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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 18:41
André Verheyen Le mot d'André…
André Verheyen
LPC n° 9 / 2010

La fracture entre l'aile traditionnelle et l'aile progressiste dans l'Eglise est telle qu'une mise à jour sans explication préparatoire suffisante provoquerait à coup sûr un schisme caractérisé.

Paul ABELA posait le problème en ces termes : « La correction réclamée par certains est tellement colossale et révolutionnaire qu'elle risque d'entraîner la résistance des traditionalistes et de maintenir une importante secte d'anciens formant une nouvelle « vieille église ». Et pourtant, on n'a pas le droit, pour éviter l'éclatement du christianisme actuel, de laisser désespérer les plus exigeants » (Je crois mais parfois autrement - Editions de l'Harmattant – 2002 - p. 128)

Il ne faut pas perdre de vue non plus qu'il ne s'agit pas d'une compétition sportive ni d'une campagne électorale. La question n'est pas de savoir qui va gagner, les progressistes ou les conservateurs. Il y va tout simplement de la survie du christianisme en Occident. Bien sûr, on pourrait imaginer un scénario catastrophe : l'intégrisme musulman gagne du terrain ; par réaction, l'extrême droite progresse aussi et le conservatisme catholique se renforce. Mais cela n'est pas vraiment probable.

Quand Paul Abela parle de « correction colossale et révolutionnaire », il n'exagère pas. Car l'immobilisme de l'Eglise conservatrice est regrettable. Un exemple : le 8 décembre dernier, des millions de catholiques ont entendu, dans la préface de la messe, que Marie a été « préservée des séquelles du premier péché » ! Et dans l'oraison finale : « les blessures de la faute originelle dont tu as préservé la Vierge Marie ». Qu'on remplace la fête de l'Immaculée Conception par une fête de Marie, soit. Mais qu'on ait l'honnêteté de reconnaître que la notion d'immaculée conception est devenue caduque en même temps que celle de péché originel.

Pourquoi ne dit-on jamais - ou presque jamais - ces choses ? Parce qu'il y a un grand nombre de prédicateurs qui ne savent pas très bien, eux-mêmes, ce qu'il en est et d'autres qui le savent mais n'osent pas le dire. Mais aujourd'hui, la situation a changé. Aujourd'hui, le débat est sur la place publique ; je songe en particulier aux débats télévisés et à l'omniprésence des médias. Aujourd'hui, tout chrétien assiste en direct à l'évolution rapide de la société et des problèmes théologiques qu'elle véhicule, et en même temps, à l'immobilisme d'une catéchèse et d'une liturgie qui ont deux générations de retard ! Comment s'étonner de la désaffection du public !

Paul Abela disait : « On n'a pas le droit, pour éviter l'éclatement du christianisme actuel, de laisser désespérer les plus exigeants ». De toute manière, le christianisme est éclaté !

C'est donc en toute sérénité que nous adressons un SOS à tous ceux qui ont une responsabilité au niveau de la liturgie, de la catéchèse ou de la communication dans les médias. Qu'ils abandonnent les mythes d'un autre âge pour présenter le message chrétien. Qu'ils utilisent les mots du XXIème siècle pour proclamer l'Evangile et qu'ils ne pensent plus que ce sont des conceptions virginales ou immaculées, ni des apparitions d'il y a 20 siècles qui pourront encore susciter l'adhésion des chrétiens d'aujourd'hui. Au-delà de tout cet emballage, il restera que Jésus-Christ est quelqu'un de tout à fait extraordinaire mais c'est dans les Béatitudes - pas dans les prodiges - qu'on peut le découvrir.

André Verheyen

Réflexions simples pour une crédibilité - 3ème partie (2004)

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