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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 16:00
Le Christ philosophe de Frédéric Lenoir
Christian Bassine
LPC n° 2 / 2008

Cet ouvrage de Frédéric Lenoir (Editions Plon 2007, 300 pages) rencontre en ces jours un grand succès, comme aujourd'hui tout ce qui touche aux questions religieuses ou philosophiques. Le développement de la culture amène bien des gens à souhaiter se faire une opinion personnelle quant au sens à donner à la vie, et plus particulièrement à leur propre vie. Le christianisme culturel et sociologique occupant encore largement l'espace européen pose donc des questions auxquelles l'institution ecclésiale ne répond plus, faute d'avoir adapté son langage à la modernité. Ayant ainsi perdu une partie de son crédit, c'est aux laïcs éveillés que revient de poser les problèmes contemporains, ce que l'auteur fait en philosophe.

L'auteur commence par poser le décor où Jésus est né, son histoire et sa philosophie, car il n'a jamais envisagé de créer une religion. Les pages les plus intéressantes concernent les débuts de l'Eglise, son histoire qu'à vrai dire peu de gens connaissent, faute d'avoir été enseignée ou d'avoir revêtu trop souvent des allures de légende ou de contes merveilleux éloignés des réalités humaines. En fait les aléas de l'Eglise naissante ont marqué profondément et durablement celle-ci, en particulier les dogmes fondateurs de la doctrine issus de conciles mouvementés. La description de l'intervention des Pères de l'Eglise est particulièrement éclairante.

En quelques pages, une intéressante fresque de la suite des conciles est brossée avec le contenu du credo, soulignant le caractère par moment de pure opportunité de certaines affirmations dogmatiques que l'on sait avoir été arrachées parfois par le vote d'une majorité d'évêques pas nécessairement mieux inspirés que la minorité…

Frédéric Lenoir souligne l'importance, pour l'occident, de la conversion spectaculaire de Clovis (en 496-500 ?) qui prenait un caractère collectif où n'entrait aucune part personnelle ou adhésion individuelle de trois mille sujets baptisés de gré ou de force avec lui. La place prise ensuite par Charlemagne dans l'histoire européenne explique la naissance de l'Empire chrétien d'occident qui a entraîné tant d'aberrantes confusions entre pouvoir religieux et temporel qui se sont prolongées jusqu'il y a peu, malgré la survenance en Europe des Lumières au XVIIIème siècle.

Le bilan religieux que fait l'auteur de l'action de l'Eglise catholique est très lourd, la considérant comme ayant été "pour des générations entières un écran de fumée qui a dissimulé la vraie nature du christianisme et qui continue, dans nos têtes modernes, à faire obstacle à cette simple acceptation du réel : la modernité ne s'oppose pas au christianisme, elle en découle même largement".

Le livre se termine par une analyse du dialogue de Jésus avec la femme samaritaine, soulignant l'écart qui existe entre une religion extérieure et une spiritualité tout intérieure : "Le christianisme n'est pas d'abord une religion avec des dogmes, des sacrements et un clergé, c'est avant tout une spiritualité personnelle et une éthique transcendante à portée universelle". Il termine son ouvrage en écrivant : "Notre monde a besoin d'un nouvel élan humaniste qui réunisse tous ceux qui sont attachés à la dignité et à la liberté de la personne humaine".

Lenoir montre bien que l'essentiel des valeurs chrétiennes permanentes a échappé au pouvoir ecclésiastique et que, grâce notamment à l'humanisme prôné, non sans risques, par Erasme – qui le premier a parlé de la philosophie du Christ –, à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, à l'action des Lumières et à une laïcité respectueuse des libertés individuelles et des droits de la conscience, la modernité a trouvé un fondement philosophique et pas seulement théologique dans la vie et le message de Jésus de Nazareth.

Cet ouvrage qui ne se revendique d'aucune autorité, mérite incontestablement une lecture attentive car il répond à l'attrait de nos contemporains pour la personne de Jésus dépouillée des accessoires dont elle a été affublée par des siècles de foi idolâtrique, fatalement inspirée par les religions de l'antiquité, négligeant les valeurs humaines de l'évangile et de la vie même de l'homme de Nazareth.

 

Christian Bassine

Published by Libre pensée chrétienne - dans Recensions
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