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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 17:17
André Verheyen Le mot d'André…
André Verheyen
LPC n° 23 / 2013

Fidélité et remise en question.

Beaucoup de gens pensent que la fidélité est aujourd'hui une valeur en baisse.

Nous savons que pour être fidèle aux valeurs il faut souvent changer les comportements quand les circonstances changent. On connaît l'anecdote de la communauté religieuse qui, pour être fidèle à l'esprit de pauvreté, n'utilise plus d'assiettes en terre cuite – comme il était stipulé dans ses statuts- mais des assiettes en matière plastique.

Ceux qui craignent que, par facilité ou par lâcheté, on ne change trop vite, seront tentés par une attitude d'immobilisme ou de conservatisme. Indépendamment de tout conservatisme ou progressisme, il faut inévitablement une réflexion sérieuse, une évaluation sereine, une remise en question.

Le domaine qui nous intéresse particulièrement en réfléchissant sur la fidélité et la remise en question est évidemment celui de la foi, de la religion ou de l'Eglise. Y a-t-il des changements qui justifient - ou même qui exigent - aujourd'hui une remise en question dans ces domaines ? Je me limiterai à deux exemples.

Fidélité à quelle Eglise ? Quand je suis entré au séminaire, il y a plus de 50 ans, j'étais bien convaincu qu'il fallait convertir le monde à l'Eglise Catholique, la véritable Eglise de Jésus-Christ. Je sais aujourd'hui, que les institutions confessionnelles que nous connaissons (anglicane, catholique, orthodoxe ou protestante) ne correspondent pas au projet évangélique de Jésus. Alors, j'ai deux possibilités de changement de comportement pour rester fidèle : soit quitter mon Eglise, soit lutter de l'intérieur pour la rendre plus conforme au projet de Jésus de Nazareth. En choisissant la seconde attitude, je me sens en communion avec tous ceux qui, comme Marcel Légaut, disent que, s'ils exercent une critique constructive vis-à-vis de leur Eglise, c'est parce qu'ils l'aiment.

Fidélité à quelle foi ? La foi de ma jeunesse, dont j'ai longuement étudié la théologie au séminaire, présente un couple « foi//raison » dans lequel la raison doit s'effacer s'il y a concurrence. Bien qu'on affirme la dignité de la raison humaine, on souligne la séparation entre les deux domaines : l'un naturel, est de la compétence de la raison ; l'autre, surnaturel et révélé, est de la compétence de la foi. Cette conception est encore actuellement la conception dominante dans les Eglises et les religions. Et on entend encore régulièrement que Dieu révèle ses mystères aux humbles et aux petits et que ce serait de l'orgueil de la part de la raison de vouloir expliquer le Mystère.

Qu'y a-t-il à remettre en question là-dedans ? Il n'est évidemment pas question de vouloir expliquer le Mystère. Il s'agit au contraire de dénoncer la contradiction entre cette volonté de respecter le Mystère et les méthodes de démonstration que l'on trouve dans les catéchismes et les traités de théologie traditionnels. On a simplement déplacé le noeud de l'argumentation en accordant une autorité divine, révélée, à des expériences religieuses rapportées par des hommes, à des visions et apparitions attestées par des hommes, à des témoignages et des textes dont les auteurs sont des hommes.

L'opposition entre foi et raison est artificielle : je ne dispose que de mes facultés de discernement humaines pour essayer de percevoir ce qui pourrait être du domaine du Mystère ou du transcendant. Les expériences du passé – notamment dans le domaine de la cosmologie, de l'évolution des espèces ou de l'histoire - illustrent bien à quel point il est dangereux pour des institutions humaines de vouloir retrancher certaines réalités du champ d'investigation des sciences ou de la philosophie au nom d'une prétendue autorité divine.

Ma foi ne peut que gagner à redevenir confiance existentielle en Celui qui est Source de la vie, de l'Amour, de ma propre existence… et en Celui qui dévoile un sens passionnant à ma vie dans son projet évangélique libérateurMa foi et ma spiritualité n'ont par contre rien à gagner en restant enfermées dans un emballage culturel philosophico-théologique d'un autre âge.

Autrement dit : la remise en question est la condition même de la vraie fidélité.

André Verheyen

LPC n° 69 / 1997

Published by Libre pensée chrétienne - dans Le mot d’André…
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