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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 20:18
Michel Fontaine De Dieu à Jésus … itinéraire d'un croyant extraits du chapitre V : Dieu. (1)
Michel Fontaine
LPC n° 22 / 2013

"Il y a, quant à Dieu, une proposition incontestable et une seule :"Dieu" est un mot de la langue française.
Mais si moi-même, ou qui que ce soit d'autre, dit "Dieu", en vérité que dit-il ?
On ne sait pas.
Pourtant le croyant croit qu'il sait ; l'athée aussi : pour nier, il faut savoir ce qu'on nie.
Là-dessus, l'athée et le croyant sont frères."
Le mot "Dieu" pris sans préjugé, renvoie à un confusion prodigieuse"

Maurice Bellet. Dieu, personne ne l'a jamais vu

Croyez-vous en Dieu ?
"Dites-moi d'abord ce que vous entendez par Dieu ; je vous dirai ensuite si j'y crois."

Albert Einstein

"Dieu, personne ne l'a jamais vu", nous dit St Jean

Alors, nous avons créé Dieu à notre image …

Nous avons dit : au commencement était la parole … après que la parole nous soit venue et que nous ayons pris conscience de la force créatrice de la relation.

Nous avons dit : il est éternel … parce que nous avons pris conscience de notre finitude et que nous n'en voulons pas.

Nous avons dit : il est amour, tant nous avons besoin d'être aimés.

Nous avons dit : il est tout-puissant, du fond de notre grande faiblesse et de notre souffrance.

Nous avons dit …

Dans la réussite et la santé, nous le savons bien, l'homme n'a pas besoin de Dieu et l'ignore le plus souvent : il est comblé par le plaisir, le pouvoir, l'argent ou préoccupé par sa réalisation personnelle. C'est dans la souffrance que l'homme 'se tourne vers Dieu' suivant l'expression consacrée. Alors, il le recrée à sa convenance, selon ce qu'il en attend : réussite, guérison, amour.

"Dieu a créé l'homme à son image et l'homme le lui a bien rendu". (Voltaire)

Ainsi avons-nous créé Dieu à l'image de l'homme que nous rêvons d'être, ainsi avons-nous créé le Dieu dont nous avions besoin. […]

La question de Dieu reste ouverte : Dieu, 'c'est qui' ? Ou plutôt, 'c'est quoi' ? Car il m'est impossible, à moi, dans l'ignorance totale où je suis, de dire que Dieu est 'quelqu'un'.

De plus, la question : "Dieu c'est qui ? " est mal posée. La vraie question est : " Dieu, c'est qui, pour moi ? " A cette question, il n'y a que moi qui puisse répondre.

L'Eglise m'a légué une perspective d'humanité tout à fait faussée.

Au centre de cette perspective - dans l'espace comme dans le temps - il y a Dieu, le dieu catho, créateur du ciel et de la terre et grand contrôleur général et particulier jusqu'au moindre cheveu. Il est notre maître, il est tout-puissant, il a un projet pour chacun d'entre nous et nous nous rassemblons tous les dimanches pour l'implorer de 'prendre pitié', de nous 'sauver', d'aider les pauvres à notre place … Dieu est notre 'salut'.

Il me semble qu'au contraire de cette vision 'deo-centriste', c'est l'homme, l'humanité de l'homme qui est première. Il me faut bien partir de la réalité que je perçois et qui me pose question et en faire le centre, la base, le point de départ de mon chemin. Sinon, je décolle tout à fait.

Ma réalité en l'occurrence, c'est moi, ici, maintenant.

A partir de ce centre perceptible et compréhensible qui est moi, qui est mon humanité, je perçois autre chose qui me dépasse et qui me paraît profondément lié au sens même de ma présence sur cette terre, quelque chose qui est en moi, en chacun de nous et autour de nous…

Mais quoi ? Je n'en sais rien.

C'est pour moi une question sans réponse.

Partir de moi m'oblige également à constater que je ne suis pas sauvé. Je ne me sens pas du tout 'sauvé' du mal. Il est là, bien là autour de moi, en moi. Et je ne vois pas non plus que les enfants qui meurent toutes les cinq secondes de la faim soient sauvés.

Et je vois bien aussi l'égoïsme en moi et autour de moi.

Qui peut me tirer de là ?

Il me semble que je ne peux être sauvé que par les hommes et les femmes que je rencontre et qui me permettent de trouver le sens de tout cela, en moi-même.

Le salut, pour moi, c'est de se reconnaître aimable sans avoir à le mériter, sans avoir rien à prouver.

Ce n'est pas de la suffisance ni de la prétention : c'est la certitude d'être aimé tout en étant totalement 'visible', sans avoir rien à cacher de soi.

Ce n'est pas non plus l'indifférence de ce que les autres en pensent : c'est un état de confiance, d'ouverture, de non-peur qui fait qu'on dit de quelqu'un qu'il ou elle est 'bien dans sa peau'.

Cet état de grâce peut advenir très tôt dans une vie humaine, lorsqu'on a la chance d'être 'bien' aimé par ses parents. On le reçoit alors comme un cadeau, sans même s'en rendre compte. On a naturellement cette confiance en soi, ce contact facile avec les autres, cette absence de peurs … Quel cadeau, quelle chance !

Je pense souvent aux parents de Jésus qui lui ont donné cela : quels gens extraordinaires ce devaient être ! Qu'il devait être bon de franchir le seuil de cette maison !

Mais le plus souvent, cette confiance en soi, ce 'salut' intérieur est le résultat d'une conquête difficile, d'une découverte progressive de moi et des mécanismes que j'utilise inconsciemment pour me cacher, du 'lâcher prise' difficile et douloureux de ces paravents, de l'apprentissage de l'amour de soi par la relation à l'autre, bref, de tout un cheminement, du travail de toute une vie.

Certains n'y arrivent jamais.

Ce salut, je peux l'apporter aux autres par le regard que je pose sur eux à partir du moment où je suis moi-même libéré.

De la même manière, je le reçois toujours des autres et surtout dans les relations privilégiées et libératrices que sont l'amour du couple, l'amour des parents ou l'amitié.

Je crois que je ne suis sauvé que par la découverte de la bonté chez l'autre, chez les autres. C'est cette découverte qui éveille la bonté en moi. A ce titre, Jésus - et tous les hommes et les femmes compatissants et aimants - me montrent un chemin de sens et d'unité : ils me sauvent.

Le salut n'est pas quelque chose à espérer pour une vie future. Le salut, c'est ce qui me sauve du non-sens, ici et maintenant. Ainsi le sens, le salut, pour celui qui meurt de faim, c'est la nourriture, pour celui qui meurt de soif, c'est l'eau, pour le voisin qui meurt de solitude, une heure de compagnie.

Dans tous ces cas, le salut n'a rien à voir avec Dieu, ou du moins avec le Dieu qu'on m'a enseigné. Il relève plutôt de ce qu'il y a de plus élevé dans l'homme, de ce que Bernard Feillet appelle 'le divin', cette compassion, cette humanité qui est en moi, en nous.

Qu'on l'appelle Dieu ne me dérange pas.

Mais ma question est toujours là : Dieu pour moi, (c'est qui ?) c'est quoi ?

Je suis sur ce chemin insécurisant et responsabilisant tout à la fois : au début, pour moi, Dieu était 'là-haut'. A cette époque, il a été parfois, mais rarement, une certitude.

Il me semble aujourd'hui qu'Il ne le sera plus jamais.

Dieu est devenu pour moi parfois intuition, souvent question, le plus souvent doute et recherche. L'intuition de Dieu, ce sont pour moi les moments de grâce, ceux où je 'perçois' le Divin. […]

Ainsi en est-il du divin : pressentir la transcendance en moi nécessite un certain vide, un certain temps, une certaine attention sans lesquels je n'entendrai, ne verrai, ne reconnaîtrai pas l'essentiel.

Le Divin est ainsi absent à tous ceux qui courent, s'agitent, font du bruit, à tous ceux qui se pré-occupent …

Hélas, l'Eglise a voulu nommer le Divin. Elle a voulu le dire, elle a voulu être l'intermédiaire incontournable entre le Divin et nous. Ce faisant, elle a éteint les étoiles et je n'entends plus rien de la transcendance ni du Divin dans toutes ces affirmations, ces dogmes, ces rites, cette agitation sans fin qui fait littéralement écran entre le Divin et moi. L'Eglise fait tellement de bruit qu'il me faut bien m'en éloigner un peu pour retrouver le contact, rallumer mes étoiles.

Revenons à Dieu.

Pour mon esprit, mon intelligence, ma faculté de raisonner et de comprendre, Dieu - selon la définition 'nominale' du début -est une aberration. Cela n'existe pas.

Et surtout pas celui qu'on m'a enseigné, celui du Credo.

Mais, comme Obélix, je suis tombé dans la potion magique quand j'étais petit et parfois, je me surprends à y croire, à avoir envie de lui parler et, encore plus vexant, à lui demander des choses… Et alors, paradoxalement, parfois quand ça va très mal ou parfois quand ça va très bien, je me surprends à le prier.

Il existe en moi quelquefois le sentiment puissant d'être devant quelque chose qui me bouleverse et me remplit d'une émotion que je ne puis nommer.

Ce peut être dû à la splendeur d'un coucher de soleil, à l'écoute d'un passage particulièrement émouvant de Bach ou de Beethoven, à un acte d'humanité pure qui se passe devant moi et, tout-à-coup c'est là, en moi, émotion pure, poignante, qui me fait monter les larmes aux yeux.

Présence…

Dieu ? …

En tout cas, si c'est Dieu, c'est du domaine de l'irrationnel, une intuition qui me laisse, non sur ma faim - car à ces moments-là je suis plutôt comblé, meilleur - mais en état de surprise et de questionnement. Dans un état de question fondamental : Qu'est-ce que c'est ? Qui es-tu ? Que me veux-tu ?

Plénitude. Contemplation. Question sans réponse.

Et ce n'est pas le coucher de soleil en lui-même qui me fait question, mais l'émotion qu'il suscite en moi. Et pourquoi un jour et l'autre pas ? Est-ce mon écoute seulement qui est insuffisante ?

En y réfléchissant, je crois bien qu' 'intuition' est le meilleur mot que je trouve pour dire Dieu, parce que c'est quelque chose que je ressens, en dehors de toute démarche intellectuelle, une présence, une émotion en moi que je ne peux définir et qui me dépasse tout à fait.

Je pense que cette intuition est fondamentale, première, à la base même de la question de Dieu en moi. Elle est la source de mon désir, le moteur de ma recherche.

Une autre dimension de cette intuition, c'est que je ne suis pas seul à la ressentir. Une autre dimension de cette question, c'est que je ne suis pas seul à me la poser.

Par elle, je me sens 'relié', partie prenante de la grande aventure humaine qui se joue sur notre terre, ici et maintenant : des millions d'hommes et de femmes font la même expérience, se posent les mêmes questions. C'est bien cette expérience-là qui met les hommes sans cesse en recherche et en route. C'est bien de cela que témoignent les mystiques. C'est bien à cette question-là que les religions se proposent malheureusement de répondre.

Cette expérience-là devrait- me semble-t-il - être le fondement de la fraternité humaine. Reconnaître en l'autre la présence de Dieu, n'est-ce pas reconnaître son humanité, reconnaître en lui un frère ?

Mais les ennuis commencent dès qu'on veut mettre un nom sur ce qui nous arrive, donner des réponses, codifier… alors, de la fraternité que cela devrait susciter, nous en arrivons si vite aux guerres dites 'de religion' que c'est à n'y rien comprendre.

Dieu … question.

Dieu … problème.

Dieu, au coeur de l'homme, au coeur de la guerre.

Croire en l'homme dans cette espérance que l'accomplissement de l'homme sera la révélation de Dieu. Et ne rien prétendre d'autre que de devenir un homme pour que vienne le temps d'éternité où il nous sera enfin possible, en Dieu, de nous aimer nous-mêmes et d'aimer Dieu (2)

Que c'est difficile !

J'ai beaucoup aimé cette définition de Dieu, très féminine, que nous a faite dernièrement Geneviève, une amie : pour elle, comme elle le dit elle-même, "Dieu, c'est l'Amour en moi".

Il me semble que la femme - faite pour accoucher, nourrir, materner - voit plus facilement, plus globalement, plus physiquement Dieu en son sein que l'homme, plus orienté vers l'extérieur, les 'idées' et l'action.

Mais quel apaisement de percevoir Dieu comme cela ! Quelle libération de la peur, quelle ouverture à la confiance et à la liberté ! Quelle force !

Par ailleurs, si Dieu n'existe pas en dehors de cet 'amour en moi', de cette humanité qui est en moi et que je reconnais en chacun de nous, alors, je ne peux plus l'appeler à l'aide. Il ne me reste plus qu'à retrousser mes manches pour le faire vivre et grandir.

Vertige de ma responsabilité !

Michel Fontaine

(1) Extrait du livre "de Dieu à Jésus … itinéraire d'un croyant" de Michel Fontaine. Ed. Shop my Book mars 2013. 200 pages
E-mail : fontaine_bonhomme@scarlet.be Michel Fontaine Thier du Hornay, 31B2 – 4140 Sprimont
Vous pouvez obtenir ce livre en versant directement au compte BE71 7506 5444 0469 de Michel Fontaine 15€ +3€ de port soit 18 € pour la Belgique ou 15€ + 7€ de port = 22€ pour l'Europe, en spécifiant bien l'adresse complète d'expédition. (retour)
(2) Bernard Feillet . L'arbre dans la mer. - p.60 (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Dieu
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