Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:19
Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ?
Christiane Van den Meersschaut-Janssens
LPC n° 2 / 2008

Me promenant avec Benjamin, trois ans, dans son village d'Ardennes, nous nous sommes arrêtés comme à chaque fois devant une des nombreuses potales (1) pour dire un petit bonjour à Jésus. Ce jour-là, le petit bonhomme me surprit par sa première question personnelle en ce domaine : « Dis Mamie, pourquoi il est attaché Jésus, pourquoi il saigne à sa tête et à son ventre, pourquoi il a des vis dans ses mains et c'est quoi qu'il a sur sa tête ? »

Sa question m'a surprise et désolée. La première question personnelle d'un petit d'homme à propos de Jésus, concernait un rapport au mal, à la souffrance, à l'injustice, à la mort !

Il faut dire que jusqu'alors, on ne lui avait encore raconté que de petits épisodes de la vie de Jésus, en privilégiant les gestes d'accueil, de pardon, de partage, de compassion, susceptibles d'être compris par son jeune âge. Il écoutait ces récits sagement comme une belle histoire sans poser de question. Et voilà qu'aujourd'hui, il s'interrogeait en rencontrant Jésus à travers la souffrance et la mort que des hommes lui ont données, plutôt que par la vie d'amour que Jésus a dispensée; un chemin de vie qu'il nous invite à suivre par le partage, la justice, le pardon pour que vienne le Royaume de Dieu. Un chemin que nous aimons faire découvrir à nos petits enfants.

Il faut bien constater que toutes ces potales représentent presque toujours des scènes de calvaires empreintes d'un dolorisme poussé à l'extrême et très peu de représentations de Jésus vivant, à l'ouvrage dans les manifestations de son amour.

Pourquoi ce choix ? Avons-nous absolument besoin de nous souvenir de ce chemin de croix, avec tous ces détails horribles, pour pouvoir à notre tour suivre l'exemple de Jésus ?

A titre personnel, je dirais que, déjà depuis que j'étais toute petite, j'ai toujours ressenti un malaise certain devant la complaisance qu'affichaient nos catéchistes à nous montrer des images trop réalistes de la passion et de la mort de Jésus. Ils nous demandaient ensuite de les dessiner à notre tour. Je me rappelle d'ailleurs d'un grand nombre d'enfants, particulièrement de garçons, qui avaient un plaisir évident à dessiner la souffrance, les traces de coups, le sang qui coulait à grand flot !

Je ressentais ce même malaise lors de la vénération de la croix. Ce malaise atteignait son paroxysme lors des liturgies du vendredi-saint et lors de retransmissions télévisées de « chemins de croix » où l'on voyait des gens se flageller, ou se faire crucifier. Dieu trouve-t-il cela bon ? Le Dieu auquel nous croyons aimerait-il voir couler le sang de victimes innocentes ou même des hommes qui se disent pécheurs ?

Il reste étonnant, pour moi, de voir comment l'on se complait à vénérer une image de Jésus souffrant sur la croix, à embrasser ou caresser cette image. Je crois que les psychiatres auraient beaucoup à dire sur ces différents rituels morbides.

Nous connaissons tous, via l'actualité, voire dans notre entourage, des personnes, des enfants qui sont morts dans la violence, dans une souffrance extrême, morale et/ou physique, le corps déformé par la maladie, les coups, la torture. Après leur décès, nous aimons penser à eux, nous souvenir de leur image lorsqu'ils étaient heureux, lorsqu'ils riaient, lorsqu'ils étaient « debout ». Et, si malheureusement, nous ne parvenons à ne les voir que dans leurs souffrances, il n'y a pas de doute, un travail avec un psychologue s'impose afin de dépasser les images mortifères qui nous tuent à petit feu.

Tout être bien équilibré aime regarder des photos où il peut voir ses chers disparus heureux et souriants et non des photos où la souffrance les fait grimacer. Des photos de Vie plutôt que des photos sur leur lit de mort. Et c'est aussi le vœu de ceux qui nous quittent de laisser d'eux des images de partage de bonheur et non des images de leur corps se mourant.

Pourquoi devons-nous agir autrement avec Jésus ?

Ne me faites pas dire, ce que je ne dis pas !

Oui, bien sûr, je reconnais que Jésus est mort dans de grandes souffrances morales et physiques, de façon tout à fait injuste, parce qu'il est allé jusqu'au bout de son amour pour l'humanité. L'amour libérateur que Jésus nous apporte se manifeste jusque dans l'acceptation de sa passion et de sa mort. Il accepte de mourir pour ses idées humanistes, comme d'autres d'ailleurs, avant et après lui. N'isolons pas la passion et la mort du reste de la vie de Jésus. C'est bien tout ce que Jésus a vécu et dit qui est important pour notre mémoire. Mais ce qui reste pour moi son héritage, son testament, c'est avant tout sa vie active, son œuvre à l'élaboration du Royaume de Dieu.

Oui, je reconnais que la croix de Jésus peut être le symbole de l'amour infini.

Je choisis une croix toute simple, me rappelant par son horizontalité l'humanité et par sa verticalité, la transcendance, portant en son centre un Jésus vivant et rayonnant.

J'aime aussi beaucoup cette croix qui nous montre à sa croisée Jésus partageant le pain avec ses disciples.

Ou encore, pour nos petits enfants, cette simple croix où le nom de Jésus est joliment écrit en son milieu et où aux quatre extrémités s'écrivent des petits mots symbolisant le message de Jésus « Bonjour » (accueil), « Merci » (gratitude), « Voici » (partage) « Pardon ». Ils comprennent facilement ces mots d'amour et chaque matin, alors qu'ils disent un petit bonjour à Jésus, ils peuvent décider d'essayer de faire comme lui pour que les autres soient heureux.

Ces croix symboliques me semblent être plus fidèles à Jésus, car elles nous transmettent son message d'amour. Ces croix nous font vivre Jésus avec nous, elles nous le rendent vivant.

J'aime chercher Jésus dans la Vie et non dans la mort.

Christiane Van den Meersschaut-Janssens

(1) potale : petite chapelle au bord des chemins (belgicisme). (retour)

commentaires