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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 13:20
Editorial
Herman Van den Meersschaut
LPC n° 21 / 2013

Le printemps semble enfin pointer le bout de son nez !

Profitons-en pour faire un peu de botanique, voulez-vous ?

Lorsque l'on observe la coupe d'un tronc d'arbre, on peut, grâce à des cercles successifs, y découvrir son âge. Au centre du tronc, se trouve le bois dur, la vieille structure.

Sur le pourtour on distingue, s'appuyant au tronc et protégée par l'écorce, une substance plus claire, plus souple, gorgée de sève montante: c'est l'aubier, la partie vivante de l'arbre.

C'est là que se forme son avenir. Il évolue autour de la vieille structure très résistante, mais la nouvelle vie est dans l'aubier.

L'aubier est une marge. Toute vie, toute création ne naît-elle pas dans cette marge, entre le passé qui la soutient, dont elle hérite, et l'avenir qu'elle va inventer ?

Ainsi, aujourd'hui, c'est sur les marges de la foi que se développe et s'intensifie la recherche spirituelle, là où règne une féconde incertitude, comme dans les pages de la « Libre pensée chrétienne », par exemple.

C'est sur les marges des vieilles structures de leurs héritages religieux respectifs que se situent les personnes que nous accueillons dans ce numéro.

Bernard Feillet nous invite à beaucoup de modestie dans toute évocation du divin, nous rappelant que nous ne disons jamais Dieu en soi, mais que, habités du désir de Dieu, nous tentons de l'évoquer en nous et entre nous.

Jésus, libre penseur juif, a lui aussi, vécu en marge du judaïsme de son temps, nous rappellent Luc Bossus et Jacques Musset. Il a expérimenté cette proximité de Dieu, en la partageant avec les marginaux, ceux qui ne comptaient pas: les femmes, les enfants, les malades…

Dieu ne peut être que dans ce qui nous humanise; ce n'est que là qu'on le rencontre réellement.

Jésus nous invite donc à évaluer le poids de nos existences à l'aune de notre disponibilité à servir autrui et particulièrement ceux qui sont éprouvés par la vie.

On sait ce qui est advenu de Jésus « après Jésus ». Gérard Bessière nous évoque les multiples portraits de « Christs » qu'on a faits de lui et qui sont autant de trahisons de l'humble rabbi de Nazareth. Sa divinisation n'en a-t-elle pas fait le centre du culte chrétien et paradoxalement, rendu absolu ce que Jésus lui-même avait relativisé, comme le pouvoir, le sabbat, le culte, le temple ?

Henri Huysegoms nous confie que pour Edmond Pezet, prêtre catholique bouddhiste en Thaïlande, l'essentiel n'est pas: qui est l'Etre absolu à rejoindre ? Mais quelle est l'attitude idéale, l'attitude intérieure de l'homme éveillé: le détachement, le renoncement. Une mise à distance de l'ego, souligne Hyacinthe Vulliez.

Notre société, dont nous sommes acteurs, n'est-elle pas trop souvent comme le bois dur de l'arbre, figée, prisonnière de sa logique de rentabilité à tout prix, gaspillant ses forces dans une course à la croissance, à la puissance sans limite au détriment de ses pousses les plus faibles ?

Ce qui rejoint l'étonnante interpellation du philosophe français musulman d'Abdennour Bidar. Si, pour lui, le concept de sortie des religions est une évolution inéluctable et souhaitable, ce qui est catastrophique est que les hommes semblent n'avoir « remplacé les dieux que par le pire d'une surpuissance incontrôlable qui écrase tout sur son passage, la nature et les hommes » Mais il croit qu'un changement radical de société est possible. Alain Dupuis nous invite à découvrir son analyse et ses surprenantes propositions. Utopiste ? Peut-être ? Jésus ne l'était-il pas ?

En tout cas, le destin de Dieu et de l'humanité semblent bien être entre les mains des hommes de la marge !

Herman Van den Meersschaut

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