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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 14:00
André Verheyen Le mot d'André…
André Verheyen
LPC n° 15 / 2011

Il faut mentionner une difficulté importante dans la réflexion et surtout dans les échanges au sujet de Dieu. On la remarque presque chaque fois dans les débats télévisés entre croyants et incroyants : c'est que, dès le départ, on suppose connu ce qu'est Dieu et on argumente sans hésitation pour défendre sa position.

Cela me frappait encore en lisant un passage d'André Comte-Sponville dans « A-t-on encore besoin d'une religion ? » (Editions de l'Atelier – Paris 2003)

« Il me semble même que l'expression 'une expérience de Dieu' est contradictoire. Si vous en avez l'expérience, cela ne peut pas être Dieu, tel qu'on le définit ordinairement – c'est-à-dire un être infini, tout-puissant, transcendant. Si j'en ai l'expérience c'est de l'immanence et du fini, pas de la transcendance ni de l'infini » (o.c.p.70) On peut s'étonner de la facilité avec laquelle on se satisfait d'une définition de Dieu dans une discussion (« tel qu'on le définit ordinairement, c'est-à-dire infini, tout-puissant, transcendant »). Et plus encore de la sûreté avec laquelle il affirme : « Si j'en ai l'expérience, c'est de l'immanence et du fini, pas de la transcendance ni de l'infini ! »

Comme on peut le constater, les notions de transcendance et d'immanence sont centrales dans les échanges entre croyants et incroyants. On pourrait dire qu'elles sont – à peu de chose près – la modernisation des notions traditionnelles de surnaturel et naturel.

Aussi bien "transcendant" que "surnaturel" sont des notions relatives. Une plante est surnaturelle par rapport à la nature minérale. Un animal est surnaturel par rapport à la nature végétale, et ainsi de suite. Et Dieu est surnaturel par rapport à la nature humaine.

Mais nous sommes là dans une approche notionnelle, plutôt abstraite. On préfère aujourd'hui une approche existentielle : « Qu'est-ce qui est transcendé ? Où et quand ? »

Ici, je vais m'asseoir dans mon fauteuil, je ferme les yeux et j'écoute le choeur final de la Passion selon St Matthieu de Jean-Sébastien Bach. Si ça n'est pas de la transcendance, c'est au moins l'ultime de l'immanence… et tout le monde sait qu'il n'y a pas de frontière ! On est probablement plus près de la réalité en se rappelant que les discussions autour du livre "La vie après la vie" du docteur Raymond Moody (R.Lafont 1977) avaient conduit à parler d'"expériences proches de la mort".

Tout le monde sera d'accord pour parler d'expériences proches de la transcendance. Pour les uns, c'est de la musique qui permet d'atteindre ces sphères ultimes ; pour les autres, ce seront d'autres domaines du Beau et du Bien.

Quand je dis que je crois en Dieu, je me sens plus en communion avec ceux qui parlent d'expériences proches de la transcendance qu'avec ceux qui savent tout ce qu'il faut savoir sur Dieu.

J'aime cette caricature qui représente Dieu le père, observant du haut du ciel les théologiens et les prédicateurs, et disant à Jésus-Christ : « Eh bien ! Ils en savent des choses sur nous ! ».

André Verheyen

Réflexions simples pour une crédibilité - 4ème partie (2006) - pages 13-14

Published by Libre pensée chrétienne - dans Le mot d’André…
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