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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 11:09
Editorial
Herman Van den Meersschaut
LPC n° 14 / 2011

« Ce qui a rendu possible la foi des quatre mille ans de croyants qui nous ont précédés, cela ne va-t-il pas rendre impossible la foi pour l'humanité des temps à venir ? » (1)

C'est la question que Bernard Feillet soulève avec « crainte et tremblement » tant il lui semble prétentieux de poser une question qui atteint le fondement des religions.

Mais, est-ce vraiment prétentieux de constater que la connaissance que nous avons aujourd'hui de l'univers ne nous permet plus d'adhérer à des théologies basées sur la conception millénaire d'un univers à deux étages : la terre, monde des hommes et le ciel, celui de Dieu. Tout était basé sur cette relation entre le très-bas et le très-haut.

Notre langage quotidien en est encore aujourd'hui tout imprégné.

Il nous faut bien prendre conscience du changement radical que nous impose notre perception actuelle de l'univers.

Si nous voulons rendre l'essentiel du message chrétien accessible à nos contemporains, il nous faut évidemment sortir complètement de ce schéma archaïque, mais aussi faire notre deuil d'un certain nombre d'illusions que celui-ci a générées, afin d'entrer dans un autre âge, plus mature sans doute.

Dans une étude serrée, Alain Dupuis nous propose une analyse décoiffante de ces "illusions" qui ont bercé et rassuré des générations de penseurs et de croyants et sur lesquelles se sont appuyées les religions pour légitimer leur pouvoir.

Ce que ces penseurs ont exprimé dans leurs Ecritures n'en reste pas moins le fruit sincère de l'expérience qu'ils ont faite, à leur époque et dans leur vie, de ce quelque chose d'essentiel qui les dépassait. En cela, bien sûr, ils nous restent très proches.

Un autre christianisme est-il donc possible ?

Oui, nous dit Roger Leenaers dans un livre dont nous vous présentons la préface écrite par Edouard Mairlot (2) et qui revoit systématiquement toute la copie du message chrétien.

Car il s'agit bien de revoir notre antique copie, de remettre tout à plat, barrer ce qui ne vaut plus pour nous, et retenir l'essentiel qui s'en dégage et peut donner sens à nos vies d'hommes modernes.

Cela suppose une véritable métanoia, une toute autre manière de penser, car plus rien ne sera comme avant et cela n'est pas facile.

Un exemple parmi d'autres : passer de l'affirmation d'un Dieu extérieur tout-puissant à l'humble questionnement sur le mystère du divin en l'homme, s'avère une démarche périlleuse que d'aucuns redoutent. Si le ciel est vide, qui prier alors ? A qui s'adresser ? Peut-on encore prier ? À qui rendre un culte ? Cela ne remet-t-il pas en question toute la panoplie des rites et des usages liturgiques ?

Cependant, si nous voulons rester cohérents avec notre vision contemporaine, il nous faut, tôt ou tard, quitter les certitudes sécurisantes mais illusoires distillées par les religions et entreprendre notre traversée personnelle afin d'expérimenter, au fond de notre être, ce « plus grand qui nous habite » sans trop savoir où il nous mènera.

C'est ce que nous tentons humblement de faire depuis vingt ans dans notre revue et nos rencontres mensuelles.

Herman Van den Meersschaut

(1) "L'étincelle du divin". - Bernard Feillet – page 67. (retour)
(2) "Un autre christianisme est possible". - Leenaers Roger. (retour)

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