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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 15:42
L'expérience spirituelle.
Christian Bassine
LPC n° 3 / 2008

Il est important d'expliquer et de comprendre en quoi et comment la vie religieuse n'est possible que vécue comme expérience spirituelle plutôt que comme possession d'un savoir sur Dieu ou toute autre notion théologique, ou plutôt que comme une haute morale scrupuleusement respectée.

Certes, comme chrétien, ne rien savoir de l'Ecriture n'est pas un avantage pour accéder à la vie spirituelle, mais la connaître à fond n'est pas non plus une condition sine qua non, car savoir et connaître ne sont pas suffisants pour tenter d'atteindre une vie intérieure qui concourt à l'accomplissement humain. L'histoire de l'Eglise catholique notamment démontre que les docteurs les plus compétents en science religieuse, théologie, exégèse, etc. n'ont pas été en leurs vies les plus imprégnés de valeurs évangéliques et du respect de la vie, le monde laïc d'aujourd'hui dirait d'humanisme.

C'est que la vie spirituelle est faite d'intuitions, de créativité personnelle singulière, elle est en quelque sorte comme une œuvre d'art qui ne peut être reproduite de manière automatique, elle est le pur fruit d'une découverte dynamique, comme un dialogue en cours dont nul ne peut prédire le chemin ni l'aboutissement. En cette voie très étroite, on ne peut échapper par moments à la solitude absolue, à la sécheresse, à l'éprouvante sensation d'échec irrémédiable, au vertige devant l'inconnaissable. Une grande gratuité (ce mot vient de « grâce» !) inonde, on ne sait pourquoi, la vie spirituelle authentique.

L'expérience spirituelle est un fruit, elle n'est pas l'aboutissement d'un projet car elle se nourrit des éléments concrets d'une vie d'homme ou de femme, de ses rencontres, des réponses que chaque vie consent à donner aux appels qui montent en elle, à l'heure qui convient au degré de maturité atteint par la personne. On peut être aidé par un guide spirituel à trouver les réponses et à faire les choix les plus adaptés pour progresser dans son propre accomplissement, mais on ne peut pas confier la direction de sa conscience à un spécialiste, si savant et dévoué fut-il. On ne peut pas s'exonérer de sa responsabilité au nom d'une obéissance mal comprise ou abusivement imposée. L'être humain est seul devant sa destinée spirituelle, comme devant son existence et sa mort.

La pastorale religieuse continuerait de faire fausse route en multipliant les homélies savantes ou même vulgarisatrices, si elle n'invitait pas ses fidèles à entrer peu à peu dans le domaine de la vie intérieure, à faire une lecture spirituelle personnelle de l'Ecriture, et en cessant de n'avoir en vue qu'une morale dont la fonction réelle est simplement de rendre possible l'accès aux intuitions spirituelles. Or, trop souvent, on considère comme un aboutissement suffisant de respecter les règles morales, comme s'il suffisait de respecter les règles du football et les décisions de l'arbitre pour faire un beau match !

Plus qu'à un roman, l'expérience spirituelle s’apparente à la création d'une pièce de théâtre, avec les aléas incontournables que comporteront le jeu des acteurs autant que la réceptivité des spectateurs. Elle ressemble plus à l'exécution d'un concert qu'à une partition musicale exemplaire : elle se meut dans la vie et le concret, sans cesse en devenir, animée par l'esprit et le cœur du sujet, par moments insaisissable comme l'écho d'une note et d'un accord que l'on voudrait sans fin.

Christian Bassine

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