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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 13:03
Résurrection de Jésus et fin des temps
en 1 Thessaloniciens 4, 13 à 5, 11.
Jean-Joseph Hugé (1)
LPC n° 25 / 2014

La première épître de Paul aux Thessaloniciens est comptée parmi les premiers écrits chrétiens et date du printemps 51. A peine 20 ans après la mort de Jésus habituellement datée des années 31-33, et 13 ou 15 ans après la conversion de Paul. Il s'agit du tout premier document chrétien qui aborde, entre autres sujets, la question de la résurrection de Jésus.

Capitale de la Macédoine, Thessalonique est la première métropole européenne à avoir été évangélisée après le petit port de Philippe. La communauté chrétienne qui s'y rassemble a été fondée au cours du deuxième voyage missionnaire de Paul. Dans cet écrit, l'apôtre n'est nullement préoccupé par de grandes questions doctrinales comme dans l'épître aux Romains ou aux Galates, ni par des questions d'hérésie et d'éthique comme dans les Corinthiennes. Il manifeste tout simplement des sentiments de reconnaissance qui le lient à la communauté qu'il a fondée précédemment. Il est heureux d'apprendre que cette communauté macédonienne progresse et rayonne dans la foi. Pas d'erreur à redresser ni de querelle à apaiser, mais une simple exhortation à persévérer dans la voie qu'il leur a ouverte par l'annonce de l'Evangile. Ce n'est que dans la section qui va de 4, 13 à 5, 11 que l'on trouve une sorte d'excursus concernant la mort, et sur ce qu'on nomme habituellement la résurrection de Jésus dans une perspective eschatologique, dans la droite ligne des apocalypses juives qui sont plutôt des spéculations, pour ne pas dire des fictions, qui ont leur propre langage, leur vocabulaire et leurs lois, mais qui ne sont pas pour autant dépourvues d'intérêt ni de sens.

Résurrection et parousie

Une première mention de cette "résurrection" apparaît en 1 Thes. 1, 9-10. Evoquant l'exemple des chrétiens de Thessalonique Paul écrit :

9 Car eux (les gens de Macédoine et d'Achaïe), racontent, à notre sujet, quel accueil vous nous avez fait, et comment vous vous êtes tournés vers Dieu loin des idoles, pour servir le Dieu vivant et véritable 10 et pour attendre des cieux son Fils qu'il (Dieu) a réveillé d'entre les morts, Jésus, qui nous arrache à la colère qui vient.

Nous avons, ici, une confession de foi primitive de l'Eglise, probablement d'origine antiochienne, confession christologique stéréotypée de la "résurrection" de Jésus. Dieu est l'auteur du réveil de la mort qui s'inscrit dans la promesse de la parousie (retour de Jésus) attendue et qui délivre de la colère à venir.

La conversion nécessite non seulement de se détourner des idoles mais également de servir Dieu dans l'attente confiante et fidèle de son intervention dans la vie. L'attente messianique du judaïsme se voit désormais muée en une attente du retour de Jésus venant des cieux sur le modèle de la venue du fils de l'homme en Daniel 7, 13. Comme nous le verrons plus loin, Paul est persuadé que Jésus va revenir dans les meilleurs délais inaugurer une ère nouvelle établissant sur terre le règne de Dieu, un règne de justice et de paix où la mort n'existera plus. A noter que le mot Christ n'apparaît pas dans les deux épîtres aux Thessaloniciens pas plus que celui de Messie. Jésus n'est plus le Fils de l'homme mais le Fils de Dieu. De même, ce n'est plus Dieu qui sauve mais Jésus. Nous voyons les glissements qui s'opèrent et s'éloignent de l'enseignement de Jésus que rapporteront plus tard les évangiles, surtout celui de Marc, pour corriger certaines croyances devenues obsolètes car incompatibles avec le message initial de Jésus.

L'enseignement eschatologique qui va de 4, 13 à 5, 11 forme une unité littéraire qui se scinde en deux sections, 4, 13-18 et 5, 1-11, qui toutes deux commencent et se terminent de la même manière.

L'inquiétude des Thessaloniciens, face à la parousie qui se fait attendre et la mort de certains d'entre eux, suscite cette réponse de l'apôtre qui se veut être une consolation et un encouragement formulés à l'aide d'images traditionnelles de l'apocalyptique juive très répandue à l'époque, et en opposition à des conceptions courantes des religions ambiantes et notamment des cultes à mystère (Isis, Cybèle, Mithra) qui foisonnent et auxquels Paul s'oppose de façon dialectique et énergique.

Ainsi le culte de Mithra, d'origine indo-iranienne, obligeait les adeptes à une démarche volontaire et personnelle de conversion spirituelle et promettait le salut individuel par la communion sacramentaire (baptême de sang et repas communiel) avec la divinité dont on célébrait la mort et la résurrection à la suite d'épreuves initiatiques redoutables, dans lesquelles il y a une identification à la divinité dont la mort mythique devient exemplaire et ouvre l'accès à une vie supérieure abolissant le passé, à la promesse d'un au-delà bienheureux et sans doute éternel.

Cette mort symbolique se faisait par la mise du fidèle dans une fosse (tombeau), en forme d'œuf (symbole de vie), dans laquelle il recevait le sang d'un taureau égorgé au-dessus de lui. Ce rachat par le sang purificateur offrait l'espoir d'une renaissance et la récompense d'un salut, qui pouvait être compris comme la santé du corps. Cette cérémonie sacrificielle, précédée d'une ascèse et suivie d'un repas de communion devant le Pater (Père), présidait donc à la mort et à la renaissance des initiés et les unissait à la divinité.

On comprend que l'engouement pour de telles pratiques et dont sont issus la plupart des chrétiens nouvellement convertis de ce paganisme, par l'œuvre missionnaire de Paul, sont une menace dangereuse pour le christianisme naissant. L'apôtre va donc leur donner un enseignement qui s'inscrit dans cette même logique du salut par la mort et la résurrection du Christ. Le culte du Seigneur ressuscité avec baptême d'eau et repas de communion se substituant aux pratiques païennes.

Ceux qui prendront la peine de lire l'épître en entier pourront facilement constater que Paul, même s'il parle abondamment de l'évangile annoncé, de son activité missionnaire et de celle de son collaborateur Timothée, s'il fait l'éloge de la foi des Thessaloniciens et aborde une exhortation à la sainteté et à l'amour fraternel, ne dit absolument rien de la vie et de l'enseignement de Jésus. Il n'évoque point ses paraboles, ses discours et ne fait même allusion à aucun de ses "miracles". Rien n'est dit de son engagement en faveur des déshérités, des malades, des étrangers, et surtout des femmes. Il passe sous silence les propos profondément subversifs et il occulte volontairement les multiples controverses qui opposaient Jésus au pouvoir religieux en place. Si nous n'avions que les écrits de Paul, nous ne saurions rien de la vie de Jésus. Le contenu de son credo, ici, se résume en une seule phrase que nous trouvons en 4, 14 : "Nous croyons que Jésus est mort et qu'il est relevé"

Propos concernant le sort des trépassés avant la parousie.

IV, 13 Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis ou dorment (des morts), afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. 14 Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu'il s'est relevé (ressuscité), de même aussi ceux qui sont endormis (morts), Dieu, à cause de (par) ce Jésus, les emmènera. 15 Voici ce que nous vous disons, d'après une parole du Seigneur : nous, les vivants, qui seront restés jusqu'à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas du tout ceux qui sont endormis (morts). 16 Car lui-même, le Seigneur, au signal donné, à la voix de l'archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel : alors les morts en Christ se relèveront (ressusciteront) d'abord; 17 ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 18 Réconfortez-vous donc les uns les autres par cet enseignement.(2)

Dans cette première partie, Paul ne parle pas de jugement dernier, ni de transformation des corps, et n'a pas l'intention de donner un tableau complet de la venue de Jésus à la fin des temps. Face à l'inquiétude des chrétiens de Thessalonique, il cherche simplement à les rassurer en leur inculquant cette certitude : "Jésus est mort et il est relevé". C'est le credo primitif, très simple et qui tient en peu de mots. A partir de là, Paul va ajouter des développements sous forme d'instructions nouvelles. Se rapportant à une parole de Jésus (laquelle ? nous ne le savons pas), il va mettre l'accent sur l'enlèvement (Cf. Elie, Hénoch et Jésus) des chrétiens à la fin des temps. Le but de ces instructions est d'encourager les croyants concernés à poursuivre leur cheminement spirituel dans la quiétude et la joie. La parole du Seigneur à laquelle Paul se réfère n'est pas citée.

Au v. 14, contrairement à Ac 2, 32 et 13, 33 où Dieu a relevé Jésus, à Ac 3, 13 où Dieu l'a glorifié, à Ac 3, 15 où Dieu l'a réveillé, selon Paul c'est Jésus lui-même qui s'est relevé.

Comme les pharisiens de son temps, Paul croit à une résurrection générale à la fin des temps. Dieu est le souverain maître de l'histoire et Il ne peut abandonner les siens. Paul rassure donc les Thessaloniciens en leur disant que Dieu les emmènera auprès de lui, par ce Jésus mort qui s'est élevé auprès de Dieu. Le verset 17 présente un aspect populaire de l'espérance chrétienne qu'on ne retrouve pas dans l'enseignement de Jésus. Le message de Paul est simple : la foi en la résurrection est supposée connue et admise : Jésus est mort et ressuscité. Il est au ciel, vivant auprès de Dieu, mais il reviendra à la fin des temps et les morts auront les mêmes avantages que les vivants et seront réunis en Dieu grâce au Christ. Et à ce propos, Paul innove totalement en précisant que les morts ressusciteront avant l'enlèvement des vivants. Mais tout ceci n'est que pure spéculation à mettre en rapport avec les religions à mystère de l'Asie Mineure où Paul a longuement œuvré.

De plus, ce bel exposé ne nous dit absolument rien de ce qu'est le relèvement ou l'éveil (la résurrection). Paul n'évoque nullement la question du tombeau vide, des apparitions aux femmes et aux disciples, ni de l'ascension de Jésus. Par son argumentation purement apologétique, s'appuyant sur ce qu'il connaît du Premier Testament grec de la Septante, qu'ignorent par ailleurs les gens auxquels il s'adresse, Paul défend la messianité de Jésus, sa seigneurie, sur l'ensemble des divinités païennes.

La date de la parousie ?

5 1 Quant aux temps et aux moments, frères, vous n'avez pas besoin qu'on vous en écrive. 2 Vous-mêmes le savez parfaitement : le Jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. 3 Quand les gens diront : " Quelle paix, quelle sécurité ! ", c'est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper. 4 Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur. 5 Tous, en effet, vous êtes fils de la lumière, fils du jour: nous ne sommes ni de la nuit, ni des ténèbres. 6 Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres. 7 Ceux qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment, et ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils s'enivrent; 8 mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut. 9 Car Dieu ne nous a pas destinés à subir sa colère, mais à posséder le salut par notre Seigneur Jésus Christ, 10 mort pour nous afin que, veillant ou dormant, nous vivions alors unis à lui. 11 C'est pourquoi, réconfortez-vous mutuellement et édifiez-vous l'un l'autre, comme vous le faites déjà.

L'objet de cette seconde instruction porte sur la parousie, l'avènement du jour du Seigneur, le retour attendu du Christ dont les Thessaloniciens semblent s'inquiéter du retard. Au départ, la réponse de Paul rejoint celle de Jésus chaque fois qu'on l'interrogeait sur l'avènement du Royaume de Dieu : Nul ne sait ni le jour, ni l'heure. Le Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit, c'est-à-dire sans prévenir. Et ce jour attendu ne sera peut–être pas aussi réjouissant que d'aucuns l'espèrent. Le jour de Yahvé dans l'A.T. est plutôt considéré comme jour du jugement. Le jour du Seigneur est ruine pour les uns, ceux qui dorment, et salut pour les autres, ceux qui veillent, avec le Christ. La foi, l'espérance et l'amour, forment la panoplie du chrétien en attente du salut eschatologique, auquel participeront morts et vivants.

L'inquiétude suscitée par l'attente de la parousie devait être très grande dans la communauté thessalonicienne et Paul ne fait rien pour l'atténuer. Lui-même croit au retour imminent du Christ, croyance qu'il abandonnera par la suite. Pour l'heure, cette proximité possible du jour du Seigneur ne doit pas dispenser les fidèles d'une vue plus réaliste de leur nouvel état et de la préparation à cette venue du Seigneur. D'où cette nécessité de persévérer et de s'encourager mutuellement.

L'association du sommeil et de la nuit à l'indifférence à l'égard de Dieu s'oppose à celle de la vigilance, du jour, de la lumière et de la sobriété. Mais curieusement, malgré cette dualité, Paul clôture son enseignement sur un salut universel offert à tous, veillants ou dormants.

L'ambiguïté vient sans doute du fait que Paul a surtout le souci d'apaiser l'inquiétude des Thessaloniciens face à la mort qui survient avant la parousie, qu'ils attendent de pieds fermes et que lui-même leur avait probablement enseigné.

Conclusion

Cette confession de foi chrétienne primitive en la résurrection de Jésus, comme gage de notre résurrection, n'est guère explicite. Elle témoigne tout simplement de l'ambiguïté dans laquelle se trouvaient les premiers chrétiens après la mort de Jésus. Ceux-ci ayant fait l'expérience de la pertinence et de la permanence de son message dans leur propre vie, ont été transfigurés au point qu'ils ont perçu le Christ vivant en eux et l'ont manifesté au monde comme une réalité objective.

Paul, en bon pharisien imprégné des apocalypses juives, attendait le retour imminent de Jésus. Il reprend à son compte cette confession de foi en essayant de lui donner un contenu compatible avec ses espérances. Ce faisant, il induit un enseignement éloigné de celui de Jésus dont le thème de la résurrection est surtout celui de l'éveil et du relèvement comme en témoigne l'enseignement du Maître et ses actes en faveur des défavorisés, et ne concerne guère la vie dans un au-delà hypothétique.

La résurrection, l'éveil, le relèvement, comme la transfiguration, la nouvelle naissance, celle d'en-haut, spirituelle, et l'adoration en Esprit et en vérité, nous concernent ici et maintenant, et nous ouvrent à la foi, à la confiance et à la fidélité, à la vie en Dieu et avec lui, au-delà de toute prétention dogmatique et d'un savoir obsolète, pour nous engager dans une relation de cheminement intime, de co-naissance (naître avec) et d'éternité.

"La vie éternelle, dit Jésus, c'est qu'ils (ses disciples) te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé" (Jn 17,3). Il s'agit donc bien plus d'une relation intime que d'un prétendu savoir.

Nous devons nous résoudre à accepter de ne rien savoir sur l'au-delà et à nous abandonner dans la confiance en un amour qui nous dépasse et nous invite à avancer sur un chemin qui nous ouvre à la liberté et à la plénitude de notre humanité en Dieu.

Telle est la résurrection, un éveil de notre conscience et un relèvement de notre condition de pécheur, une libération de toutes nos pesanteurs humaines et une transfiguration de notre être à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Jean-Joseph Hugé

(1) Jean-Joseph Hugé, pasteur. Eglise protestante de Tournai (retour)
(2) Cette traduction proche de la TOB suit le texte grec. Les mots entre parenthèses sont ceux que l'on trouve dans la plupart des traductions mais qui ne correspondent pas à l'original grec. (retour)
Published by Libre pensée chrétienne - dans Résurrection
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