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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 13:33
bateau lpc Lc 6, 7-36. - L'amour pour les ennemis.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 9 / 2010

La lecture en Luc 6, 7-36 concernant "L'amour pour les ennemis" suscite en nous une grande perplexité.

Si le verset 31 "faites pour les autres exactement ce que vous voulez qu'ils fassent pour vous" est reconnu comme la règle d'or, le commandement universel que l'on retrouve dans la Bible (Tb 4, 15), mais aussi dans toutes les cultures antiques et dans la Déclaration des droits de l'homme, les autres versets nous posent question. Dire "Aimez, faites du bien, bénissez vos ennemis" nous semble normalement impossible. On ne retrouve ce commandement dans aucune autre tradition. Les juifs pratiquaient la loi du talion "oeil pour oeil, dent pour dent" (Ex 21, 24). C'était déjà un progrès considérable par rapport à la vengeance pure et dure, mais la loi du talion acceptait tout de même la vengeance ainsi que la rancune et l'agressivité qui l'accompagnent. Jésus va plus loin, il récuse la loi du talion pour inviter ses disciples à pardonner à leurs ennemis !

C'est avec beaucoup de sincérité que chacun partage son ressenti :

  • Ce qui est demandé là est normalement impossible, c'est un idéal qui va à l'encontre de réactions normales ; je peux chercher des circonstances atténuantes à mes ennemis, mais de là, à les aimer ?!
  • Je cherche le mot ennemi, je ne vois pas qui est mon ennemi. On peut m'avoir fait des sales coups, mais derrière ces actes malveillants, je vois l'homme qui est en difficulté et je peux aller vers lui en cas de coup dur. J'ai voulu assister aux funérailles de l'épouse d'un homme qui m'avait fait du mal.
  • C'est beaucoup plus douloureux et dur à accepter quand c'est un autre chrétien qui nous fait du mal !
  • Présenter l'autre joue, c'est trop demander !
  • C'est beaucoup plus difficile de pardonner à quelqu'un qui a manipulé un de vos proches pour qu'à son tour il vous fasse du mal.
  • Nulle part ailleurs on dit : "Aimez vos ennemis" ; c'est un commandement inouï et impossible !
  • Je m'étonne du verset 30, si quelqu'un prend ce qui m'appartient, j'appelle cela du vol !
  • Avoir un sentiment d'amour pour ses ennemis cela me paraît inhumain et pourrait conduire au masochisme.
  • Le mot "aimer" ne convient pas pour ce texte, il devrait être remplacé par le mot "respecter" ou "ne faites pas de mal à votre ennemi".
  • Le système économique actuel est tout à fait différent du verset 34, nous sommes captifs d'un système capitaliste.
  • Ce texte a été écrit aux temps des persécutions ; les ennemis de la jeune église, c'étaient leurs persécuteurs.
  • Jésus, comme les évangélistes, était persuadé que la fin des temps était proche. Il est plus facile de se laisser bafouer, de tendre l'autre joue, quand on n'a plus rien à perdre et que la vie s'arrête demain.
  • Que deviendrait une société qui prendrait ces paroles comme règles de vie commune ? Toutes les violences permettraient aux plus forts d'asservir les plus faibles !
  • Tout l'évangile n'est pas de cette eau-là. Jésus maudit ceux qui l'ont ignoré. Il les reniera devant le Père (Mt 10, 32-34 ; 12, 32). Il dit aussi "N'allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur terre" et aussi "On aura pour ennemis les gens de sa propre maison" (Mt 10, 34-36).
  • Jésus, au cours de son procès, n'a pas tendu l'autre joue, mais il a protesté calmement et dignement en disant : "Si j'ai mal parlé, montre-moi en quoi et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?" (Jn 18, 23).
  • Jésus est bon, il n'est jamais bonasse ou mou. Le pardon est un acte de force, non de faiblesse. Dans les familles, les relations, je pense que le pardon doit recevoir une réponse de celui à qui l'on pardonne pour se réaliser. Le pardon ne doit pas dispenser le coupable de rembourser sa dette (s'il le peut) ou d'effectuer sa peine.
  • Jésus est extrêmement positif, par contre le sentiment de vengeance détruit le bien-être, la paix intérieure.
  • Le pardon que j'ai pu donner m'a apporté une grande paix ; pour son propre bien-être, il est bon de pardonner.
  • La rancune, le désir de vengeance nous détruit. En donnant son pardon, on se sent grandir, mais il faut pouvoir le faire !!! On a du plaisir à penser à la vengeance ; le pardon c'est plus difficile, mais plus bénéfique.
  • Il est plus difficile de pardonner à quelqu'un qui nous a fait du mal personnellement.
  • Jésus a raison de proposer le pardon, c'est une attitude positive, payante à long terme mais je ne me sens pas à la hauteur du pardon.
  • C'est difficile de pardonner et d'aimer, car il y a une gradation dans la gravité du mal qui nous est fait ; c'est déjà bien d'essayer de comprendre et de ne pas juger.
  • Gandhi lui aussi traite de la non-violence verbale et physique. Pour lui, la seule réponse efficace à la violence est la non-violence, car la violence appelle la violence.
  • Gandhi, en se montrant vulnérable et empathique, détruit l'agressivité qui est en l'autre, mais on ne peut pas en faire une généralité.
  • Comme les bouddhistes, en vivant la compassion universelle, en pardonnant à ceux qui nous font du mal, je témoigne que Dieu est là au coeur de notre monde marqué par le rejet de l'autre et par le mépris de celui qui est différent. Lorsque je vis ce sentiment de pardon et d'amour, aussitôt une paix profonde m'envahit, je me sens heureux et, c'est peut-être cela la paix du Christ que l'on se donne dans l'Eucharistie.
  • Jésus aux versets 32-34 bouscule la tradition juive en mettant dans la même catégorie les justes et les pécheurs. En effet, même les pécheurs, rejetés, regardés comme impurs font comme les justes. Jésus brise les castes enfermantes et reconnaît du bien dans les pécheurs.
  • Quels que soient les actes qu'un humain ait faits, à la fin de sa vie, il reste quelque chose de lui et qui n'est pas que de lui, qui doit être respecté. Ce sont les actes qui sont condamnables.
  • Daniel Rops disait dans un livre : "Jésus était capable de découvrir au fond de l'être humain le gramme d'or qui était perdu dans un océan de boue."
  • Ce péricope se situe juste après les Béatitudes et ces versets sont encore des béatitudes. Ce ne sont pas des commandements qui prescrivent des actes précis, mais qui indiquent plutôt des dispositions intérieures, un climat du coeur, un esprit.
  • Jésus est venu apporter une nouvelle image de Dieu, et la caractéristique de ce Dieu, est d'être une source débordante de bonté. Dieu, la source de la vie, ne se laisse pas influencer par la méchanceté de son vis-à-vis. La grande nouveauté de l'évangile n'est pas que Dieu est source de bonté, mais que moi aussi, je peux et dois agir à son image.
  • Si l'homme parvient à remplacer son agressivité instinctive par l'amour de tout homme, un monde nouveau commence, un peuple de Fils de Dieu (v. 35) car Dieu est bon pour les pécheurs.
  • "Aimez vos ennemis" c'est une invitation à pratiquer la fine pointe de l'amour, l'amour dépassement.
  • "Aimez ses ennemis", c'est adhérer à quelque chose qui nous dépasse, qui est plus grand que nous, c'est écouter notre source, notre origine, ce quelque chose qui est de nous mais pas que de nous.

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

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