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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 12:06
Reflets de vie… en ouvrant la Bible …L'argent ne pardonne pas : la condamnation à mort de Jésus.
Antoine Harmant
LPC n° 16 / 2011

Cherchez l'anomalie dans les citations qui suivent :

  • "Puis Jésus commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'Homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. Il tenait ouvertement ce langage." (Mc 8, 31-32)
  • Ou
  • "…Cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez pris et fait mourir en le clouant à la croix." (Actes 2, 23; voir aussi 3,18; 4, 28; Lc 18, 31)

Vous avez trouvé? Oui, c'était évident. Félicitations ! Vous n'avez pas trouvé? Alors deux indices:

  • Compréhensibles comme relecture après les événements "mort-résurrection", si ces événements avaient été prédits par Jésus, ils auraient fait l'impasse de sa vie, de ses choix (puisqu'il y aurait un programme pré-décidé) et des motifs de sa condamnation. Ces passages transforment Jésus en un simple exécutant de la volonté de Dieu, dans un dessein pré-établi pour racheter l'humanité pécheresse.
  • D'autre part, la crucifixion étant un des supplices le plus atroce et humiliant inventé par les humains, ne faudrait-il pas aller discuter avec ce dieu qui aurait prévu cela pour reconsidérer l'humanité (théologie du rachat)?

Prophète, Jésus dérangeait, mais tant qu'il était en Galilée, loin du temple de Jérusalem, c'était supportable. Et peut-être même à Jérusalem: à la limite on l'aurait bastonné pour qu'il se taise. ( cf. Actes 5, 40)

L'accueil spontané réservé à Jésus par le petit peuple, lors de son entrée à Jérusalem, a irrité les autorités. Jésus s'en est bien rendu compte car, le soir venu, n'étant plus protégé par lui, il quitte Jérusalem (Mc 11, 11). Le lendemain, il revient et c'est l'épisode raconté par les quatre évangiles (1) des vendeurs et changeurs chassés du temple, au nom d'une haute considération pour celui-ci: N'est-il pas écrit (Isaïe 56,7) "Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands." (Mc, 11, 17)

En agissant ainsi, Jésus heurte de front le business du temple et cela ne pardonne pas. Quand l'économique et l'argent sont bousculés, ils deviennent sans pitié et assassins - cf. Alliende, Oscar Romero ou les juges et journalistes victimes des mafias - "Cela vint aux oreilles des grands prêtres et des scribes et ils cherchaient comment le faire périr; car ils craignaient, parce que le peuple était ravi de son enseignement. Le soir venu, il s'en allait hors de la ville" (Mc, 11, 18-19). L'enjeu sera alors, pour y arriver, de séparer Jésus du peuple. Jésus reste prudent et continue à sortir chaque soir de Jérusalem. C'est d'ailleurs hors de Jérusalem, un soir, qu'il sera arrêté quelques jours plus tard.

Les passages suivants ne relèvent plus d'un enseignement paisible, mais sont un évitement des pièges tendus par les classes dirigeantes:

  • Question sur l'autorité de Jésus posée par les grands prêtres, les scribes et les anciens Mc11,27-33 et //
  • Contre-attaque menée par Jésus par les paraboles des deux fils (seulement chez Matthieu), des vignerons homicides (Mc, 12, 1-11 et //) et du festin nuptial (aussi seulement chez Matthieu)
  • Question sur l'impôt dû à César posée par les pharisiens et les hérodiens (Mc, 12,13-17 et //)
  • Question sur la résurrection des morts posée par les sadducéens (Mc, 12,18-27 et //)
  • Question sur le premier commandement posée par un scribe (Mc 12, 28-34 et //).

Tous ces pièges ayant échoué "Nul n'osait plus l'interroger" (Mc 12,34), Jésus circule librement dans le temple et passe à l'offensive:

  • Contre les scribes (Mc, 12, 35-40 et //)
  • Contre le trésor du temple (Mc, 12, 41-44 et Lc)

Le trésor, c'est la caisse centrale de l'institution (cf. 2R, 12,9-17 et Néhémie 12, 44) qui permet à celle-ci de vivre et faire vivre prêtres, lévites et serviteurs du temple (on évoque 8000 prêtres, en service par roulement de 24 classes / semaine). Dt. 14, 28-29 cite aussi une fonction de redistribution sociale. Les prêtres chargés de l'administration du trésor étaient plus intéressés par les gros donateurs, mis certainement en évidence, que par les quelques sous des petites gens…

Si le coeur religieux du temple était le "Saint des Saints", le trésor en était le coeur vital! Comme plus aucun dirigeant n'osait interroger Jésus, c'est devant ce coeur vital que, poursuivant son projet de purification du temple, il va s'installer et faire ses commentaires à haute voix.

Jésus met à nu ce qui s'y passe, à savoir l'intérêt pour les grosses offrandes et le mépris pour les petits sous des pauvres !

L'obole de deux fois 25 cents, qu'une vielle femme vient apporter par solidarité et par foi, est regardée comme insignifiante par rapport aux sommes considérables données par les gros donateurs. Le commentaire de Jésus ne se fait pas attendre : "Tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence a mis tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre" (Mc, 12,44) C'est l'attaque frontale contre le point le plus sensible, le centre du business du temple et cela ne se pardonne plus. Le prophète n'a pas seulement dit la vérité, il a surtout attaqué le business. Il doit mourir. Déjà, après l'épisode des vendeurs chassés, Jésus devait mourir, mais maintenant le compte à rebours a commencé: il doit mourir avant la Pâque qui a lieu dans deux jours (Mc, 14,1-2) (2)

L'attaque contre l'argent du temple est au moins égale à un blasphème (attaque directe contre Dieu) : une seule issue, la mort et elle doit être humiliante. Celui qui a osé attaquer le business doit devenir méprisable. Sous un emballage politique "Il veut devenir roi des Juifs", les grands prêtres obtiennent sans difficulté que Jésus soit cloué sur la croix (3).

Cette relecture de l'évangile de Marc est peu courante. Elle n'estompe en rien tous les autres motifs que le pouvoir religieux avait pour faire disparaître ce prophète. Jésus, par sa liberté et par l'authenticité de ses actes et de ses paroles, bousculait ce qui servait de cadre de référence (respect du sabbat, du pur et de l'impur… ), les "bons observants" considérant ceux dont Jésus était proche comme mauvais.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient prolonger leur recherche, "La légende du Grand Inquisiteur" (4) et les chapitres 26 et 28 de Jérémie sont éclairants, mais dans ces deux cas les condamnations n'iront pas jusqu'à la mort. (à suivre)

Antoine Harmant

(1) Jean le situe symboliquement au début de la vie publique de Jésus, les 3 autres à la fin. (retour)
(2) Le chap.13 de Mc étant une insertion eschatologique, le chap.14 est la suite du chap.12 (retour)
(3) Les condamnés politiques étaient cloués, les droits communs liés. (retour)
(4) Dostoïevski, Les frères Karamazov (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Commentaires bibliques
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