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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 11:39
Reflets de vie… en ouvrant la Bible …Les paraboles : fenêtres ouvertes sur un monde nouveau. (1)
Antoine Harmant
LPC n° 14 / 2011

Cherchez l'anomalie dans la phrase qui suit :

  • Jésus avait l'art de raconter des histoires pour que les gens simples et les enfants puissent le comprendre.

Vous avez trouvé ? Oui, c'était évident ! Vous n'avez pas trouvé ? Alors voici deux indices :

  • Les paraboles ne sont pas des histoires pour les enfants, mais des paroles agissantes.
  • L'objectif n'est pas de faire comprendre, mais de créer une nouvelle aire de liberté.

Jésus a beaucoup employé les paraboles (2) mais il n'est pas le premier à le faire. Le Premier Testament (3) nous en livre quelques-unes comme, par exemple, la magnifique parabole du pauvre et de son agnelle (2 Samuel 12,1-15) que le prophète Nathan utilise afin que David reconnaisse son péché.

L'objectif de la parabole est de permettre à celui qui l'écoute d'opérer un déplacement. Les évangiles nous montrent Jésus utilisant les paraboles pour illustrer la nouveauté et la logique d'un monde en alliance avec Dieu (le Royaume des Cieux où Dieu était réputé habiter), monde nouveau, en rupture avec les manières de vivre et de réagir de son temps, et en se distanciant de certaines pratiques religieuses. Il ne s'agit pas d'un enseignement de type doctrinal (4)

Il y a d'une part, les paraboles dites du Royaume qui, telles un bouquet, révèlent, fleur par fleur, un aspect de ce "Vivre avec Dieu". Chaque fleur n'est qu'une partie du bouquet, mais elle est indispensable comme, par exemple, la parabole du Jugement dernier (Mt 25,31-45) (5) ou celle des Invités à la noce (Lc 14,16-24).

D'autre part, il y a des paraboles utilisées dans des situations tendues. Le fait raconté dans la parabole va entraîner l'auditeur à entrer dans l'histoire et à prendre position:

  • soit en accord avec l'histoire, par ex. Les deux Débiteurs (Lc 7,41-43) ou Le bon Samaritain (Lc 10, 30-37)
  • soit en désaccord avec l'histoire, par ex. Les Ouvriers de la onzième heure (Mt 20, 1-16) ou Les dix jeunes filles (Mt 25,1-13).

Une fois l'auditeur entré dans l'histoire de la parabole, il y a un terrain commun, une évidence partagée ou contestée, un lien entre le narrateur Jésus et l'auditeur(trice).

Cette unité recréée permet d'aller plus loin, d'ouvrir un nouvel espace de dialogue qui suscite une nouvelle manière de voir, de penser, d'agir, perçue comme étant celle proche de Dieu. Ce lien sauvegarde la relation en danger et ouvre un avenir au-delà de la contradiction.

Pour illustrer ce mécanisme, examinons la parabole des "Deux Débiteurs" utilisée par Jésus, après l'entrée de la femme pécheresse chez Simon le pharisien (Lc 7,36-50). Comme nous le montre Matthieu (Mt 15,10-20), la vie des pharisiens est profondément marquée par la notion de pur et d'impur. S'il est connu que cette femme est pécheresse, cela veut dire qu'elle est dans l'impureté et qu'elle rend dès lors impures la maison dans laquelle elle entre de même que les personnes qu'elle touche. Simon, en bon pharisien, est complètement bloqué par l'entrée de la femme et exprime ce blocage par cette phrase: "Si cet homme était prophète, il saurait qui est la femme qui le touche et ce qu'elle est".

Blocage complet ! Que faire ? Jésus utilise une parabole, celle des deux débiteurs acquittés, dans laquelle Simon va entrer (v.43), permettant ainsi un déblocage.

En terminant, il est important d'attirer l'attention sur un aspect indispensable pour comprendre les paraboles : une parabole veut dire une chose, révéler un aspect et non plusieurs ou tous. La parabole est comme un spot qui éclaire une face, d'autres se chargeant d'éclairer d'autres faces. N'essayons pas de sauver les cinq jeunes filles étourdies (Mt 25,11-12), ni celui à qui un talent a été confié et qui n'a pas osé prendre de risque (Mt 25,24-28) ou l'invité exclu qui n'a pas fait l'effort de revêtir la tenue mise à sa disposition (Mt 22, 11-13). La pointe de ces paraboles est autre : le récit tente de nous faire percevoir qu'il faut se préparer, oser réaliser quelque chose, prendre sa part de responsabilité et, pour souligner cette pointe, la parabole évoque celles et ceux qui ne sont pas entrés dans ces démarches.

En conclusion, nous pouvons dire avec Daniel Marguerat (6) que "La parabole n'enseigne rien, mais est une fenêtre ouverte sur un monde nouveau, au nom du Royaume proche, si proche qu'il touche le quotidien, le leur (7) comme le nôtre. Elle instaure le Royaume de Dieu comme un dérangement à accueillir, un mystère à percer".

Antoine Harmant

(1) L'expression est de Daniel Marguerat, exégète protestant contemporain (retour)
(2) En grec, le verbe paraballô signifie, entre autres, mettre une chose en parallèle avec une autre (retour)
(3) L'appellation courante ‘Ancien Testament' laisse supposer qu'il est dépassé, alors qu'il contient de véritables perles. Pour rappel : Testament = berith = Alliance (retour)
(4) Sauf dans l'évangile de Matthieu, structuré autour de 5 grands discours, dont celui des paraboles (Mt.13) (retour)
(5) Il s'agit d'une parabole et non d'une prophétie (retour)
(6) Daniel Marguerat, L'homme qui venait de Nazareth, éd. Du Moulin, 1990 (retour)
(7) Celles et ceux à qui Jésus s'adressait. (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Commentaires bibliques
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