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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 19:47
Comment concevoir Dieu ? Théisme ou panenthéisme. (1)
Marcus Borg (2)
LPC n° 15 / 2011

Question :

Du début jusqu'à la fin, la Bible est l'histoire de Dieu. Elle n'est bien sûr pas écrite par Dieu. La Bible hébraïque est l'histoire de Dieu écrite par l'ancien Israël, et le Nouveau Testament est l'histoire de Dieu écrite par la communauté des premiers chrétiens, notamment telle que Jésus l'avait révélée.

Comment ces deux anciennes communautés ont-elles compris le personnage central de leurs récits ? Comment ont-elles conçu Dieu et sa relation au monde ?

Réponse :

La Bible donne à ces questions une réponse double.

D'une part, la Bible emploie un langage imagé qui présente Dieu comme une personne humaine, un roi, un seigneur, un père, une mère, un guerrier, un berger, un potier pour ne citer que certaines de ces images anthropomorphiques. Le seul fait que ces images soient nombreuses et diverses indique qu'il s'agit de métaphores. Dieu n'est littéralement aucune d'elles, il est comme un roi, comme un père ou une mère, comme un guerrier, un berger etc. Prendre ces métaphores anthropomorphiques à la lettre entraîne une notion de Dieu appelée "théisme surnaturel".

Dieu est considéré comme demeurant "là-haut", comme ayant créé il y a longtemps l'univers comme une entité séparée de Dieu. C'est donc de l'extérieur que Dieu intervient lorsqu'il le veut, notamment dans les événements les plus dramatiques rapportés par la Bible. La plupart du temps, Dieu n'est donc pas "ici" mais "là-haut". C'est ainsi que l'on dit : "Notre Père qui es aux cieux".

D'autre part, la Bible dit aussi que Dieu est "ici parmi nous" et plus proche même : Dieu est alors considéré comme l'Esprit immatériel enveloppant l'humanité et toute chose.

- Dans le livre des Actes, Paul dit de Dieu : "En lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être" (17.28)

Ceci implique que Dieu n'est pas ailleurs, mais qu'il nous entoure : nous vivons et nous nous mouvons "en Dieu".

- Dans le Psaume 139 on trouve la même idée qu'on ne peut jamais être en dehors de Dieu. (7-11)

Où irais-je loin de ton esprit, où fuirais-je loin de ta face ?
Si je monte aux cieux, tu y es, si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.
Si je prends les ailes de l'aurore, et que j'aille habiter à l'extrémité de la mer,
Là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira.
Si je dis : Au moins les ténèbres me couvriront, la nuit devient lumière autour de moi.

Dans l'hébreu de l'Ancien Testament, comme dans le grec du Nouveau Testament, le mot que nous traduisons par "esprit" signifie aussi "vent" et "respiration". Dieu est comme un vent, comme une respiration. À l'époque on ne concevait pas le vent comme une réalité matérielle, des molécules d'air en mouvement, mais comme une force invisible mais puissante. La respiration aussi est, en nous, comme une force invisible de vie.

Dieu est comme le vent qui souffle à l'extérieur de nous et comme la respiration qui est en nous.

Nous sommes en Dieu et Dieu est aussi en nous. Cette manière de comprendre Dieu se nomme en théologie le "Panenthéisme" dont le nom signifie en grec "tout est en Dieu". Dieu est à l'intérieur, dans nos âmes comme le Dieu du panthéisme, plutôt que dans le ciel. Il est le sang qui circule dans nos veines, le souffle qui monte en nous, le dynamisme créateur, le Saint-Esprit. Mais il est plus que nos âmes, il est aussi l'extérieur. Il nous entraîne à sortir de nous-mêmes, de nos sentiers battus et de nos habitudes, comme les Hébreux ont quitté l'Égypte pour marcher à travers la mer Rouge vers la Terre promise.

Ceci est fort différent de la conception théiste selon laquelle Dieu fait ce qu'il veut, à sa guise, comme un despote. Nous sommes en Dieu, nous vivons et nous nous mouvons en Dieu. Dieu n'est pas un être là-bas mais une présence en nous et autour de nous.

Dieu est en nous, il n'est pas sans nous, mais il est plus que nous. (3)

Il est normal de personnifier Dieu et de nous adresser à lui, dans la méditation et la prière, comme s'il était une personne, en lui disant "tu". Mais, si l'on prend cette personnification littéralement, on tombe dans le théisme surnaturel, Dieu devient un être à côté et en plus des autres êtres de l'univers et il s'éloigne de nous.

Il est d'ailleurs peu crédible dans le monde moderne, qu'un tel être existe là-haut. La conception du théisme surnaturel me semble responsable du refus de Dieu par l'athéisme moderne.

Par contre, la conception panenthéiste de Dieu ne génère pas de telles difficultés : un Dieu présent en nous et autour de nous, aussi proche de nous que notre propre souffle. Une religion qui ne consiste pas à croire en un Dieu qui existe ou qui peut-être n'existe pas, mais qui nous fait prendre conscience du Dieu qui est présent en nous.

Marcus Borg

(1) Sur le site "Protestant dans la ville" - traduction Gilles Castelnau (retour)
(2) Professeur de théologie à l'université de l’État d'Oregon, Etats-Unis (retour)
(3) NDLR : rejoint la réflexion bien connue de Marcel Légaut (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Dieu
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