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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 11:06
Sur l'avenir du christianisme… et le nôtre.
Edouard Mairlot
LPC n° 1 / 2008

Libre Pensée Chrétienne reprend son cheminement; c'est certainement ce qu'André aurait le plus aimé. Où situons-nous notre démarche ? Avec tant d'autres, en ce monde en voie de globalisation, au-delà des religions d'un chacun, nous adhérons évidemment aux grandes valeurs qui constituent l'homme : Justice, Amour, Liberté, Vérité. Nous nous sommes découvert « homme moderne » qui avons appris à penser par nous-mêmes, rejetant tout dogmatisme. Notre liberté de pensée s'exerce dans une société démocratique qui se fonde elle-même sur le libre choix de chacun.

Notre démarche est cependant spécifique. En effet, nous ne renonçons pas, comme tant d'autres, à nos racines chrétiennes. Nous persistons à penser – et, surtout, à vivre - qu'une source d'eau vive s'y trouve qui nous désaltère. Nous l'avons découvert par la lecture personnelle de l'Ecriture. Nous y avons rencontré la personne de Jésus de Nazareth. Ainsi se résumerait notre ligne de pensée.

Mais où en sommes-nous face à l'Eglise-Institution ? Ses propres pratiques religieuses - qu'elles utilisent notre langue maternelle, ou que l'on puisse revenir au latin - nous nourrissent-elles encore assez? Ses préceptes, et surtout ses interdits moraux, nous éclairent-ils dans nos choix ? Les dogmes qu'elle proclame nous aident-ils à comprendre notre vécu intérieur ? Son Credo correspond-il encore à ce à quoi nous adhérons ? Et nous en arrivons à nous poser finalement la question : mais quel est encore l'avenir du christianisme ?

A ce sujet, Maurice Bellet, en 2001 déjà, avait formulé plusieurs hypothèses. Il y en avait une qu'il faisait sienne, d'où le titre de son livre : la quatrième hypothèse (1). Rappelons-les brièvement. Ne serait-elle pas aussi celle de la plupart d'entre nous ? La nôtre comme Libre Pensée Chrétienne ?

1. Première hypothèse : le christianisme disparait, et avec lui, le Christ de la foi. L'événement a été souvent annoncé, aux XVIIIe et XIXe siècles déjà. Eh bien, il s'accomplit. Ce n'est même plus l'effet d'un conflit, d'une lutte anti-chrétienne. Cela s'en va. Cela s'évacue. C'est indolore. On n'y songe même plus. Disparition.
Il en reste, évidemment, les monuments, les oeuvres d'art, ce que disent les travaux des historiens. Comme pour Isis et Osiris ou les dieux de Babylone…

2. Deuxième hypothèse : le christianisme se dissout. Il n'est pas à proprement parler, détruit. Mais ce qu'il a pu apporter à l'humanité devient le bien commun et lui échappe. Ainsi ces « valeurs chrétiennes » de respect de la personne, soin des souffrants, dignité des pauvres, etc., si fortement méconnues dans les « âges chrétiens » et qui s'imposent davantage aujourd’hui… Jésus peut trouver place là dedans, comme dans le panthéon hindou. Maître spirituel admirable, un des chaînons de la grande tradition, mais pas plus.

3. Troisième hypothèse : le christianisme continue. On conserve, on restaure, on rétablit… Tout reste… fondamentalement inchangé : un pas à droite, un pas à gauche, pour pouvoir durer dans les cahots de l'âge moderne.

4. La quatrième hypothèse, c'est qu'il y a bien quelque chose qui finit, inexorablement : et c'est précisément ce système religieux, lié en fait à l'âge moderne d'Occident et beaucoup plus dépendant de lui qu'il ne l'imagine… c'est bien d'une fin du christianisme, s'il s'agit d'un de ces –ismes qui caractérisaient la modernité (idéalisme, marxisme, matérialisme…). Quelque chose meurt : et nous ne savons pas jusqu'où cette mort descend en nous.
Aussi bien, cette crise chrétienne est indissociable d'une crise beaucoup plus générale… Ce qui est en cause est comme la fin d'un monde, au moment même où il peut paraître à son apogée. Quelque chose s'annonce, et nous ne savons ce que ce sera. Mais c'est comme si nous étions sur la ligne de départ, à l'orée d'un nouvel âge d'humanité. Pour le pire ? Pour le meilleur ? Nous ne savons pas ; mais c'est largement entre nos mains.
La question est : en ce lieu inaugural, est-ce que l'Evangile peut paraître comme Evangile, c'est-à-dire la parole précisément inaugurale qui ouvre l'espace de vie ? Le paradoxe est grand, puisque l’Evangile… c'est vieux ! Mais peut-être que le temps des choses capitales n'est pas régi par la chronologie ; peut-être que la répétition peut être répétition de l'inouï, comme après tout chaque naissance d'homme est une répétition banale – et, à chaque fois, l'inouï.
Si l'Evangile est, ici et maintenant, cette parole-là, tout le reste nous nous en arrangerons…
Je choisis la quatrième hypothèse.

C'est la troisième hypothèse qui prend actuellement le plus de relief. Le précédent pontificat avait arrêté toute évolution au sein de l'Eglise grâce à la nomination d'évêques recrutés parmi ceux qui étaient prêts à soutenir de toute façon les positions romaines, et par la mise au pas des théologiens susceptibles d'apporter du neuf à la réflexion et la vie chrétienne ; ainsi l'ensemble de la théologie de la libération. Nous en sommes maintenant à un retour au passé, à une restauration qui voudrait faire oublier les quelques acquis de Vatican II.

Plus fondamentalement, c'est la capacité de l'homme moderne à « penser par lui-même » qui est désormais mise en cause à Rome. On n'y discerne plus que du relativisme. Car il n'est rien de bon qui puisse émaner de l'homme laissé à lui-même, ni d'une société qui ne reconnaitrait pas l'autorité divine pour la guider, c’est-à-dire d'une société réellement démocratique et laïque. (2) D'ailleurs la révolution française, la première grande concrétisation des aspirations de l'homme moderne, a fait le plus grand tort à l'histoire humaine, ne se prive pas de dire le pape actuel.

Il faut vivre hors de Belgique, et des pays du nord en général, pour se rendre compte de l'importance prise dans l'ensemble de l'Eglise par des mouvements tel l'Opus Dei, Communion et Libération, les Légionnaires du Christ… Ils se retrouvent partout dans les dicastères romains et constituent désormais un vivier dans lequel se recrutent la plupart des nouveaux évêques de la planète. La troisième hypothèse prend actuellement le visage d'une dérive sectaire.

La quatrième hypothèse, en contrepoint, nous dit qu'autre chose est en train de naître. Un ancien monde s'en est allé, celui de la chrétienté, propre à une « société agraire » qui n'est plus la nôtre. Notre nourriture essentielle, nous la cherchons ailleurs que dans cette hiérarchie romaine et ses inconditionnels qui continue à parler la langue d'une autre civilisation, d'une autre culture. Nous sommes revenus aux origines, à la source : la personne de Jésus rencontrée dans l'Ecriture. C’est là que la vie reprend et crée autre chose, du neuf. Nous sommes en route vers autre chose que nous ne connaissons pas et dont nous ne savons quels traits aura son visage. Etre parti sans savoir où nous allons, peut effrayer. Mais c'est par là que nous mène notre chemin de fidélité au meilleur de nous-mêmes. Il est pour nous chemin de Vie et source de Joie.

C’est ici que Libre Pensée Chrétienne peut nous réunir. Le fait de pouvoir partager notre cheminement avec d'autres qui vivent la même expérience est essentiel. Reconnaissant que ce que découvrons comme vrai et juste l'est aussi pour d'autres, nous osons chacun faire le pas suivant et avancer. Nous y découvrons que « Nous sommes Eglise » ; nous n'avons à en rejeter personne, ni à nous en exclure nous-mêmes. Nous Vivons !

Faisons nôtre ce qu’écrivait Saint Paul aux Galates :

« Vous, mes frères, c'est à la liberté que vous avez été appelés. Donc tenez bon et ne retombez pas sous le joug de l'esclavage - celui de la loi à respecter, imposée d'en haut comme venant de Dieu - ; mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres, car un seul précepte contient toute la loi en sa plénitude : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Galates 5 13-14)

Edouard Mairlot (20.12.2007)

(1) Maurice Bellet, LA QUATRIEME HYPOTHESE sur l'avenir du christianisme : Desclée de Brouwer 2001. (retour)
(2) On retrouve ici une pensée augustinienne : L'homme a été tellement abimé par le péché originel qu'il ne peut rien de positif sans la grâce divine. Et celle-ci ne peut lui parvenir qu'à travers l'église. (retour)

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