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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 15:11
bateau lpc Mt 22, 34-40. - Le plus grand commandement.
Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut
LPC n° 16 / 2011

Mt 22, 34-40 - Le plus grand commandement

Marie-Jeanne nous propose un commentaire inspiré du livre de J.Meier "Un certain Juif Jésus" T.4 "La loi et l'amour". Cette péricope se situe dans un contexte polémique. Par ses paroles et ses actes, Jésus est devenu une menace pour l'autorité religieuse de son époque et suscite la réaction vengeresse des autorités, bien décidés "de le prendre au piège" afin de le compromettre auprès du petit peuple. Selon Meier, cette éblouissante dialectique de combinaison et de distinction de deux commandements, (Deut 6, 5 ; Lév 19,18) a la meilleure probabilité de venir du Jésus historique. Absolument aucun écrit juif avant l'époque de Jésus ne nous offre un double commandement d'amour s'inspirant de deux textes de la Torah, juxtaposés mais soigneusement distingués, tout en formant un tout supérieur à tous les autres commandements.

  • Aimer Dieu ne me pose pas de problème, c'est facile ; mais aimer son prochain, c'est là le problème ! Mais qui est son prochain ? Doit-on aller jusqu'à aimer son ennemi ? Il ne faut surtout pas soigner son prochain pour gagner son ciel, il faut aimer son prochain gratuitement.
  • Aimer Dieu cela me pose un problème. Comment aimer quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Moi, je ne peux pas. Aimer son prochain comme soi-même qu'est-ce que cela veut dire ? On ne peut pas aimer les autres comme on aime ses proches, donc il y a une autre signification. Aimer son prochain, c'est avoir une attitude de respect, voir l'autre comme une personne aussi importante que soi. C'est avoir une écoute attentive, un regard profond qui puisse remettre l'autre debout.
  • Aimer Dieu ce n'est pas évident pour moi aujourd'hui. Ce que Jésus a dit de Dieu ne me satisfait plus tout à fait, car l'expérience de Dieu faite par Jésus est relative à son époque et à sa culture. J'aime lire dans l'épître de Jean 4,7-8 que "Quiconque aime connaît Dieu" C'est dans notre désir profond d'être aimé et à partir de ce que nous vivons que nous pouvons connaître Dieu, c'est-à-dire expérimenter quelque chose du divin en nous. Ce double commandement n'en fait qu'un, on ne peut découvrir Dieu qu'à travers l'amour humain. Il y a plusieurs formes d'amour, Eros, Philia, Agapè, mais tous les trois font partie de la vie. Il y a des moments où une forme d'amour prend le pas sur les autres, mais on passe par les trois formes.
  • Aimer Dieu, mais qui est Dieu ? Comment aimer quelqu'un de mystérieux ? Aimer sur ordre ? C'est impossible ! L'Amour existe t-il ? Oui, je l'ai expérimenté. Cet amour est en relation avec mon incertitude sur Dieu. Je suis tenté d'identifier Dieu dans l'Amour. Et mon ennemi ? Je ne peux pas l'aimer, mais je peux me mettre en disposition de l'aimer et pour ça j'ai des modèles.
  • Jusqu'où aimer ? Aimer sans retour ? Jusqu'où cela doit-il aller s'il n'y a pas de retour ? Jusqu'au masochisme ? Peut-on aller jusqu'à la destruction de soi-même ? A quoi sert, comme forme d'amour pour Dieu, de se flageller, de porter le cilice, de ne pas se nourrir le jour et de se gaver la nuit ou le week-end…. ? À quoi sert, comme forme d'amour, de se laisser battre par son conjoint, de se faire écraser par l'autre, de taire l'inadmissible… ?
  • J'aime beaucoup l'histoire du Bon Samaritain. Celui-ci a un objectif pour sa journée. Il rencontre le blessé, il fait ce qu'il faut pour lui, il le conduit à l'auberge, paye pour ses soins et délègue la suite à l'aubergiste. Lui, il continue sa route pour réaliser l'objectif de la journée qu'il s'était choisi. Il faut savoir dire "halte" un certain moment. Il faut éveiller l'autre et l'autre doit faire son chemin.
  • En ce sens, le professeur Y-P. Nkodo, psychologue et neuropsychologue en gériatrie à Erasme, dit à certains moments, face à la douleur de l'autre "il est nécessaire d'avoir des infidélités salvatrices".
  • Jésus a pressenti que, pour aimer son prochain, c'est-à-dire le respecter dans son altérité et lui permettre de développer le meilleur de lui-même, il faut nécessairement prendre du recul. Dans la prière, en vivant cette relation de confiance avec celui qu'il appelait Père, Jésus retrouvait cette énergie positive mise à l'épreuve par les réalités souvent éprouvantes de la vie. Ancrage dans le réel et moments d'intériorité dans le silence et la confiance me semblent être les lignes de force de ces deux grands commandements distincts mais indissociables.
  • Tolstoï dit de Dieu qu' "On ne le comprend pas par l'intelligence, mais avec la vie". C'est l'intuition.
    Lorsque Jésus parle d'aimer son Père au-dessus de tout c'est parce qu'il a ressenti une Présence en lui qui le fait vivre, exister et aimer au-delà de tout. Dieu touche là notre profondeur humaine. Me sentir aimer de Dieu, quels que soient mon parcours et mes faiblesses, sera force et courage pour me mettre ou rester debout sur le chemin de ma vie. À moi maintenant de me laisser aimer pour apprendre à aimer à mon niveau. Je pense ici à l'abbé Pierre mais aussi à Mère Térésa ou Sœur Emmanuelle qui ont su se laisser aimer par cet Amour, expérimenté un jour et entretenu tout au long de leur vie, pour en faire les vies que nous connaissons.
  • Je crois que Jésus a combiné ces deux commandements du premier testament par une expérience personnelle de son Dieu intérieur. Quand Jésus aime, par ses actions et ses paroles, il se sent poussé de l'intérieur par ce qu'il a de meilleur en lui, qu'il appelle Dieu. Pour pouvoir aimer l'autre il faut être en harmonie avec son moi profond. Si Dieu fait partie de ce moi, en aimant l'autre, on découvre qu'on continue l'œuvre de création du Royaume à la suite de Jésus.
  • Je ne crois pas qu'il faille être en harmonie avec soi pour aimer l'autre. Il y a des êtres souffrants qui, malgré leur détresse, peuvent aimer leur prochain.
  • Je ne peux pas parler à Dieu car je suis resté au Dieu de mon catéchisme, mais je peux parler à Jésus. Heureusement qu'il y a ce second commandement !
  • Ce texte me met par terre. Il me dit ce que je dois faire et que, depuis toujours, je ne fais pas. Auparavant j'avais la confession, j'étais tranquille : une petite pénitence, trois paters et un ave, et c'était terminé ! Depuis, j'ai pris des distances avec cette façon de faire, je respire mieux, mais j'ai un problème, car je malmène Dieu en me conduisant de la sorte. Je ne peux que me faire des reproches de ne pas avoir fait ce que j'aurais voulu faire.
  • Attention de ne pas avoir un idéal trop absolu, car la culpabilisation alors est d'autant plus grande. J'aimerais bien recommencer ma vie pour faire mieux.
  • Peut-on aimer tout le monde sans retour ? On s'est tous fait pomper l'air par certaines personnes. Où est la limite ? On peut aimer sans retour ses enfants. Pour les autres on ne peut pas aimer si on ne s'aime pas soi-même. C'est difficile. Il faut parvenir à se pardonner à soi-même.
  • On peut se pardonner mais aussi demander pardon. Attention de ne pas être dans l'illusion : si je me sacrifie, je crois que je donne du bon, mais est-ce vraiment bon ? On est souvent dans l'illusion !
  • Chez les protestants, nous n'avons pas de confession. Il n'y a pas d'intermédiaire humain entre Dieu et soi. On nous demande de faire notre examen de conscience, de se donner son pardon et de chercher comment pouvoir réparer le mal que l'on a fait.
  • Tout le monde a ses moments de grâce qui sont parfois très courts. Ce que l'on sait des moments de grâce de Jésus, c'est très court, trois ans de sa vie. Il a sans doute été, comme tous les enfants et les jeunes de son époque, à faire des bêtises. Ce qu'on met en exergue ce sont de courts moments de la vie. Je prends simplement ce texte comme une recette de bonheur. Mais attention ! Quand chacun s'applique à réaliser une même recette, les résultats, les goûts sont tous différents. La plupart du temps nous sommes de pauvres types qui avons des moments sublimes.
  • Ce passage est évidemment central dans l'évangile. Cependant, je trouve que les "termes" sont d'une autre époque et ne tiennent pas compte de la psychologie moderne. "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit". Est-il possible d'"aimer" un être qui n'est pas représentable, qui n'a pas de chair ? Je comprends que Légaut n'utilisait pas beaucoup le terme "amour" qui, à son avis, recouvrait trop de choses différentes. Légaut lui préférait le terme de "fidélité". Il me semble qu' "aimer Dieu" c'est "entrer dans la lignée", comme dit A. Myre, c'est-à-dire suivre une ligne qui a commencé avec l'apparition chez l'homme de la conscience et qui se poursuivra tant qu'il y aura des hommes. Cette ligne, c'est la fidélité à la source d'énergie qui se trouve dans le fond de notre être, nous pousse à faire le bien, à s'intéresser aux autres et tend à notre accomplissement humain.
    "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le "comme toi-même" me dérange. Quid de ceux qui ne s'aiment pas eux-mêmes ? On ne peut aimer autrui que si l'on s'aime soi-même. L'individu pourvu d'un "moi" limité n'en est pas capable. Je préfère de loin cette autre parole de Jésus : "aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". La comparaison est meilleure car on sait que Jésus était un être d'amour authentique.

Rapporteur : Christiane Van den Meersschaut

Published by Libre pensée chrétienne - dans Echos des rencontres mensuelles
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