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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 21:32
Dieu Sauveur.
Michel Houbart
LPC n° 8 / 2009

Je voudrais vous faire part d'un article paru sous le titre ci-dessus, de Ghislain LAFONT, dans les Etudes de janvier 2009. C'est un résumé succinct que je vous présente ici, émaillé de longues citations.

Pour ma part jusqu'ici, je m'attachais volontiers à un humanisme marqué par les Evangiles. Le Seigneur Jésus est celui qui donne l'Esprit ; l'Esprit des Béatitudes qui traverse toutes ses relations, si diverses soient-elles, jusqu'à mourir, étant en rupture avec les autorités juives, trop fermées sur elles-mêmes. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une vision théologique positive, qui ouvre des horizons en accord avec la culture contemporaine.

Ghislain LAFONT commence par nous esquisser la théologie qui a prévalu depuis des siècles et imprègne encore bien des mentalités chrétiennes.

Avec le péché commence l'histoire, l'histoire du salut qui nous entraîne, à force de renoncements et de sacrifices, à dépasser le mal en nous et autour de nous, en s'appuyant sur la miséricorde du Père, révélée en Jésus, mort pour nos péchés. En Lui, le salut.

Cette vision biblique a rencontré, dès les débuts de l'Eglise, la culture hellénistique qui a renforcé cette perspective. "Athènes a proposé la vision verticale du monde, le thème hiérarchique, une certaine vision de l'humanité où celui qui connaît et celui qui prie ont le pas sur ceux, plus nombreux, qui guerroient ou travaillent la terre, en attendant que tous retournent à leur Créateur. Appréciation plutôt négative de ce monde d'ici-bas, au regard de celui d'en Haut, seul objet d'un sain désir". De plus, cette aventure du salut se vit dans un climat menaçant selon l'axiome : "Hors de l'Eglise, point de salut". L'enfer n'est jamais loin ; il est en tout cas réservé aux païens, disait-on couramment.

Depuis un siècle, la science a dilaté l'espace-temps dans des proportions inimaginables : l'infiniment grand, l'infiniment petit, un passé de 14 milliards d'années, un Univers en expansion continue. De l'évolution, l'auteur retient particulièrement l'expérience de la rupture ; dans l'histoire du devenir, chacun des moments cruciaux implique une rupture, le surgissement de quelque chose de radicalement neuf et d'imprévisible. Au coeur de cet Univers, l'homme se découvre fragile, comme un roseau, mais un "roseau pensant" selon le mot de Pascal.

"L'aventure vraie de l'espace-temps, c'est lui qui la reconstitue, nulle révélation n'est venue pour le lui dire. C'est en transformant le Cosmos qu'il le comprend et réciproquement, c'est en le saisissant qu'il affine sa propre image de soi. En ce sens, l'homme a quelque chose de transcendant au flux qu'il analyse et restitue dans sa vérité".

La science ouvre des horizons totalement nouveaux : l'évolution et la lente apparition de l'humain, l'expansion indéfinie de l'Univers nous font entrevoir une dynamique qui bouscule nos approches antérieures. "AVANT d'être réparation d'un mal, le salut serait la construction d'un bien : la communion de tout le réel en Christ ressuscité avec le Père créateur. Alors que dans la perspective ancienne, le péché était au centre de la systématisation, parce que seul le péché faisait l'histoire, il lui faut aujourd'hui prendre une place plus discrète". Envisagée de manière exclusive, cette perspective a enfermé la chrétienté dans un processus étroit et pour une part déshumanisant.

Pour mieux comprendre cette dynamique nouvelle qui va vers le Christ ressuscité, on peut considérer ici la rupture spécifique qui advient à l'homme, à la suite de tant d'autres dans le temps. "J'aimerais la définir en me référant aux deux commandements de Dieu dans les récits de la Genèse".

"Le premier commandement, « croissez et multipliez-vous ; remplissez la terre et soumettez-la » libère en l'homme le jeu des processus naturels, mais aussi l'intelligence qu'il en prend et les transformations illimitées qu'il peut réaliser (et dont nous voyons aujourd'hui jusqu'où elles peuvent aller). Ce commandement va dans le sens de la nouveauté humaine et de son désir illimité.

Le second commandement « de l'arbre qui est au milieu du jardin, tu ne mangeras pas, sinon tu mourras » est au contraire restrictif et négatif. Il interdit un domaine de connaissance et de domination et, ce faisant, il frustre doublement l'horizon ouvert par le premier : d'une part parce qu'il restreint le don à peine fait, même si c'est apparemment de peu, de l'autre, il ne fournit aucune justification qui permettrait de comprendre son pourquoi".

"Puisqu'il n'y a pas d'explication intelligible, il ne peut y avoir que la confiance : j'obéis à un commandement, parce que je me fie à celui qui me le donne. Il apparaît alors que, loin d'être diminué par ce précepte, l'homme est invité à un approfondissement ; il pouvait dominer la terre, il lui revient maintenant de reconnaître Dieu au-delà de ses dons, de fonder la véracité du commandement sur la Parole que Dieu lui adresse et non sur une intelligibilité directe".

"Autrement dit, l'homme est invité à entrer en relation et toute relation demande la confiance, et, au-delà, la recherche indéfinie du mystère de l'Autre ; il est donc invité à la communion avec la personne de Dieu au-delà des pourquoi et des comment… Le premier commandement demande une mise en oeuvre ; le second demande une réponse à celui qui interpelle."

"On peut exprimer ces deux commandements autrement : en considérant symboliquement les organes de nos sens. La bouche est là pour manger et boire ; mais aussi pour parler et embrasser. La main est là pour saisir et travailler, mais aussi pour être donnée à la main d'un autre et l'embrasser. Le nez est là pour respirer, mais aussi pour sentir la réalité alentour. L'oreille écoute toutes sortes de bruits, certes, mais surtout la parole qui lui est adressée. Et comme on ne peut pas faire deux choses à la fois, par exemple manger et parler, il faut continuellement faire des choix, mortifier quelque peu l'appétit de la nourriture pour s'adresser à un vis-à-vis".

"Si par hasard la confiance en la parole de l'autre est refusée, si le désir de comprendre, de produire, de consommer, occupe toute la place, alors l'espace de communion ne peut advenir et le réel va se développer unilatéralement dans le sens du premier commandement seul ; un développement incontrôlé sous le signe de l'individualité et du « toujours plus » s'étend aux dépens de la communion fondée sur la confiance réciproque qui correspond, elle aussi, au désir profond de l'homme".

Concrètement, l'auteur cite l'exemple de la mobilité. L'intelligence humaine s'est ingéniée à produire des voitures en quantité presqu'illimitée et nous assistons dans nos villes à des embouteillages sans fin de voitures de quatre places occupées par un seul individu : ce qui paralyse les transports en commun qui répondent aux besoins du plus grand nombre. Le bien de tous, l'intérêt commun n'est pas rencontré et l'on se trouve même dans l'impasse de ne pas pouvoir transformer le système, sans mettre au chômage un très grand nombre de travailleurs.

Ainsi on saisit mieux l'importance de l'équilibre à chercher sans cesse entre la conception, la mise en oeuvre et, d'autre part, le dialogue et le souci du bien commun : "toute l'histoire de la civilisation depuis les origines est celle d'un désajustement entre la capacité intellectuelle, théorique et pratique, des hommes et l'écoute de la parole et des besoins des autres. Le « salut », ce serait d'une part que l'on puisse réparer les dommages qui ont été le fruit de ce désajustement et en ce qui concerne l'avenir, qu'on continue certes à faire des recherches, à imaginer, à inventer, mais en dialogue. Cela signifierait concrètement renoncer en partie à ce qui serait un bien, le mien ou le nôtre, tant qu'un accord ne serait pas trouvé moyennant discussion et dialogue, sur ce qui serait le bien de tous. Accorder ces deux dynamiques de la mise en oeuvre du dialogue : ce serait cela, le salut, mais l'expérience est là pour nous dire que nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes".

Notre foi nous dit que Dieu a instauré dès l'origine un dialogue avec l'homme qui s'est développé à travers de multiples alliances ; ce dialogue s'est accompli en Jésus, tout à l'écoute du Père et des hommes, quels qu'ils soient. Cette écoute lui a imposé des choix et des renoncements, finalement la mort : ce qui a permis l'avènement du Ressuscité dans la gloire.

"Ce que peut faire Dieu et ce en quoi il nous sauve, c'est alors d'inspirer aux hommes de le pressentir, Lui, et d'esquisser en nous une écoute. De porter le regard sur le Christ et d'accueillir son mystère. De faire attention les uns aux autres, d'écouter la parole humaine qui leur est adressée et de prononcer la leur dans l'attente d'une écoute réciproque. De proposer le courage nécessaire au renoncement à un bien particulier pour qu'advienne mieux le bien de tous. D'entreprendre eux-mêmes le peu qu'ils peuvent faire pour corriger une situation défaillante. De donner le courage, de porter pour sa petite part le péché du monde, c'est-à-dire la somme des défaillances dans l'écoute qui sont traduites par les situations inextricables dans lesquelles on se débat aujourd'hui. Le salut, ce serait peut-être quelque chose comme cela".

Michel Houbart

Published by Libre pensée chrétienne - dans Dieu
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