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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:19

"Si chacun osait dire sa petite vérité de sa propre voix, écrivait Jean Sulivan, alors beaucoup entendraient la vérité qui sommeille en leur coeur, la même et différente."   Je l'ai maintes fois vérifié en moi-même et chez autrui et je l'expérimente toujours : la parole d'un être qui s'efforce d'être vrai et authentique, cette parole qui vient du plus intime, enracinée dans la réalité de son vécu et passée au laminoir des crises de l'existence, rejoint les profondeurs de son vis-à-vis, si ce dernier s'exerce de son côté à vivre dans la présence à lui-même.  Et il n'est pas besoin entre humains de se fréquenter de longue date pour éprouver cette connivence intérieure.  C'est à ce niveau que les êtres humains expérimentent entre eux une véritable communion et non pas en se contentant de professer d'une même voix des doctrines qui leur viennent  de l'extérieur.  Nécessaires sans doute au point de départ de l'aventure spirituelle, elles peuvent devenir des paravents voire des poisons si on les sacralise, sans se les approprier personnellement et sans les réinterpréter.  Car le chemin  de  chacun ne peut être que particulier.  C'est donc à travers la singularité des voies suivies par les uns et les autres qu'il est possible de percevoir ce je-ne-sais-quoi qui nous anime en commun, au coeur et au-delà de toutes les différences d'itinéraires, de culture, de religion ou d'absence de religion, de lieux et d'époques et que " les hommes divers nomment de divers noms" selon la belle expression de Lanza del Vasto.  Car il faut bien balbutier l'Indicible à travers nos pauvres représentations contingentes, sans jamais oublier qu'elles sont relatives.[...] 

L'essentiel est que la parole de chacun, issue de ses profondeurs et enracinée dans l'épaisseur de sa vie, soit offerte et partagée d'une manière ou d'une autre et qu'elle continue à ricocher d'une conscience à une autre.  Ces échos d'humanité qui se propagent souvent silencieusement d'être à être, ne serait-ce pas le sel de la terre qui empêche notre monde de s'affadir ?  Ne serait-ce pas en définitive pour cette raison que notre humanité si fragile, si vulnérable, si improbable, si menacée, ne s'écroule pas mais " re-suscite" jour après jour, loin du feu des rampes sans doute mais d'une manière infiniment plus réelle qu'on peut l'imaginer et le soupçonner ?

 

Jacques Musset  "Une vie en chemin" Ed. Siloë ( pp.17-18 Noël 2006)

Published by Libre pensée chrétienne - dans Articles
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