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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 17:46

     Je me souviens de la forte impression que m'avait faite dans mon enfance la découverte de ces bus à deux niveaux auxquels nous n'étions pas habitués. 
     Il est probable que j'aurais été tout aussi étonné si cela avait été l'inverse, si je n'avais jamais vu que des bus à deux niveaux et que j'en voyais tout-à-coup un "demi"

     C'est cette deuxième situation qui symbolise la difficulté de nos contemporains croyants à accepter un monde qui ne serait plus à deux étages : la terre et le ciel. 
     En effet, c'était si beau, un ciel "au-dessus de nous", peuplé de saints qui ont des pouvoirs surnaturels.  On pouvait les prier pour une guérison, pour la réussite d'un examen...même pour éviter un accident de voiture !  Il suffisait de connaître la spécialité de chacun.

     Ce qui était remarquable, c'est qu'ils pouvaient venir se manifester sur la terre, soit par des apparitions, soit par des miracles. 
     En ce qui concerne les apparitions, on aurait dit qu'il y avait comme un accord tacite entre eux pour en laisser le quasi-monopole à la Sainte Vierge. 
     Mais pour ce qui est des miracles, c'était plus réparti et il y avait un cas particulier assez intéressant en ce qui concerne ceux qui n'étaient encore que candidats à la canonisation.  En effet, cela se passait - malheureusement, cela se passe encore ainsi - en deux sessions, une pour la béatification et une pour la canonisation et pour chacune d'elles, "il fallait un miracle".

                                                 *   *   *

     Cette vision est largement contestée par notre société sécularisée.  Mais lorsque les nostalgiques ou les conservateurs entendent "sécularisé", ils comprennent  "profane" ou "incroyante".  Or, il ne s'agit pas de cela.

     Et puisque nous étions dans les transport en commun, restons-y.  Il fut une époque où l'on trouvait normal d'avoir deux classes séparées, par exemple la première classe, plus chic et plus chère, et la deuxième classe, plus populaire.

     "Sécularisé" vient du mot latin "saeculum" qui veut dire "siècle" mais aussi le "monde" opposé aux lieux et aux modes de vie de ceux qui ont "quitté le monde" pour entrer dans la "vie religieuse".

     On voit de suite où ont pu s'opérer des glissements de sens.  Jésus disait que ses disciples sont "dans" le monde sans être "du" monde.  A une certaine époque on a cru que pour ne pas être "du" monde il valait mieux quitter le monde ("le siècle").  Il est d'ailleurs amusant de constater que cela introduisit une distinction entre clergé séculier (dans les paroisses, dans le monde, dans le siècle)  et clergé régulier (dans les monastères; qui avaient une "règle" monastique).
     Ce qui était moins amusant pour le clergé séculier c'est que l'on considérait qu'il s'agissait d'un clergé "à deux vitesses", l'un plus saint (le régulier) et l'autre plus contaminé par le monde (le séculier).  C'était l'époque où toutes les retraites pour les prêtres étaient évidemment prêchées par des religieux !
     Parmi les réactions intéressantes, il faut signeler l'oeuvre remarquable du Cardinal MERCIER pour la revalorisation d'un clergé qu'on n'appellera plus "séculier" mais "diocésain"".

     Même les chrétiens conservateurs ou traditionalistes ont eu le temps d'assimiler cette évolution où l'on n'accepte plus l' "apartheid" entre un clergé de première classe et un clergé de deuxième classe.  Il n'en va pas de même pour ce qui est de leur capacité de refuser l'apartheid entre les humains "sécularisés" (ils pensent désacralisés, profanes, incroyants...) et les autres ( les croyants, les fidèles..."les bons" quoi !).

     Et pourtant il faudra bien qu'ils y viennnent car si notre société occidentale dans son ensemble a choisi la "désacralisation" ce n'est pas pour profaner les valeurs sacrées, mais pour proclamer que les institutions religieuses ont accaparé indûment le monopole du sacré.  L'homme est sacré et toutes ses valeurs d'amour, de justice, de liberté, de vérité, etc... sont sacrées aussi en-dehors des institutions religieuses.
     Si notre société occidentale dans son ensemble a opté pour la "sécularisation", ce n'est pas pour rejeter la transcendance mais pour contester la prétention des institutions religieuses à être les seules à y avoir accès.

La société sécularisée n'accepte plus l'apartheid entre la première classe (ceux qui savent qu'ils ont la vérité et qui doivent, si possible, l'imposer aux autres) et la deuxième classe...

     Si je ne développe pas les situations historiques qui prouvent que nos institutions religieuses n'avaient vraiment pas le monopole, ni de la vérité, ni de la sainteté, c'est que ceci ne se voulaient qu'une petite digression.

                                                     André VERHEYEN  (LPC n°79 juin 1998)

Published by Libre pensée chrétienne - dans Articles
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