours dans la rencontre, un amour qui lui fait découvrir l'Autre en l'autre.

Jésus est ce contemplatif, ce mystique qui cherche et trouve cet amour - Dieu ? - chez tout un chacun et le lui dit, lui révélant ainsi sa grandeur et sa dignité d'homme.

La foi devrait être cela en nous, cette confiance qui change l'autre en face de nous parce que nous croyons en lui, plus que lui, si fort qu'il s'en trouve transformé, guéri.

Il nous faut marcher à la suite de Jésus, guéris nous-mêmes par l'amour, et regarder l'autre avec ce regard, son regard de foi…

J'ai découvert Jésus tardivement. Il m'a été enseigné dès le plus jeune âge, mais ce n'était que de l'histoire sainte, une connaissance abstraite de quelque chose qui s'est passé il y a deux mille ans. Sans plus. Cette histoire sainte ne m'atteignait pas.

Aujourd'hui, Jésus me parle de ce qui se passe maintenant. Il est ainsi devenu pour moi un proche, quelqu'un qui m'accompagne ou que j'accompagne, ici et maintenant, et qui, certainement, change ma vie. En ce sens, pour moi, il est vivant.

Cependant... cependant il est mort, cependant il est absent.

Résurrection ?

Avant de parler de résurrection, il nous faut d'abord parler de mort. De mort et d'absence.

Le cinq novembre 1980, notre fils aîné Damien, dix neuf ans, nous a quitté: cancer.

Voici un extrait de "Vivre toujours", écrit par nous après sa mort:

Pâques 1981. Un ami nous a prêté sa maison en Ecosse au bord du Loch et nous sommes partis tous les six dans notre petit break Peugeot 304 … Courbés sous le soleil, nous montons dans la bruyère et la tourbe vers un petit lac de montagne où nous allons pêcher la truite brune. Nous sommes émus par la splendeur du paysage. La montée est difficile mais ce que nous découvrons nous récompense largement de nos efforts. A chaque arrêt, nous voyons de nouveaux horizons déchiquetés, de nouvelles étendues. Le loch, d'un bleu incroyable, se dégage petit à petit des montagnes dorées. L'air transparent devient plus vif et plus frais. Nous montons vers le ciel.

Et puis, tout à coup, Damien est là, devant moi, présent.

Il marche en avant comme d'habitude, à longues foulées souples, en poussant sur la pointe des pieds. Je vois son dos voûté, ses larges épaules, le déhanchement de son bassin étroit. Il monte tout en puissance, sans effort, d'un élan continu. Ses cheveux bouclés remuent dans le vent. Je devine sa jubilation intense dans l'effort et le dépassement, sa communion avec la nature...

Il est là avec tant d'intensité que je ne peux m'empêcher de prononcer son nom : Damien ! ... Et c'est fini !

L'enchantement a disparu. Il ne reste que la bruyère, le ciel bleu et toi, si loin, si loin et si proche à la fois ... et les autres qui montent lentement, ignorant ce qui se passe en moi...

Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ... Mais il avait disparu de devant eux ...

Comme les femmes et les apôtres ont vu Jésus, j'ai 'vu' Damien quelques mois après sa mort. Je ne saurais pas employer ici d'autres mots : je l'ai vu aussi nettement que je vois maintenant l'écran de mon ordinateur devant moi. Et cette vision, toujours forte en moi aujourd'hui, me fait dire, contre toute rationalité : il est vivant !

Aujourd'hui, ai-je écrit alors, nous sommes comme amputés de lui et la blessure nous fait mal parfois. Mais par cette blessure même, il n'y a personne au monde qui soit plus certain que nous qu'il est vivant!

Sous la photo de Damien que Philippe a dans sa chambre, il a écrit cette phrase pêchée je ne sais où : "Ne meurt que celui qu'on oublie". Et cela est vrai : Damien est d'autant plus vivant pour nous que nous en parlons entre nous, que nous le faisons vivre. Ensemble, nous recréons un Damien bien plus complet que celui de nos souvenirs fragmentaires et personnels. Quand nous en parlons, il vit avec nous et nous avec lui. (Extrait de notre livre "Vivre toujours ")

Ainsi sans doute en va-t-il de même de notre relation à Jésus.

Jésus est mort. On efface trop vite sa mort pour crier : Christ est ressuscité !

Evidemment, le tombeau 'plein' aurait tout simplifié.

Tout aurait été clair si, au matin de Pâques, le tombeau s'était ouvert sur le Christ en gloire, sur le Christ vivant. Il y aurait eu là quelque chose sur quoi fonder une certitude inébranlable, une présence plénière et qui aurait eu le mérite de confirmer la foi des disciples ... et la nôtre. Mais voilà, quand Marie-Madeleine va au tombeau, elle ne trouve rien. Ni cadavre, ni Christ en gloire. La pierre a roulé et, aux regards surpris, n'offre que le vide et l'absence.

Il n'y a là-dedans ni homme, ni Dieu.

Rien.

On a beau multiplier les hypothèses, les questions, les soupçons - "On l'a volé!" - le tombeau est vide et nous oblige à faire le deuil de nos certitudes trop faciles en même temps que celui d'une présence rassurante.

Pourtant, c'est ainsi que commence la foi.

Elle ne se construit pas sur le plein des certitudes, des convictions dogmatiques, des doctrines bien définies... Au contraire, elle reconnaît devant elle un vide, un rien que rien ne saurait réduire, une absence qui fait signe, peut- être, et qui nous sollicite de loin mais qui ne saurait tenir lieu de présence.

Mais si 'croire' était autre chose?

Si croire, précisément, était assumer ce vide originel que rien ne peut remplir et qui nous sépare de Dieu quand il ne nous sépare pas de nous-mêmes?

Si c'était accepter l'absence réelle d'un Dieu qui se refuse à nos regards afin que nous puissions faire nous-mêmes l'expérience de la liberté ?

Si c'était apprendre à supporter cette angoisse qui ne cesse de nous tenailler quand, cherchant Dieu, nous ne trouvons rien; quand, cherchant l'homme, nous ne trouvons trop souvent, que l'inhumanité ?

Croire, n'est-ce pas apprendre à se dessaisir de toute certitude, à se dessaisir de soi-même pour tendre la main vers ce qui se dérobe et qui n'est ni accessible, ni disponible, ni matière à appropriation ?

Dieu me manque !

Mais Il n'est pas là, et il me faut vivre en assumant mon humanité.

Dès lors, nous savons que l'affirmation 'Christ est ressuscité' est une affirmation pour l'enfance et que la résurrection est souvent de l'ordre de l'évasion, de la fuite de l'absence.

Parce que Damien, notre fils, est mort, nous nous souvenons, parce qu'il est mort nous en parlons, parce qu'il est mort et qu'il nous manque ... nous le faisons vivre !

Ainsi en est-il de notre relation à Jésus.

Le désir de ne pas mourir nous a peut-être fait inventer la résurrection de toutes pièces.

Pour les mêmes raisons, les bouddhistes ont décidé que nous avions plusieurs vies à vivre pour arriver à la perfection. Mais force nous est de constater que personne n'est jamais revenu de 'l'autre côté' et que nous n'en savons rien du tout.

Alors, nous disons que l'amour ne peut pas mourir, nous inventons la vie après la mort, la résurrection et la vie éternelle. Amen.

Cependant, dans ma vie, j'expérimente la résurrection dans la réconciliation: nous nous sommes disputés, Christiane et moi, nous ne nous parlons plus, nous sommes fâchés l'un contre l'autre ... Alors, je ne vis plus, ou du moins je vis mal. J'arrive à oublier par moment, à faire bonne figure pour rencontrer les autres mais tant que je ne me suis pas laissé toucher, tant que je me barre derrière mes bonnes raisons, mes arguments, mes bons droits, je vais mal, je boude, je vis en noir et blanc. Je suis à l'arrêt. Mort.

Et puis tu me demandes pardon, ou c'est moi. J'arrive à cesser de regarder mon nombril pour te regarder toi, je me convertis à toi, à nouveau je dis "Je t'aime" et c'est comme si on roulait la pierre du tombeau: tout à coup la lumière entre à flots et c'est la vie, la couleur, la chaleur qui déferlent. Et je suis à nouveau branché, en prise directe avec la vie, léger, ressuscité, vivant !

La signification de la résurrection est devenue pour moi plus importante que l'événement lui- même, qu'il ait eu lieu ou pas. Elle nous dit la victoire sur la mort, grâce à l'amour et à la bonté qui sont éternels.

C'est bien pour cela que cette réalité de la résurrection se fête au printemps . . . Répondant au mystérieux appel de la vie, la sève a commencé à remonter dans les troncs, elle gonfle les bourgeons verts et les boutons roses qui bavent, collent et éclatent sous la pression de la vie pour célébrer ce prodigieux orgasme de la nature, le printemps !

La vie est revenue, les marronniers se couvrent de millions de chandeliers; qu'il grêle ou qu'il neige, la grive siffle à pleins poumons au plus haut de son épicéa et les poulettes pondent à plein régime... c'est le retour puissant de la vie, le printemps, la résurrection !

L'Eglise a emballé les œufs dans les cloches pour récupérer la vie à son profit, mais vous le savez bien, depuis toujours les œufs sortent de l'oviducte des poules parce que c'est le printemps, promesse tenue que la vie, de nouveau, est là, libre, donnée, puissante!

Et c'est ça la résurrection que nous fêtons à Pâques, ce retour de la vie mais aussi ce magnifique retour à la vie par ce que l'amour est plus fort que la mort.

La résurrection est donc aussi cette expérience de vie, de vie humaine, que je peux vivre, ici et maintenant, chaque fois que j'accepte la souffrance, chaque fois que je renoue la relation, chaque fois que je pardonne.

Et, en ce sens, la croix reste pour moi un signe de résurrection car l'hiver, la souffrance et la mort sont le passage obligé de cette résurrection.

Je ne sais pas, personnellement, si Jésus est ressuscité et je ne sais pas s’il y a une vie après la mort.

Je pense seulement que ce serait une si belle surprise - la cerise sur le gâteau en quelque sorte - si on pouvait se retrouver tous et se reconnaître et se parler, dépouillés de toute cette concurrence, de tous ces égoïsmes qui pourrissent si souvent nos relations.

Cependant, cela ne change rien au message que Jésus m'a transmis ni à son invitation à le suivre. Et je peux aussi dire que, par ·ce message vivant en moi, il vit lui aussi en moi.

Et comme il serait triste, ce monde où on ne ferait le bien que pour réussir son examen de passage à la vie éternelle !

Michel Fontaine

Vous pouvez vous procurer ce livre en versant 15 euros + 3euros de frais de port soit 18 euros
Au compte BE71 7506 5444 0469 de Michel Fontaine
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Published by Libre pensée chrétienne