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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 14:46
André Verheyen Le mot d'André…
André Verheyen
LPC n° 22 / 2013

Pourquoi LPC ?

Parmi les nombreuses réponses possibles à cette question, j'en donnerai trois qui me touchent plus personnellement. :

La crédibilité. Quand on accède à une certaine maturité dans son cheminement et sa réflexion, on est vite confronté à toute une série de questions et d'objections que nous rencontrons de plus en plus fréquemment:

  • Comment peut-on dire qu'un homme est Dieu ?
  • Comment peut-on dire qu'on est, monothéiste si on croit en trois personnes divines ?
  • Comment peut-on dire que le pape ou l'Eglise sont infaillibles quand on voit toutes les erreurs commises dans l'histoire de l'Eglise ?
  • Comment peut-on continuer à défendre une lecture historicisante ou fondamentaliste des textes bibliques, en particulier des miracles ?

Si on prend au sérieux tout le discours de notre Eglise au sujet de l'oecuménisme, du dialogue et de l'ouverture aux autres, on se rend compte que les arguments philosophico-théologiques qu'elle utilise apparaissent comme de "la langue de bois". C'est ici que l'exégèse contemporaine prend toute son importance. En effet, le noeud de la question est toujours : « Pourquoi devrais-je croire cela ? De quel droit attribue-t-on une autorité divine aux textes de référence? »

Quand j'ai découvert l'exégèse du Père Charlier, j'ai poussé un "ouf" de soulagement en me disant: « Voilà enfin une approche intelligente et crédible du message biblique ! »

Un exemple. Le discours simpliste au sujet des miracles de Jésus, disant qu'il prouve par ses miracles qu'il est Dieu, devenait insupportable. Comme il était alors éclairant et libérant d'entendre les développements sur le genre littéraire épique et sur les parallèles avec le cycle des miracles d'Elie dans le premier livre des Rois !

Le langage. Pour exprimer de façon simple le problème qui se pose ici; je citerai le dicton : « L'important, ce n'est pas ce qu'on dit; l'important, c'est ce que l'autre comprend » quand on parle d'inculturation, on songe souvent à la nécessaire adaptation aux cultures africaines, asiatiques ou sud-américaines. Je suis frappé par le fait qu'on ne parle jamais de la nécessaire adaptation à notre culture occidentale. Or, il est évident qu'un texte comme le Credo de Nicée-Constantinople reflète un environnement culturel qui n'est plus le nôtre. Cela ne vaut pas seulement pour le Credo, mais pour la plus grande partie du discours dogmatique de l'Eglise. Il y a encore de beaux jours en perspective pour un travail d'actualisation.

La fidélité à Jésus. Ici, ce qui invite à la réflexion, c'est que les textes du Nouveau Testament ne sont pas des reportages ni des comptes rendus objectifs des évènements, mais des témoignages de foi des disciples enthousiastes qui veulent transmettre leur foi en Jésus-Christ. Cela a pour conséquence qu'il y a souvent une, différence entre ce que proclament les disciples et ce qu'a pu dire Jésus de Nazareth.

C'est particulièrement vrai au sujet de la Christologie et de la Trinité et on est surpris lorsque des exégètes doivent rappeler que « Jésus n'apporte pas une révélation nouvelle sur Dieu. Celui que lui-même adore, prie et prêche, c'est évidemment Yhwh, le Dieu des prophètes, de la Loi et de la tradition juive [...] Ce Dieu, unique, Jésus l'appelle Abba, Père » (Jean-Pierre Charlier O, P. vers 1973)

Il y a toute une série de sujets qui invitent à se poser la question: « Quelle était la vision de Jésus à ce propos ? » Je songe au sacerdoce, à l'eucharistie et à toutes les pratiques introduites par le culte voué à Jésus au cours des siècles.

Les conservateurs dans mon Eglise ont l'impression que je détruis des valeurs importantes quand je remets en question des pratiques qui touchent, par exemple, à l'eucharistie telle qu'elle est conçue actuellement.

Or, pour moi, il s'agit d'être fidèle à l'esprit de Jésus.

Si on veut bien prendre en considération les conclusions d'une exégèse sérieuse, il est évident que proposer à l'adoration des gens une hostie placée dans un ostensoir en métal précieux en leur disant qu'ils adorent Jésus qui est Dieu, cela n'a plus rien de commun avec le projet évangélique de Jésus.

Conclusion. Quand on fait profession de vouloir apporter à ses contemporains une "Bonne nouvelle", c'est la moindre des choses d'oser remettre en question ce qui n'est plus crédible, ce qui est exprimé dans un langage qui induit en erreur et surtout ce qui ne correspond pas aux vues de celui qui nous envoie en mission.

Il faut ajouter aussi qu'on est encouragé dans ce travail par un nombre croissant de chrétiens - parmi lesquels des voies autorisées - qui revendiquent le droit d'exprimer l'identité et le message chrétiens dans le langage de notre culture actuelle et dans un esprit d'ouverture à la modernité.

André Verheyen

LPC n° 111 mai 2001

Published by Libre pensée chrétienne - dans Le mot d’André…
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