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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 09:24
Foi et Croyance. Une interrogation personnelle.
Michel Fortun
LPC n° 4 / 2008

Tous ces dogmes et doctrines que les responsables religieux m'ont enseignés et auxquels j'adhérais, tout cela était-il la foi ? Il y avait là pour moi une question fondamentale.

Pourquoi de fait, faisais-je cet amalgame dans ma tête ? Pourquoi cette confusion ? Foi et croyance est-ce vraiment identique ?

La croyance, ce ne pouvait être que de l'ordre du raisonnement, de la réflexion, j'adhère à ceci et pas à cela. Nos croyances engagent notre appartenance à une terre, à une culture, aux diktats d'une communauté religieuse qui, au cours des siècles, a érigé par la seule réflexion, un corps de doctrines qui n'a cessé de se construire et d'évoluer.

Toutes les religions sont œuvres humaines. Dieu n'a créé aucune religion et il n'est intervenu auprès d'aucune d'entre elles pour lui demander d'enseigner ce qui était à croire et ce qui était à faire. Ceci ne peut relever que de la responsabilité de l'homme parce que les religions lui appartiennent. Et c'est d'autant plus vrai que, pour les chrétiens par exemple, Jésus n'a jamais su ce qu'était le christianisme. Jésus était juif, il a vécu comme un juif pieux et il est mort juif. Ce n'est que vingt ans après la mort de Jésus que Paul de Tarse et Jean lanceront les bases d'une religion qui ne se nommera « christianisme » qu'au début du IIème siècle !

Et je continuais ma réflexion. Si la croyance est de l'ordre du raisonnement, la foi m'apparaissait tout autre chose. Avec la foi, il n'y a rien à croire, il y a tout à être.

La foi est de l'ordre de l'alliance, comme dans un couple. Avec la foi, ça vibre en soi, tout notre être vibre librement, c'est une contemplation, une expérience, une pratique.

La foi est de l'ordre de l'amour, un amour qui se porte sur Quelqu'un, ou pour d'autres sur une Réalité Ultime, découverte au tréfonds de soi. La foi est de l'ordre de l'intimement « éprouvé ». Il s'agit de vibrer à une dimension qui en nous, nous dépasse.

Si bien que j'ai pris conscience que j'avais, comme à peu près tout le monde, un « vêtement religieux », toutes ces croyances que j'avais reçues de mes traditions. C'était un « vêtement » confectionné par des hommes, donc qui était tout à fait relatif. J'aurais pu en avoir un autre si j'étais né ailleurs, dans un autre contexte culturel, sur une autre terre. En effet, pour la majorité des croyants, reconnaissons-le, un enfant né de parents juifs, chrétiens ou musulmans grandit dans les croyances et les traditions de la religion de sa famille. Et chacun d'entre eux va étudier la religion de ses pères et de sa terre, dans les structures offertes par sa communauté. Il y a pour cela les synagogues, les mosquées, les églises et les temples. Là on y conforte les croyances de son milieu, on s'inscrit progressivement dans l'héritage de sa famille, de son milieu, de sa terre. Il s'agit d'épouser le territoire culturel et religieux qui est le sien.

Les croyances appartiennent donc à une terre, à une culture, à une histoire. Il y a comme un terreau géographique et culturel d'où surgit telle ou telle croyance. La transmission sociologique de la religion va de soi. A peu près pour tout le monde, on naît chrétien, on naît juif, on naît musulman. Si bien que moi qui suis chrétien aujourd'hui, si j'étais né en terre musulmane, je serais musulman et Jésus pour moi, ne serait pas Dieu. De même, toi qui es juif aujourd'hui, si tu étais né en terre chrétienne, tu serais chrétien et, pour toi, le Messie serait déjà venu en la personne de Jésus, tu n'aurais plus à l'attendre.

Nos croyances sont donc très relatives, relatives à la famille dans laquelle nous sommes nés, à la terre qui nous a portés, à la culture qui nous a façonnés. Ce « vêtement » représente donc un corps de doctrines différent selon notre appartenance à telle ou telle religion du Livre et ces différences de croyances sont énormes. Chaque communauté religieuse a son corps de doctrines, enseigné comme étant la vérité. C'est sa religion qui est la bonne, la vraie. C'est elle qui sauve et non celle d'à côté. Chez les catholiques on dit : « Hors de l'Eglise, pas de salut ».

Et les différences de croyances sont profondes entre les religions du Livre.

Ne demandez pas à un juif de croire à la divinité de Jésus, Fils de Dieu et Dieu comme son Père. Ce serait un blasphème. Ce serait abjurer sa propre foi. Ce serait rompre avec tout un héritage multiséculaire et encourir le risque de ne pas être sauvé.

Ne demandez pas à un chrétien de croire que Jésus n'est qu'un prophète, grand peut-être mais pas Dieu. Lui demander de ne pas croire à la Sainte Trinité, Père, Fils et Esprit, de ne pas croire à Marie, Mère de Dieu, ce seraient là autant d'hérésies. S'il abjurait tout cela, pourrait-il prétendre au Salut ?

Dans ce contexte culturel et sociologique, les croyants ont été dispensés de chercher Dieu. On les a même parfois invités à ne pas s'interroger sur le contenu de leur foi mais bien plutôt à se réfugier dans une adhésion docile à ce qui leur était enseigné. Ils n'ont eu qu'à se glisser dans les grandes vérités mises à jour par leurs théologiens. Là, désormais, est leur foi. Dieu n'est plus un mystère pour les fidèles, Dieu est bien « défini ». Il est révélé, étalé, « à portée de main », sous les yeux du croyant. Il est devenu toutes ces choses dites sur Dieu auxquelles adhère le fidèle et par cette foi, il trouve une stabilité mentale, un certain confort intérieur et il est persuadé ainsi d'accéder au Salut.

Les croyants de chacune de ces grandes religions monothéistes invoquent le Dieu forgé par leurs instances supérieures. C'est le Dieu version dogmatique, forgé par les hommes. Les responsables de ces communautés, prêtres, rabbins, imams, présentent à leurs fidèles le « prêt-à-porter » de la pensée et du sentiment religieux, le « prêt-à-croire ». Une vérité nous est toute préparée et nous ne sommes en rien invités à découvrir, dans l'intime de nous-même, une certaine présence de l'Inconnaissable.

Par souci d'authenticité, ne faut-il pas s'interroger sur notre « vêtement religieux » ?

Faut-il continuer à n'être que le « porte-manteau » des croyances de nos pères pour les transmettre à nos générations futures ou bien ne devons-nous pas, par souci d'authenticité, nous interroger sur ces croyances qui nous posent véritablement question, parce qu'elles ne tiennent pas compte de ce qui est évident aujourd'hui ?

Pouvons-nous continuer à dorloter une religion fermée aux données de la raison ? Cette façon de faire ne mettrait-elle pas en place, à la longue, une foi aveugle qui favoriserait le sectarisme et le communautarisme, ces dérives que nous pouvons constater, ici ou là, dans notre monde d'aujourd'hui ?

Ce « vêtement » n'est pas sans influer sur notre foi, c'est-à-dire sur notre « façon d'aimer », d'aimer les hommes et Dieu. Si la structure de notre foi, c'est-à-dire la manière d'aimer les hommes et Dieu, dépend pour une part de nos croyances, j'ai à m'interroger sur ce « vêtement religieux » que j'ai reçu. Ne conserve-t-il pas quelque part dans l'une de ses « doublures » certaines croyances difficilement conciliables avec ce que nous apprennent les sciences tant profanes que religieuses de notre temps ?

Ces croyances ne me font-elles pas aimer les hommes et Dieu d'une façon incorrecte, d'une façon qui, en définitive, ne sert ni l'homme ni Dieu ?

Faut-il continuer à n'être que le « porte-manteau » des croyances de nos pères, pour les transmettre à nos générations futures ou bien devons-nous, par souci d'authenticité, nous interroger sur ces croyances qui aujourd'hui posent de vraies questions ?

Michel Fortun

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