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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 11:52
Alliance (1) et liberté.
Christian Bassine
LPC n° 1 / 2008

Quand on parcourt l'Ancien Testament depuis la Genèse jusqu'aux prophètes et même jusqu'au Cantique des cantiques, on aperçoit une évolution très nette dans la perception de la manière dont Yahvé–Dieu traite avec l'homme. Son alliance avec Noé est tout à fait unilatérale, avec Abraham elle devient davantage un échange d'engagements, tandis qu'avec Ezéchiel, Osée et Isaïe les engagements réciproques sont explicites et même il y est fait allusion au droit : « Tu seras mon peuple si tu observes mes commandements », et finalement, dans le Cantique des cantiques, l’allégorie de l'homme et de la femme qui s'aiment et chantent leurs amours est interprétée par la plupart des exégètes, y compris juifs, comme le symbole de l'alliance de Dieu avec son peuple. Alliance et amour se rejoignent.

Quelle signification donner à cette évolution, sinon la prise en compte des progrès faits par l'être humain dans les relations et les échanges qu'il entretient avec son semblable ? Jésus lui–même a fait alliance avec ses contemporains, explicitement quand il a partagé le pain et le vin avec eux, et même encore sur la croix quand il a dit à son infortuné voisin crucifié : « Aujourd'hui même tu seras avec moi en paradis ». Il est impossible de penser que Jésus ait eu de quelque autorité que ce soit une autre conception que celle dérivant de l'alliance que Dieu fit et n'a cessé de faire, et donc d'un accord convenu librement entre parties : il n'a pas condamné le jeune homme riche retournant à ses biens malgré son appel à le suivre.

Comment alors comprendre que les autorités religieuses les plus expertes en exégèse des Ecritures puissent imaginer que les hommes et les femmes de ce temps mettraient docilement en veilleuse leur intelligence et leur liberté de recherche fondamentale dès lors que leur Eglise continuerait, comme aux temps anciens, d'invoquer des arguments d'autorité sans rapports avec les expériences et la vie ? Serait - ce que les voeux d'obéissance imposés aux religieux aient perverti à ce point leur lecture de l'ancienne et de la nouvelle Alliance ?

On perçoit ainsi que la « Libre Pensée » n’est pas une invention du diable ou la fille de l'orgueil humain puisqu'elle apparaît dans les rapports mêmes que Dieu entretient avec son peuple depuis les origines, ayant fait les hommes « à son image et à sa ressemblance »

Christian Bassine

(1) Alliance en hébreux se dit bérit, traduit en grec diathèké, en latin testamentum. (retour)

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