Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 08:00

 

Jacques Musset Le monde nouveau, quand et comment ?
Matthieu 24 - 25
Extrait du livre « S’approprier l’évangile selon Saint Matthieu » de Jacques Musset
Remarques préliminaires

A première lecture, sans clé de compréhension, ce discours est pour une grande part déconcertant et déroutant, voire repoussant. On croit entendre les propos catastrophistes des témoins de Jéhova qui viennent frapper à notre porte le dimanche matin pour nous annoncer que la fin du monde est proche et nous presser, si nous voulons être parmi les élus, de rejoindre leur camp . Ils prennent en effet les propos du Jésus de Matthieu au pied de la lettre. Celui-ci apparaît comme un voyant extralucide qui prédit l'avenir avec précision.

Il en décrit minutieusement le scénario déjà arrêté, même s'il ignore le jour exact de la grande déflagration générale qui inaugurera le monde futur.

Pour moi, cette lecture fondamentaliste, qui continue, hélas, à faire des adeptes non seulement chez les chrétiens évangélistes mais aussi chez des catholiques est inacceptable. Elle n'est plus recevable, compte tenu des travaux sérieux d'exégèse effectués depuis plus d'un siècle, qui fournissent des clés de compréhension de ces textes. Sans ces clés, comment le sens de ces pages pourrait-il être accessible à un chrétien d'aujourd'hui vivant dans un tout autre univers culturel que celle des rédacteurs des évangiles ? Sans ces clés, comment le message de ce discours pourrait-il être pour ce chrétien une nourriture spirituelle ? Comment pourrait-il autrement le traduire dans sa propre expérience et son propre langage ?

Ce discours appelé communément discours sur la fin des temps est lu au cours de quatre dimanches de l’année liturgique A (1er dimanche de l'avent + 32, 33, 34° dimanches ordinaires). Raison de plus pour essayer d'en décoder la signification.

Situation du passage dans l'évangile

Une première indication concernant sa signification vient de la nature et de la place du passage dans l’évangile de Matthieu. Nous avons ici le cinquième et dernier grand discours de Jésus qui, avec les quatre précédents, forment la charpente de l'évangile. Pour les rédacteurs de l'évangile de Mattieu qui écrivent dans une communauté chrétienne où beaucoup de membres sont d'origine juive, cette construction n'est pas anodine : ces cinq discours de Jésus qui renvoient aux cinq livres de la Thora juive, les piliers de la foi juive, signifient que ce n'est plus ni Moïse ni la loi juive qui sont la référence mais Jésus le Christ et sa parole.

Rappelons-nous brièvement les thèmes des cinq discours pour en voir l'interdépendance

  1. Voici le chemin qui conduit à la Vie, tel est le thème du Discours sur la montagne.
  2. Voici comment en être les témoins, c'est le thème du discours dit missionnaire.
  3. Voici les caractéristiques du monde nouveau, c'est le thème du discours en paraboles
  4. Voici comme vivre et s'aider à vivre de la vraie vie en communauté, c'est le thème du discours communautaire.
  5. Enfin, voici comment reconnaître l'avènement du monde nouveau et s'y préparer, c'est le thème du discours dit de la fin des temps que nous étudions aujourd'hui. Remarquons en passant que dans l'hypothèse où la partie narrative qui suit chaque discours en est une illustration en actes, on peut dire que le récit de la passion et ceux des apparitions du ressuscité qui suivent ce discours nous indiquent où et comment se manifeste le monde nouveau.

 

Quelques clés de compréhension de ce cinquième discours, à première vue déconcertant.
Ce discours, comme les autres est une composition des auteurs de l'Évangile.

Certes Jésus a pu dire telle et telle parole. Cela est indéniable, mais l'ensemble du discours est une construction des rédacteurs. Des indices ? Seuls les synoptiques ont ce genre de discours. Rien chez Jean. De plus entre les synoptiques, les éléments ne sont pas tous semblables. Certains manquent ou sont dispersés chez Marc et Luc.

Ce discours par son contenu appartient à un genre de discours spécial qu'on appelle eschatologique et il utilise un genre littéraire particulier: l'apocalypse.

Qu'est-ce qu'un discours eschatologique?

Le mot grec eschaton signifie fin, et logos : discours. L'eschatologie, c'est donc un discours sur la fin des temps. On le reconnaît ici à la question des disciples : "Dis-nous quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ?"

Le thème des derniers temps, des derniers jours, du Jour... est traditionnel dans la Bible.

II désigne le monde nouveau, renouvelé, purifié, transformé, que Dieu fera advenir un jour pour mettre fin au vieux monde actuel dépravé, souillé, infidèle. Ce thème polarise les espérances du peuple juif au cœur et au-delà des déceptions, des infidélités et des tragédies qu'il traverse. C'est le sujet de prières et d'écrits nombreux.

Ce thème est très développé depuis l'Exil, avec la disparition de piliers fondamentaux de la foi comme la royauté et la mise en tutelle de la terre de Dieu sous domination étrangère, perse, puis grecque et enfin romaine. Cette attente d'une intervention de Dieu est très vive au temps de Jésus. Jésus partage cette espérance (son thème majeur est la venue du règne de Dieu) et de même, après lui, les premières communautés chrétiennes. Matthieu 24 et 25 est, dans ce contexte, un discours chrétien sur l'avènement de ce monde nouveau.

Qu'est-ce qu'une apocalypse?

Au sens étymologique, le mot grec signifie dévoilement, révélation. L'apocalypse (au sens biblique du terme) est un genre littéraire (une manière de s'exprimer) caractérisée au niveau de son contenu par des révélations de secrets venant de Dieu et concernant la fin des temps et le cours de l'histoire. Discours eschatologique et style apocalyptique vont ensemble.

Le style apocalyptique se caractérise par un langage codé et symbolique fait d'images et de chiffres qui veulent évoquer l'écroulement du vieux monde (avec des images effroyables) et l'avènement du monde nouveau. On veut montrer par là qu'il s'agit d'un moment décisif qui dévoile la vérité des êtres et des situations.

Ce style, on le rencontre dans l'Ancien Testament chez les prophètes et notamment chez Daniel (2e siècle av.J .C.).Les apocalypses fleurissent entre le 3e siècle avant Jésus et jusqu'au Ier siècle après.

Quel est le but du langage apocalyptique? En des temps où tout semble s'écrouler, se pervertir, se décomposer, se désagréger, en des temps où les promesses de Dieu paraissent anéanties et où Dieu semble s'être absenté (donc en des temps de crise), le discours apocalyptique est comme le dévoilement, la révélation d' une vérité que les croyants risquent d'oublier. Cette vérité de foi pourrait se résumer ainsi : en dépit des apparences, Dieu n'est pas absent; sa parole est toujours valable; sa présence toujours acquise; son dynamisme vigilant; son action libératrice à l'œuvre ici et maintenant et demain; les forces du mal et de mort qui triomphent seront anéanties; elles n'auront pas le dernier mot; déjà maintenant, elles n'ont pas le dernier mot. Les justes ne sont pas condamnés à l'impasse, ce sont eux qui en réalité réussissent, Dieu leur donne raison, ils jugeront le monde.

Au temps de Jésus, chaque groupe du judaïsme pharisiens et scribes, baptistes, esséniens... y va de son discours apocalyptique. Ici, le discours de Matthieu, avec ses images insolites, affirme que malgré les apparences la victoire revient à Dieu en la personne de Jésus et aussi aux justes mais d'une manière qu'il n'est pas possible d'imaginer.

Plan possible du discours

Après une introduction (24,l-4a), on peut voir deux grandes parties :

  • Les signes de la venue du Fils de l'homme
    • Le commencement (24, 4b- l 4)
    • La grande crise (24,15-25)
    • L'avènement du Fils de l'homme (24, 26-35).
  • Le "quand" de la venue
    • Personne ne connaît la date (24, 36-41)
    • Veillez (24, 42-25, 3)
    • Voici ce qui se passera quand le Fils de l'homme viendra (25, 31-46)

 

Étude de l'introduction au discours (24, 1-4a)

Jésus va prendre la parole face au Temple de Jérusalem sur le mont des Oliviers (deuxième sermon sur la montagne); il est assis (dans la position du maître qui enseigne). L'occasion du discours est une discussion sur le Temple pour lequel les disciples ne tarissent pas d'éloges. La réponse de Jésus est cinglante: "Tout sera détruit". D'où la question des disciples : "Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde".

Pour comprendre la condamnation de Jésus, il faut se rappeler ce que représente le Temple pour les juifs. C'est le lieu même de la Présence de Dieu au milieu de son peuple et des nations. C'est également, autour du Temple, que Dieu au dernier jour fera advenir son règne. Le Temple est donc avec la Loi ce qu'il y a de plus précieux pour Israël.

La réaction de Jésus est comme profanatoire. Le Temple n'a plus sa raison d'être. Ce n'est pas la première fois que Jésus s'en prend aux gens du Temple.

Si donc le Temple est détruit, où trouver désormais la présence de Dieu et en quel lieu l'avènement de son règne se manifestera-t-il? Dans le texte de Matthieu, le Temple de Jérusalem est remplacé par le Fils de l'homme crucifié (24,3 ; 26,2). De là on peut conclure que le Temple nouveau, c'est Jésus, de même qu'on a vu que le nouveau Moïse, c'était également Jésus (5-7). C’est donc en Jésus et nulle part ailleurs que se manifeste le monde nouveau de Dieu. Cette présentation reflète la foi de la communauté de Matthieu vers les années 80-90. C'est donc une relecture des événements et non un reportage en direct que nous avons ici.

Étude de la première partie du discours (24, 4b-35)

Les images traditionnelles appartenant au genre apocalyptique abondent: il est facile de les renvoyer à de nombreux passages de l'A.T.

Par exemple : le thème des séductions qui égarent, les famines et tremblements de terre, les détresses et tribulations de toutes sortes, l'avènement du Fils de l'homme sur les nuées du ciel, l'obscurcissement du soleil et de la lune, la chute des étoiles, l'ébranlement des puissances des cieux, c'est-à-dire des astres et des forces célestes, le rassemblement des élus au son de la trompette des anges. Toute cette imagerie codée évoque l'intervention décisive de Dieu faisant disparaître le vieux monde et apparaître un monde nouveau par l'intermédiaire du Fils de l'homme.

Un mot sur ce Fils de l'homme. Le sens fort de cette expression vient du livre de Daniel (2e siècle avant Jésus). Au Ch.7, on voit un fils d'homme s'avançant vers le trône de Dieu, dans le ciel et recevant honneur et puissance. Cette figure représente les justes martyrs qui ont accepté de rester fidèles à Dieu durant la persécution d'Antiochus IV: ces justes sont glorifiés auprès de Dieu. Par la suite, dans d’autres textes juifs, ce fils d'homme devient quelqu'un d'origine céleste qui viendra sauver le monde. A cette époque, fils de l'homme est une expression plus forte que celle de fils de Dieu. Après la mort de Jésus, les premiers chrétiens lui appliquent ce titre. C'est lui, Jésus de Nazareth, le Fils de l'homme dont parlent les Écritures.

Résumons le sens de cette première partie. Pour cela, n'oublions pas que ce sont des chrétiens d'origine juive qui s'adressent à leur communauté vers l'an 80-90, après l'expérience pascale et qui vivent des temps difficiles et incertains (ils sont mis à la porte des synagogues et l'avènement glorieux du Christ tarde à venir. Leur avenir est problématique et leur espérance est ébréchée. Ici leur message est un message d'espoir qui peut s'énoncer ainsi : en dépit des apparences, le vieux monde auquel nous sommes confrontés est en sursis et déjà il est condamné; Jésus, le Messie, le Fils de l'homme, le ressuscité vient dès maintenant inaugurer le règne de Dieu et viendra sûrement l'accomplir malgré les obstacles présents.

Ce message n'a pas perdu de son actualité. Malgré les apparences qui tendent à convaincre que les forces maléfiques du pouvoir et de l'avoir !'emportent, nous sommes invités à croire qu'un monde nouveau est en gestation qui, malgré ses allures fragiles, met en échec les puissances d’égoïsme et de mensonge. Comment le reconnaître ? Partout où germe et nait de la vérité, de l'amour, de l'ouverture à autrui, de la justice.

Étude de la seconde partie du discours (24, 36-25,46)
Personne ne connaît la date de l'avènement du règne de Dieu sinon Dieu seul (24, 36-41)

Le verset 36 est probablement une phrase très ancienne qui remonterait à Jésus lui-même. En effet, on reconnaît ici les limites de sa connaissance. Or la tendance des évangiles est de magnifier la personne de Jésus et de gommer certains traits "trop" humains. Dans sa foi en la proximité de la fin, Jésus a très bien pu annoncer que l'avènement du monde nouveau ne saurait tarder, tout en avouant qu'il en ignorait le moment.

Aux versets 37 et 39, l'accent est mis sur la soudaineté et l'imprévu de l'avènement de ce monde nouveau au cœur de la vie ordinaire.

Aux versets 40-41 : si dans la vie ordinaire, rien ne distingue les gens, l'avènement du monde nouveau fera apparaître la vérité des êtres devant Dieu.

Conséquence : "Veillez" ou les trois paraboles sur le thème de la vigilance (24, 42-25,30)

Le thème général est donné en 24, 42-44. "Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur va venir ...Tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ignorez que le Fils de l'homme va venir". On peut constater la parenté des paraboles dans leur construction. Chacune illustre à sa manière le même message: le Fils de l'homme / tarde à venir instaurer le monde nouveau / Les chrétiens sont invités à veiller activement / mais ils ne sont pas tous semblables en leur cœur / les uns veillent, les autres non / La venue impromptu du Fils de l'homme/ manifeste la vérité des cœurs.

Chaque parabole mériterait une attention spéciale (lire par exemple : "Les paraboles de Jésus" de Jérémias, Ed. du Cerf). Faute de temps, j'attire l'attention sur la "pointe" de chaque parabole (c'est le message essentiel adressé aux disciples; les détails de l'histoire ne comptent pas à la différence de ce qu'on trouve dans l'allégorie). Pour ce faire, il convient de réduire chaque parabole à un "de même que…de même...".

Essayons l'exercice.

24, 45-51 : "De même que le serviteur de son maître absent s'est montré fidèle et avisé en s'appliquant à réaliser la mission qui lui avait été confiée, à savoir prendre soin d'autrui, de même, vous aussi, soyez avisés en accomplissant la mission qui vous a été confiée au service d'autrui, sinon vous raterez votre vie". (Ici la pointe porte sur la qualité de réponse au jour le jour à la mission confiée).

25, 1-13 : "De même que les jeunes filles qui ont attendu l'époux avec des réserves d'huile se sont montrées avisées, de même, vous aussi, cultivez intérieurement la capacité d'accueillir immédiatement la venue de Dieu dans votre vie. Ainsi serez-vous des chrétiens avisés (remarquer que la pointe de la parabole ne porte pas sur l'état de veille ou de sommeil mais sur les réserves de vigilance)".

25, 14-23 : "De même que les deux serviteurs qui ont attendu leur maître en prenant le risque de faire fructifier les biens qui leur avaient été confiés ont été déclarés bons et fidèles, de même, vous aussi, prenez le risque de faire fructifier les talents qui vous ont été confiés. C'est la seule voie de réussite de votre vie".

25, 24-30 : "De même que le serviteur qui a attendu le retour de son maître en enterrant son talent par peur de le perdre et donc qui n'a pas pris le risque de le faire fructifier a été déclaré mauvais serviteur et paresseux, de même, soyez assurés qu'en vous contentant de conserver précautionneusement ce que vous avez reçu, par peur de le perdre, non seulement vous le perdrez mais vous raterez totalement votre vie".

Comment traduire la leçon des trois paraboles de la vigilance dans ma vie d'aujourd'hui ?

L'image du maître, du roi ou de l'homme qui s'est absenté sans qu'on sache quand il se reviendra mais qu'il faut savoir accueillir à tout moment et à qui il faut rendre des comptes, c'est pour moi le symbole du silence de Dieu auquel ma vie, nos vies sont confrontées. Je n'entends pas sa voix ni n'éprouve son action, même si je crois en sa secrète présence au plus intime de moi-même et de chaque être. Dans ce contexte de silence de Dieu, l'image du serviteur qui se démène pour nourrir son monde, celle des jeunes filles qui ont veillé à faire le plein d'huile dans leurs lampes, celle des deux serviteurs qui se sont risqués à faire valoir les talents reçus, ce sont pour moi des symboles de la fidélité active, inventive et responsable en réponse à la Parole évangélique. Être fidèle et avisé, selon l'évangile, c'est conjurer ses peurs de s'aventurer sur des chemins inconnus, c'est refuser tout repli frileux sur le connu, le labellisé, l'estampillé, c'est oser être créatif, s'investir au quotidien dans le service d'autrui, entretenir sa capacité intérieure de vigilance et d'éveil pour donner corps à la Parole évangélique. Les sanctions qui attendent dans les paraboles le serviteur indigne, les jeunes filles insensées, le mauvais serviteur paresseux sont pour moi les symboles du malheur que représente une vie gâchée, ratée, qui s'est déroulé e (ou plutôt qui se déroule) dans l’irresponsabilité, l'insouciance, la peur, l'immobilisme. Car c'est aujourd'hui, au cœur même de son absence, que nous sommes sollicités à faire de nos existences et de notre monde des réalités nouvelles. Sommes-nous vigilants pour discerner les appels d'où qu'ils viennent, savons-nous retrousser nos manches pour y répondre, sommes-nous prêts à prendre le risque de nous engager sur des voies inconnues et incertaines pour faire fructifier l'héritage reçu ?

A chacun de voir comment investir sa vie quotidienne d'une manière avisée et non insensée puisque c'est là que Dieu vient sans que nous sachions d'avance quelle forme prend sa venue. Pour ma part, je n'attends pas le grand soir de Dieu (ce dernier jour du monde où Jésus reviendrait), je tâche simplement de rester activement vigilant pour enfanter en moi et autour de moi un peu d’humanité. Malgré et avec mes limites, malgré et avec mes fragilités, malgré et avec mes pesanteurs.

Le jugement final (25, 31-46)

Ce texte est archi-connu. Cette grandiose mise en scène de la fin des temps reprend des scénarios qui courent à travers la Bible où l'on voit Dieu venir juger le monde. Il serait imprudent de considérer ce récit comme une description anticipatrice d'une réalité à venir. La vérité de ce texte est avant tout symbolique : il révèle en effet ce qui donne son véritable sens à toute vie humaine, autrement dit en quoi réside la véritable réussite d'une existence humaine. L'unique critère de cette réussite est clairement exprimé : se mettre au service désintéressé d'autrui et de ses besoins (quelles qu'en soient les formes et elles sont multiples), pour la seule raison qu'il est un être humain. C'est là la seule exigence, à laquelle pour un chrétien toutes les autres semblent subordonnées (la prière, par exemple). Cette exigence s'impose à n'importe qui, croyant ou non. C'est le cœur même de la Loi nouvelle qui est en même temps le lieu privilégié de rencontre avec Dieu. Être au service d'autrui, c'est accueillir Dieu lui-même.

Ce texte est révolutionnaire puisqu'aux yeux de Dieu la valeur de nos vies n'est pas déterminée par une appartenance religieuse, par une profession de foi religieuse ou par des actes religieux mais par le rapport concret que nous entretenons avec autrui et la manière ou non dont nous nous mettons à son service.

Ce texte n'en finit pas de m'interroger et de me ramener à la réalité, la vraie, la seule, dépouillée des apparences, des mondanités et des convenances. Ce texte en affirmant fortement que la marque du divin dans le monde est ce qu'il y a de plus humain, à tous les niveaux de l'existence, m'invite à ouvrir les yeux et à découvrir autour de moi les traces de cet humain, quels qu'en soient les acteurs. Ce texte, qui ne nie pas l'importance des religions, les situe cependant à leur place et leur rappelle leur mission essentielle: aider chaque être à s'ouvrir à la Voix intime qui l'appelle à vivre en frère avec autrui. Ce texte ne m'annonce pas un futur éloigné: il décrit dès aujourd'hui la voie du bonheur et de la réussite et me met en garde contre les impasses. Je n'ai pas de peine à y adhérer puisque j'en ai de multiples fois déjà expérimenté la vérité.

Et toi, compagnon lecteur, comment traduis-tu ces paroles évangéliques à partir de ton expérience ?

Jacques Musset

Published by Libre pensée chrétienne