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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 12:34

A entendre certaines réflexions, à lire certains courriers, on a parfois l’impression que pour "libérer" la pensée chrétienne aujourd’hui, il suffirait d’opérer un strict retour à nos textes fondateurs et à la personne de Jésus telle qu’elle y est proposée. On s’affranchirait ainsi de tout l’édifice doctrinal censé s’être surajouté à une "vérité première" toute simple et toute limpide….


Au 16ème siècle, la Réforme protestante, en adoptant l’"Écriture seule", ici opposée à la "Tradition", comme source exclusive de la doctrine et des pratiques ecclésiales, fit vite la démonstration qu’en s’appuyant sur les mêmes textes, les opinions pouvaient diverger du tout au tout, et qu’une certaine conception des "Écritures" était aussi naïve que dangereuse par les "fanatismes" qu’elle induit inévitablement…

Dès cette époque, et plus encore à partir du 18ème siècle jusqu’à nos jours, en Occident, les Écritures juives et chrétiennes furent l’objet (avec ou sans le consentement des églises) d’une nouvelle approche. Des "spécialistes", croyants ou non, entreprirent, à travers les disciplines appropriées, de déterminer avec toujours plus d’acuité quand ? où ? comment ? sont nés ou ont été rassemblés ces textes. Par qui ? pour qui ? ils ont été écrits, dans quelles circonstances ? et dans quelles intentions ?

Et en trois siècles, n’en déplaise aux intégristes et fondamentalistes de tous bords, nos écritures ont changé de statut ! /Elles sont passées du statut de "PAROLE de DIEU se révélant aux hommes" à celui de "paroles d’hommes hasardant une(des ?) parole(s) sur DIEU". Et la sacro-sainte "Scriptura" se révéla peu à peu n’être que la multiforme et très hétérogène TRADITION du peuple hébreu (et des jeunes communautés chrétiennes), fruit de collectes, d’emprunts, d’écritures, de ré-écritures d’éléments rassemblés au fil des siècles ou des ans, au gré, parfois, des lieux, des circonstances… et des besoins.

Plus grave encore (aux yeux de certains), aujourd’hui, sans pouvoir ici entrer dans une appréciation de détail de toutes les composantes de la Torah des juifs ou la Bible des chrétiens, on peut affirmer que l’essentiel de ces écritures relève directement, ou dépend essentiellement d’un des genres littéraires les plus pratiqués dans l’antiquité : le MYTHE. Concernant les textes fondateurs de notre "foi", ce mot fait encore peur à beaucoup.
Non sans raison : il sonne en tout cas, au moins, le glas de la naïve "Histoire sainte" et des édifiantes "Vie de Jésus" qui ont sans doute bercé les enfances de beaucoup d’entre nous. Le "mythe" ne raconte pas l’ "Histoire". Il raconte une histoire, des histoires…  mais pour dire tout autre chose que de l’Histoire.

C’est que notre conception du "vrai", en matière d’histoire,  et dans bien d’autres domaines, n’a rien à voir avec ce qu’elle était dans les temps et les "cultures" où ces documents ont été composés. On a compris aujourd’hui que, loin d’être le fruit d’une sous-culture négligeable, le "mythe" est une manière parfaitement légitime et terriblement efficace de "donner à penser" en bien des matières, et d’aborder, tout particulièrement, les domaines de la philosophie, de la métaphysique, de la théologie, de l’éthique et de l’anthropologie… voire de la politique et de la "religion" confondues, ce que ne cesse de faire la Bible des hébreux. On peut et on doit en dire autant (ni plus, ni moins, d’ailleurs…) de toutes les grandes traditions mythiques qui ont accompagné et accompagnent encore d’autres grandes "cultures" du monde.
Mais ce qu’on commence à comprendre aussi, c’est que l’univers mythique des Hébreux ne peut pas, et ne doit plus être lu et décrypté à travers les lunettes d’autres "pensées mythiques", ou de la rationalité héritée des grecs et des latins, au risque d’accumuler d’invraisemblables contre-sens !

Le problème central du "christianisme" depuis l’origine, mais plus particulièrement dans sa relation à la modernité, n’est-il pas qu’il propose encore (ou prétend encore imposer) comme "clé" de sens à toute la réalité (totalitarisme ?), une lecture inadaptée, gauchie par des "lunettes culturelles" étrangères, des mythes bibliques juifs pris au pied de la lettre, doublée d’un mythe nouveau, construit autour du personnage de Jésus de Nazareth ?

En effet, nous chrétiens allons répétant que notre « religion » serait née de la "Bonne nouvelle" annoncée par Le Rabbi palestinien Jésus de Nazareth…. Soit ! Mais sommes-nous vraiment certains de quelle est la Bonne nouvelle qu’on doit réellement imputer à ce Jésus ?
En l’état actuel de la recherche sur le contenu le plus probable de la "pensée", de l’agir, de la foi profonde et de la "parole" de ce Jésus, il y a une quasi-unanimité des spécialistes pour dire que tout fut centré sur la notion de "Royaume de Dieu", "mythe" qui hantait l’imaginaire politico‑religieux de ses concitoyens et le sien. Chaque geste posé, chaque exorcisme, chaque guérison, chaque enseignement, chaque parabole du Maître visait, semble-t-il, à dévoiler que ce "Royaume" est déjà là, présent, offert, ouvert aux hommes, que Dieu en est le "centre" et qu’il appelle l’homme à entrer dans une relation de "filiation". Royaume en "devenir", en secrète "croissance", et dont la porte d’accès n’est plus l’observance des innombrables règles de pureté rituelle et de "justice" légale, mais la "conversion du cœur" ! Conversion à laquelle Jésus aurait appelé tout homme (et femme) de son peuple, quelle que soit sa condition actuelle, à commencer par les plus malmenés. Il est moins certain qu’il ait songé, de son vivant, à étendre cette bonne nouvelle à d’autres nations…

On sait quel fut le sort de ce "prophète" du Royaume, exécuté par l’occupant, avec la complicité des élites religieuses… et de certains "déçus" par un "messianisme" qui ne collait pas à leurs espoirs. Or à quoi assiste-t-on, le Maître à peine disparu ? Sa "Bonne nouvelle" disparaît au profit d’une toute autre qui serait sa "mort sur la croix" pour le "rachat de nos péchés" !

Voici que l’annonciateur de la gratuité de Dieu, le Maître du chemin d’Amour filial vers le Père par l’amour et le service du frère… devient le héros mythologique d’un marchandage cosmique entre son dieu et lui, agneau immolé pour "laver dans son sang" l’humanité souillée par la "faute" du non moins mythologique Adam !

Cette ahurissante dérive doit beaucoup à l’imagination enflammée du bouillant pharisien Paul de Tarse qui, pour pouvoir se croire "pardonné", semble avoir eu absolument besoin d’un sacrifice sanglant, fût-il le dernier et le plus auguste qu’on puisse imaginer. Or Paul, mi-juif, mi-grec, pour arriver à de telles conclusions, et à bien d’autres (à propos d’un homme qu’il n’a jamais connu et dont il ne cite jamais une seule parole !) se livrait déjà à une "relecture" tout à fait "subjective" de la tradition de ses pères, qui devait sans doute beaucoup à sa culture grecque.
Ce n’était qu’un début !... De Marc à Jean, en passant par Matthieu et Luc, on vit le "mythe" envahir la jeune "tradition", au point de substituer la "personne" de Jésus, son martyre, et sa "résurrection" à la mission prophétique à laquelle il a "sacrifié" sa vie.

Entre la Bonne nouvelle du Royaume annoncée par Jésus sur les chemins et les places et la nouvelle "religion" du "Fils" de Dieu incarné et immolé "pour la rémission des péchés", n’y a‑t-il pas le mariage contre nature de "cultures" et d' "imaginaires" pratiquement incompatibles. Et le "mythe" à la fois "merveilleux" et sanglant monté autour du Jésus de l’histoire et de son Dieu, ne devrait-il pas nous inviter instamment à reconsidérer notre relation aux textes, en acceptant l’idée qu’il faille sans cesse faire la part entre les "croyances" de leurs auteurs, leur manière de "mettre en scène" ces croyances… et la réalité spirituelle qui habitait Jésus, qu’il a dévoilée et qui transcende toutes ces spéculations…?

Par le chemin de l’étude, il nous faut sans doute apprendre à être libres AUSSI à l’égard des Écritures…..

Alain DUPUIS

 

24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 16:25

FRAPPEZ…ON VOUS OUVRIRA,

           DEMANDEZ….ON VOUS DONNERA,

                       CHERCHEZ… ET VOUS TROUVEREZ   (mt 7, 7)

Nous savons qu’à l’aube de l’humanité, l’homme très vite se pose des questions par rapport aux forces naturelles qu’il ne peut contrôler.  Il croit qu’il y a une force secrète derrière chaque chose qui est bienveillante quand elle donne et malveillante quand elle prend.  Cette force secrète, il va l’appeler dieu, le dieu de l’eau, le dieu de la terre…Mais ce dieu peut être la pire des choses quand il envoie une tornade ou un incendie et la meilleure des choses quand il envoie une pluie fertilisante ou un feu qui réchauffe.  Il faut donc s’attacher les dieux pour qu’ils soient favorables aux hommes.  Pour cela, il faut les connaître, les nommer, les situer et donc leur donner une histoire et un lieu de vie.  La plupart de ces forces naturelles viennent des cieux, qui sont inaccessibles à l’homme, c’est donc là qu’habitent les dieux, pense-t-il.  Quant à leur histoire, il s’inspirera tout simplement de sa propre histoire pour écrire celle des dieux.  C’est ainsi que l’homme donne aux dieux ses qualités et ses défauts, mais à la super puissance.  A ceux-ci rien n’est impossible, ni dans le don, ni dans la vengeance.  Il faut donc vivre en harmonie avec eux, et pour cela, il vaut mieux ne pas attendre leur intervention, mais infléchir leur volonté.  C’est ainsi que l’homme créera des rites pour parler aux dieux et des sanctuaires pour officier.  Il invente les incantations et les prières, les sacrifices allant de l’offrande du végétal, en passant par le sacrifice animal pour arriver au sacrifice humain.  C’est que le dieu finira toujours par répondre en envoyant enfin la pluie, la paix…tout finit toujours par arriver,  mais parfois cela dure et c’est pourquoi l’homme donnera chaque fois aux dieux quelque chose qui lui est de plus en plus cher jusqu'au moment où il sera exaucé.

Le judaïsme à travers le personnage d’Abraham  choisira de donner sa confiance à un seul Dieu, créateur de toutes les forces naturelles.  Il découvrira qu’il ne peut aimer un dieu sanguinaire qui demande des sacrifices humains et nous donnera l’image d’un dieu qui veut la vie et non la mort. Quel grand tournant pour l’histoire de l’humanité !  Plus tard encore, Jésus  par son enseignement induira l’idée à ceux qui deviendront chrétiens après sa mort, d'abolir les sacrifices d'animaux. Nouveau pas en avant de la civilisation ! 

Pour nous chrétiens, il nous reste donc la prière, les rites, les sanctuaires et sans doute pour nombre d’entre-nous l’héritage d’une façon de penser et d’agir comme nos lointains ancêtres.  C’est-à-dire demander tout à Dieu et prier sans cesse pour obtenir ce que l’on désire, en utilisant des enchères.  Non plus des sacrifices d’animaux ou d’humains, mais des mortifications, des  privations, des offrandes de bougies, des pèlerinages, des recherches d’indulgences… en allant même jusqu’à payer des congrégations priantes afin d’avoir une valeur ajoutée à nos demandes

Mais qui est ce Dieu que l’homme prie aujourd’hui ?

Comme le dit souvent A.VERHEYEN " la bible nous impose de ne pas faire d’images de notre Dieu, et pourtant la même bible n’arrête pas d’en faire."  Oui, nous ne savons rien de Dieu et plus nous avançons en âge, moins nous en savons.  Cependant tout au long du Livre, des hommes nous parlent de leurs expériences de Dieu et ne peuvent l’exprimer que par des images.  C’est ainsi qu’Abraham nous fait découvrir un Dieu qui refuse les sacrifices humains, qu’à travers Joseph nous trouvons un Dieu qui demande le pardon plutôt que la vengeance, que Moïse nous montre un Dieu se préoccupant des plus faibles au lieu d’accréditer les puissants, qu’avec Amos nous découvrons un Dieu qui veut une justice sociale... pour arriver enfin à Jésus qui nous montre un Dieu Père,un Dieu d'Amour. 

Toutes ces perceptions de Dieu qui ont évoluées tout au long des siècles sont évidemment conditionnées par le lieu de vie et la culture de l’époque.  Elles devront donc nécessairement encore évoluer avec les futures  découvertes.  C’est ainsi que nous savons aujourd’hui que le Dieu de Jésus qui est aux cieux, ne peut effectivement habiter là-haut.  Et, si nous prenons « les cieux » au sens symbolique aujourd'hui,ce n'est certainement pas ce sens là que Jésus lui donnait. 

Aujourd’hui de nombreux théologiens, comme de nombreux hommes de la rue ont plutôt l’intuition d’un Dieu intérieur à l’homme.  C’est aussi mon sentiment, mais humainement, j’aime aussi comparer l’attitude de Dieu à une mère et un père de famille qui viennent de mettre un enfant au monde.  Le tenant dans leurs bras, les parents ne peuvent que lui souhaiter tout ce qu’il y a de meilleur : une vie harmonieuse sans problèmes relationnels, médicaux ou sociaux.  Pour cela, tout au long de sa vie, ils vont donner à l’enfant chéri des conseils, des règles à suivre, des attitudes à prendre.  L’enfant, lui en définitive écoutera ou n’écoutera pas, fera son propre bonheur ou son propre malheur.  Les parents ne pourront que resplendir du bonheur de leur enfant ou souffrir intensément de leur impuissance devant son malheur.  Le plus beau cadeau que l’enfant a reçu, sa liberté, sera pour lui la meilleure ou la pire des choses.  En cas de malheur, bien sûr il pourra revenir au bercail pour demander de l’aide à ses parents, mais ceux-ci ne pourront que l’accueillir, l’écouter, lui redonner leurs conseils, mais ils ne pourront jamais faire son bonheur à sa place.  Ils ont donné la vie, la liberté mais restent impuissants face à l'accomplissement decettevie.

C’est ainsi que je vois ma relation à Dieu dans la prière, il ne peut rien faire à ma place, mais je peux être éclairée par son Esprit.  Je ne peux attendre que cela : l’éclairage pour vivre selon l’Esprit qui pour moi nous fut révélé par Jésus.   J’ai choisi librement de suivre le chemin d’amour, que me montre Jésus, comme but de ma vie.  Mes prières, que je préfère appeler méditations sont donc aussi souvent des prises de consciences des écarts qui m’éloignent de l’Amour, mais aussi des recherches de paroles bibliques qui me donneront un nouvel éclairage, des clés pour avancer mieux, des louanges pour les actes d’amour de l’humanité. J’ai cessé toute prière de demande.

En effet, je ne peux que constater que pour des choses essentielles, comme l’enfance violée, la maltraitance, la famine, la pauvreté, la guerre…Dieu n’intervient pas.  C’est l’homme qui viole, qui maltraite, qui ne partage pas, qui attaque……et c’est encore l’homme qui doit changer de comportement.  L’homme ne peut que méditer, réfléchir afin de se mettre en condition de choix et de se décider à suivre l'Esprit dans la clarté, plutôt que de suivre le mal dans sa sombre attraction.

Dans notre éducation religieuse, on s’appuyait toujours sur les extraits de Mt7, 7-11 ou de Lc 11, 5-13a pour nous convaincre que" notre Père qui est dans les cieux donnera de bonnes choses à celui qui les lui demande, que tout homme qui demande reçoit. " On ne nous parlait pas des deux versets Mt 7,12 ou Lc 11,13b qui en conclusion de chapitre nous disait chez Matthieu " Faites pour les autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous : c’est là ce qu’ordonnent la loi de Moïse et les livres des prophètes"  et chez Luc" Le Père qui est au ciel donnera le St Esprit à ceux qui le demandent."  Ce n’est que dans les années 80 que j’ai entendu dire publiquement lors d’une homélie que les textes sont toujours commentés en omettant les finales, mais que c’est cette finale qui est importante. Ce que nous recevrons : c’est uniquement l’Esprit et le reste, c’est  le comportement que nous devons avoir envers notre prochain.  C’est nous qui devons ouvrir la porte, accueillir, écouter, donner et pour arriver à cela nous avons besoin de vivre de l'Esprit.

Je ne peux que constater que face aux forces naturelles, comme les tsunamis, les ouragans, les éruptions volcaniques…Dieu n’intervient pas.  C’est l’évolution de la planète, et parfois la main de l’homme qui contrecarre la nature.  La prière ne peut modifier l’ordre de la création mais la méditation peut décider l'homme à suivre l'Esprit dans sa solidarité plutôt que de suivre l'égoïsme dans son noir dessein.

Je ne peux que constater que face à la maladie, à la mort, Dieu n’intervient pas.  Ce serait tout à fait injuste d’empêcher celui-ci de mourir et pas celui-là, de guérir celui-ci et pas celui-là.  De faire naître celui-ci en bonne santé  et celui-là handicapé.  La prière ne pourra modifier les évènements de la vie mais la méditation peut apaiser l’homme dans la confiance qu’il mettra à accepter d’être porté dans la douleur par les autres ou le décider peut-être de suivre à son tour l'Esprit dans sa tendresse et son réconfort plutôt que de vivre dans l'indifférence.

Je ne peux que constater qu’il est très difficile de dire Merci pour tous les bonheurs que l’on reçoit, alors que dans le même moment, des familles vivent l’horreur.  Si le Dieu de Jésus est un père aimant, comme cela doit lui faire mal de voir ses enfants, les uns ayant tout, les autres n’ayant rien.  Mais par la méditation l’homme peut prendre conscience que l’autre est son frère et que vivre de l’Esprit du Royaume doit commencer par sa renaissance à une autre vision de Dieu.  Alors, il ne dira plus merci pour sa chance, mais merci d’avoir de quoi partager.

En fait, je crois qu’on ne peut aimer Dieu que dans une prière-méditation qui est action.  Seules nos actions pour mettre l’autre debout, comme Jésus n’a pas cessé de nous le montrer, sont les plus belles des prières et peuvent être agréables à Dieu  me semble-t-il.

Bien sûr, cette façon de fonctionner est très, très inconfortable. Comme l’enfant devra prendre son envol, quitter le nid pour VIVRE, il nous faut quitter cette idée sécurisante que Dieu  tire les ficelles du monde et que l’on puisse l’influencer par nos prières.

Pourtant, il n’y a  que de cette façon que nous pouvons devenir ce qu’il espère pour nous quand il dit ": Fils d’homme, mets-toi debout !"(Ezék 2,1)

Notre vocation ne serait-elle pas de devenir autonome ?

                       

 ChristianeVan den Meersschaut-Janssens

Libre Pensée Chrétienne n°23/2007

" L’homme libre n’attend rien de Dieu.  Renoncer à Dieu en tant qu’il donne et que tu reçois.  C’est là la véritable liberté dans la relation à Dieu : cette union qui ne repose sur aucun intérêt de part et d’autre, cette union marquée uniquement par la gratuité et la liberté, un amour sans pourquoi "

Jean-Marie Gueullette(disciple de Maître Eckart)

Laisse Dieu être en toi   Le Cerf  2002

« Vivre de la foi tout en respectant l’expérience première selon laquelle Dieu est inconnaissable.  A toutes les époques de l’histoire de l’Eglise, il s’est trouvé de grands croyants, conscients des limites de l’humanité et épris de l’infini de Dieu, pour vivre religieusement de l’absence de Dieu(…) Et j’entends le mystère non pas comme ce que je ne peux pas comprendre, mais comme ce que je n’aurai jamais fini d’explorer»

Bernard Feillet

A-t-on encore besoin d’une religion ? Eveiller le désir du divin

Edition de l'atelier 2003

 

26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 09:39

Le petit de cinq ans priait pour que son nounours passe une bonne nuit avec lui.  Et nous étions tous d’accord pour dire que sa prière était aussi agréable à Dieu que celle de son frère aîné qui priait pour la justice et la paix dans le monde.
Mais si, à vingt-cinq ans, il devait encore prier pour son nounours, là il y aurait tout de même un problème.

Si, à l’époque de mon catéchisme d’enfance, j’ai pris au sens littéral les récits d’apparition du Ressuscité, c’était un bon chemin pédagogique pour me conduire à ce que ces images signifient.
Mais si, à l’âge adulte, j’en suis encore à une lecture fondamentaliste de tous ces récits, il y a aussi un problème.

Certaines personnes au cœur miséricordieux et à l’esprit large nous disent : "  Mais laissons les gens simples croire comme ils veulent ! "
A cela je voudrais répondre que, de toute manière, nous laissons les gens croire comme ils veulent mais que pour la dignité et le respect des croyants, nous voulons les aider à progresser par rapport à une foi enfantine. Et nous mettons en garde contre le préjugé que manifeste l’utilisation de l’expression" les gens simples".  Ces gens simples regardent la même télévision que nous et colportent les mêmes informations que nous ; il suffit de leur donner les bonnes !

Il y a une seconde raison pour laquelle nous voulons aider les croyants à passer à une foi adulte : c’est qu’il s’agit de donner à nos contemporains un témoignage crédible.

Si notre témoignage présente un Jésus du type Zorro ou Harry Potter, nous ne devons évidemment pas espérer convaincre des personnes quelque peu cultivées.  Et nous ne devons pas nous étonner non plus que les jeunes générations préfèrent des Superman plus modernes.

" Si le christ n’est pas vivant aujourd’hui, notre foi est vaine."
(// 1Co.15,17)  Mais c’est sur le plan spirituel que cela se passe, pas sur le plan d’apparitions ou de quelque autre manifestation paranormale ou parapsychologique.
                                                                                                         André Verheyen  avril 2007

 

15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 10:01

"Dans ce milieu où Jésus commence à être remarqué, la première figure à émerger vraiment est celle du lépreux (1,40-45).  Cet homme est guéri par le toucher et par la parole. De part et d'autre le toucher est habité par une parole "à la hauteur" : "si tu veux, tu peux" "Je le veux".  Provoquée dès le début, cette rencontre donne, semble-t-il, la figure accomplie de la relation vraie entre Jésus et quiconque.  A telle enseigne qu'il en jaillit comme un éclair de révélation que Jésus s'efforce d'occulter : ce qu'il est a été comme révélé par cette rencontre, rencontre telle qu'elle a comportée mutuelle reconnaissance.  Mais cette communication n'est pas seulement dans l'ordre de la parole, de la connaissance ; il y a comme un échange de déterminations respectives.  Le lépreux était à l'écart de la communauté : le voilà qui réintègre celle-ci par la médiation de la Loi.  Jésus était membre reconnu et célèbre de la communauté ; "il ne peut plus entrer ouvertement dans une ville (1/45)..."

"Jésus ne peut vivre comme "sujet de droit" sa prétention fondamentale ; elle est plutôt ce qui le met hors situation de droit, en situation précaire, c'est à dire exposée au bon vouloir et jugement d'autrui.  Son pouvoir de fait, pouvoir charismatique, appelle une "normalisation", la reconnaissance d'un nouveau droit le concernant, lui et ceux qui avec lui, entreront dans le système de cette reconnaissance.  Or cela ne saurait advenir par une médiation de l'institution existante.  C'est bien plutôt une entreprise risquée où chacun entre ( ou n'entre pas) avec sa liberté et ce dont il dispose d'adhésion subjective sincère à cette Vérité qui n'a pas de corps particulier dans les maximes de la sagesse reçue ni dans les textes de loi ; Jésus est en position précaire, puisqu'il ne peut se réclamer de l'institution dans l'exacte mesure où il se pense, parle et agit selon sa prétention propre.  Mais il entraîne un chacun dans la même précarité, car il le met en situation de juger avec son seul jugement propre et non par le truchement de ce qui fonctionne dans la communauté.  C'est pourquoi tout rapport avec Jésus s'analyse finalement en termes de vérité par rapport à soi-même : être dans ce qu'on dit et dans ce qu'on fait : parler selon ce que l'on est et ce qu'on fait et agir vraiment comme on dit qu'on fait.  Tout se décide sur cette seule base : le reste est donné de surcroît : et le reste c'est ce qu'on est venu demander à Jésus : guérison, délivrance..."

E.POUSSET. Lectures théologiques selon l'Evangile de Saint Marc. Centre Sèvres. Paris.(pages 22 et 28)

9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 15:40

...Mon père bien-aimé décelait dans toute religion le germe d'une violence historique.  Il est vrai que tout système sied mal à la spiritualité.Qu'y aurait-il à organiser, à préserver, à mettre en sécurité là où il n'y a qu'une prodigieuse aventure à risquer ?  Comment Dieu, l'au-delà de tout nom, et de tout attribut, pourrait-il nous assurer un ordre contre un désordre ?  On flaire avec angoisse un ordre humain qui, pour soulager les peurs le minent, se fait volontiers passer pour un ordre divin.  Or c'est à une aventure de libération et non de morale, de radical retournement et non de progrès que nous sommes conviés !  L'institution ne peut que céder le pas devant l'expérience de "l'homme intérieur".  L' Eglise qui se construit dorénavant a d'autres matériaux que les pierres : ce sont nos cellulles.

...J'ai hérité de mon père une vigilance aiguë que je suis loin de renier.  La faculté de discernement critique dont je suis bien dotée ne m'a pas empêchée d'être spirituelle dans toutes mes cellules et de façon inguérissable.

 

Christiane SINGER "Derniers fragments d'un long voyage" 

11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 16:36

 

Nous devons bien reconnaître  qu’un chrétien ne sait rien de plus qu’un athée à propos de " la vie après la mort".  Il croit certaines choses qui lui ont été transmises par la tradition, mais il ne sait rien. Dieu n’a jamais parlé à personne de l’au-delà et personne n’est encore revenu de l’au-delà pour nous apporter des preuves de ce qui s’y passe, même Jésus lors de ses " apparitions " post-pascales ne nous révèle rien de ce mystère.

Depuis l’origine
, l’humain se pose des questions sur la mort et la souffrance.  Il va alors inventer les dieux pour essayer de mettre fin à ses angoisses et fabriquer toute une cosmologie.  C’est ainsi que nous retrouvons dans toutes les cultures primitives le concept d’un lieu sous la terre où l’homme retrouve après sa mort une vie diminuée.

Dans la tradition biblique
, le terme d’ " enfer " ( du latin infernum, " lieu d’en bas "), ou " Shéol " (mot hébreu), désigne le lieu du séjour des morts.  Tout le monde s’y retrouvait, bons et méchants, pour y vivre en léthargie.  Cette conception durera jusqu’à la période hellénistique, où apparaît le genre apocalyptique et où le Shéol sera alors conçu comme un endroit divisé en plusieurs parties pour séparer les justes des mauvais.

Dans
l’ANCIEN TESTAMENT, on parle pour la première fois de s’éveiller du séjour des morts selon ses mérites seulement ±160 ans avant Jésus-Christ.  Nous trouvons cette toute nouvelle conception de " la vie après la mort " ; où les bons auront la vie éternelle ( première allusion à la résurrection ), et les autres l’horreur éternelle, dans le livre de Daniel 12,2.

C
’est que suite aux persécutions grecques ( les 2 livres des Maccabées), les juifs vont entrer en questionnement :

Dieu est-il juste ? Pour eux, il n’y a qu’une vie avant la mort et les justes ne sont pas heureux sur cette terre ; ils sont persécutés !  Les martyrs seraient-ils plus fidèles à Dieu en mourant pour lui, que Dieu ne puisse l’être pour les hommes en les abandonnant à leurs souffrances et à leur mort ?  Ce n’est pas possible, pensent-ils, il doit y avoir de la part de Dieu une justice, quelque chose après la mort.  Le peuple va ainsi prendre peu à peu conscience de la permanence de l’amour de leur Dieu. (2 Mac 7, 6,9,11,14,23 )

Pour cela :
- ils se souviennent du 2e Isaïe et du serviteur souffrant (53, 1-12)
- ils imaginent que si Dieu a une capacité de recréation, la mort ne sera pas une simple cassure. Dieu transfigurera, transformera, recréera leur vie.
- ils se rappellent que Dieu a su " re-susciter " son peuple au Sinaï, que Dieu a su " re-susciter " son peuple en Exil et pensent que de même Dieu pourra " re-susciter " l’homme après sa mort.
- ils n’imaginent sans doute pas une résurrection de la chair, mais une continuité dans la relation de l’homme à Dieu (2Mac7, 23)

Les Juifs du NOUVEAU TESTAMENT sont héritiers de ce concept de résurrection créé par leurs ancêtres, seuls les Sadducéens ne croient pas que les morts reviendront à la vie.  Cette conception de vie éternelle ou de damnation éternelle va se développer sous la plume des auteurs du N.T., selon leur personnalité propre.  Il faut toutefois remarquer que les allusions à un jugement sont peu nombreuses par rapport à l’ensemble de l’œuvre.

Matthieu me semble être le plus répressif des trois synoptiques dans les images de jugement qu’il présente, Jean insiste davantage sur l’image du feu purificateur, tandis que Paul suggère une destruction des méchants.  Tous s’expriment par des images ; le feu qui ne s’éteint pas, la souffrance corporelle (mains, pieds, yeux ), pleurs et grincements de dents, l’ivraie, les poissons rejetés, le convive non revêtu de la robe nuptiale, et par opposition des images pour illustrer l’espérance d’une vie éternelle bienheureuse.  L’image même du ciel est la première et désigne comme dans l’A.T. « la demeure de Dieu », viennent aussi, des images de repas et du festin des noces. Cependant, dans de nombreux passages du N.T., la vie éternelle n’est pas seulement l’objet d’une espérance pour l’au-delà, mais se trouve déjà anticipée pour tous ceux qui ont part au règne de Dieu
² Nous savons que nous sommes passés de la mort dans la vie, puisque nous aimons nos frères² (1 Jn 3, 14).

Durant les trois premiers siècles
, la littérature apocalyptique et apocryphe, reflet du sentiment populaire, insiste surtout sur les supplices de l’enfer pour tous ceux qui ont centré leur vie sur leur propre personne, en opposition avec la morale chrétienne de l’oubli de soi, de l’humilité poussée jusqu’au renoncement. " N’y a-t-il pas dans l’évidente jouissance qu’éprouve cette littérature à étaler les supplices un exutoire symbolique au désir d’affirmation de soi réprouvé par les pratiques chrétiennes "(G.MINOIS).

DU IIIe AU Ve SIECLE, les Pères de l’Eglise vont élaborer toute une théologie concernant le jugement en matérialisant les images bibliques.  Toute une série de questions seront âprement discutées ; quand aura-t-il lieu ?  Où iront les morts en attendant la fin du monde ?  Quelles seront la nature et la durée des peines ?  Concernant ces dernières ; certains heureusement pensent déjà que le feu et les vers ne sont que des allégories : c’est le cas de Clément d’Alexandrie et surtout d’Origène, puis de saint Ambroise, pour qui le feu n’est que l’image du remord devant la conscience. Beaucoup de libres penseurs chrétiens penseront sans doute ainsi !


Au sujet de la durée des peines, deux courants s’affrontent.  L’idée d’Origène me séduit à nouveau ;  " Il soutient la doctrine de l’apocatastase, c’est-à-dire de la restauration universelle de toutes choses dans leur état premier, purement spirituel.  Origène considère l’histoire de l’univers comme un gigantesque déploiement à partir de la création, suivi par un repliement rejoignant la situation de départ. Tout reviendra dans sa situation d’origine au sein du bien suprême, Dieu.  Chacun retrouvera sa pureté originelle soutiennent avec Origène, saint Ambroise, Didyme l’Aveugle, Grégoire de Nysse "(G.MINOIS)M
ais l’Eglise écartera l’idée de l’apocatastase au profit du courant rigoriste qui proclame l’éternité des peines infernales.   " Là, plus de pardon ; il faudra toujours demeurer au milieu de tourments et de douleurs inexprimables " écrit Jean Chrysostome.  Il sera suivi par saint Augustin et plus tard encore par Thomas d’Aquin.  Ceux-ci qui ne voient dans le jugement qu’une œuvre de justice donnent de Dieu une image si impitoyable qu’elle est indigne de celui dont l’essence révélée par Jésus est l’AMOUR.

A PARTIR DU XIIe siècle, l’Eglise inventera le purgatoire, qui n’est ni biblique, ni d’usage universel dans le Christianisme. Ce terme désigne l’état ou se trouvent les âmes des défunts qui ne sont ni susceptibles d’entrer immédiatement dans la vision de Dieu, ni destinés à la condamnation sans appel de l’enfer. De cette construction théologique découlera rapidement tout un système de comptabilité des péchés doublé d’indulgences qui permet de réduire les peines de l’au-delà par des prières et des dons. Apparaît aussi à cette époque la distinction entre péchés véniels (purgatoire) et péchés mortels (enfer.)

Les sermons du
XVIIe siècle aggravent encore la rigueur des peines.  Malgré quelques adoucissements sous Pie IX, au milieu du XIXe siècle, le concile de Vatican I réaffirme que, sans la foi et l’Eglise, la damnation est inéluctable.  Ce n’est que depuis le concile de Vatican II, dans les années 1960, que l’Eglise catholique a enfin rééquilibré l’image du jugement, en insistant davantage sur l’amour et la miséricorde. Toutefois en 1992, le Catéchisme de l’Eglise Catholique reprend les affirmations dogmatiques du c redo dit de Damase (Ve s) pour les faire siennes à son tour sans affirmer avec force le caractère métaphorique du feu éternel : " L’enseignement de l’Eglise affirme l’existence de l’enfer et de son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers où elles subissent les peines de l’enfer, le feu éternel "(n°1035)

De nos jours les historiens Delumeau (1983) et Minois (1991 et 1994) stigmatisent sans peine ces excès qui ont plus discrédité la foi que formé des cœurs vraiment chrétiens, qui ont contribué à créer un monde culturel vidé de Dieu par défiguration de son vrai visage.

Pour R. Bultmann, la vie éternelle n’est pas liée à un lieu ou à un temps futur : elle est une qualité de l’être chrétien.  Celui qui vit de la foi au Christ est déjà mort et ressuscité ( cf. Col 2, 12 : "  Vous êtes ressuscités avec le Christ en lui et par lui " ). Et sans nier une vie éternelle après la mort, P. Tillich estime qu’il s’agit d’une réalité indicible : l’immortalité de l’âme, la résurrection des corps et l’expression audacieuse de " corps spirituel ", tout cela fournirait un ensemble de symboles permettant de l’évoquer, mais rien de plus.

Pour ma part,  aujourd’hui,  en toute franchise et liberté, je répéterai que je ne sais rien de la Vie après la mort. Que je n’ai la certitude de rien, mais l’espérance d’entrer dans la Connaissance.

Par ailleurs, le Dieu dont me parle Jésus aime l’homme à la folie. Je pense alors qu’il pourrait déceler ² la pureté originelle² qui est en chaque homme au moment de sa naissance et de le ramener à lui pour le guérir.  Pour moi ce serait çà la victoire de Dieu sur la mort. Alors nous pourrions enfin dire en vérité : " l’AMOUR (Dieu) est plus fort que la MORT (le mal) "  Et, peut-être qu’en prime nous pourrions comprendre la finalité du genre humain, le pourquoi de la souffrance et de la mort sur cette planète !

En attendant, je prends les images du nouveau testament pour ce qu’elles sont : des images.  Je sais très bien que lorsque je vis le non-amour, je vis l’enfer, je m’ y place moi-même. Je sais aussi que les paroles de Jésus mises en pratique parfois avec beaucoup de difficulté me permettent de vivre  de temps à autres les Joies du Royaume ici et maintenant.

Christiane Van den Meersschaut - Janssens.
 

 

 

 

 

 

15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 09:13
                                   LIBRE PENSEE CHRETIENNE (*)
 
 
 
A l’immobilisme traditionaliste et conservateur qui a pour conséquence que le discours de l’Eglise ne passe plus.
 
Ce qui renforce la difficulté, c’est que les traditionalistes sont de bonne foi quand ils pensent devoir conserver les formules du passé pour être fidèles à l’Eglise, à la foi, à la religion, à Jésus…Or, la tradition n'est pas de dire ce que nos pères ont dit mais ce qu’ils auraient dit s’ils avaient vécu aujourd’hui.
Une autre difficulté réside dans le fait que beaucoup de chrétiens progressistes « quittent sur la pointe des pieds » selon l’expression bien connue. Et ceci a pour conséquence que ceux qui « restent » sont majoritairement conservateurs.
 
Pour résister de manière constructive, il faut agir positivement. Nous avons bénéficié du travail accompli par de nombreux pionniers avant nous. Je voudrais particulièrement en citer deux.
Le premier est le père dominicain Jean-Pierre CHARLIER, exégète, qui nous a aidés à comprendre correctement la Bible et à nous débarrasser d’interprétations fondamentalistes, c.à.d. littérales et historicisantes. Le second est Marcel LEGAUT, maître de spiritualité, qui nous a aidés à découvrir la fidélité à Jésus, au-delà de tout ce que notre religion a ajouté, modifié, oublié, déformé au cours des siècles…
 
Pour concrétiser cette résistance constructive, nous essayons de vulgariser, c.à.d. de simplifier et de mettre à la portée des non-spécialistes le travail qui est fait par des historiens, exégètes, théologiens, philosophes et autres maîtres de la spiritualité.
 
Voici un exemple très important, puisqu’il concerne ce que beaucoup considèrent comme le centre de notre foi, à savoir, la Résurrection du Christ
Combien de chrétiens, encore aujourd’hui, n’ont jamais entendu qu’il y a deux sens différents du mot résurrection. Le premier, le sens habituel, signifie la réanimation du cadavre et le retour à la vie antérieure, telle qu’elle était avant la mort. Ce n’est pas le cas de la Résurrection du Christ.
Le second sens est le retour à une Vie toute autre, qui est la vie même de Dieu, une vie dans l’Esprit. Et là, c’est le cas de la Résurrection du Christ. Il ne s’agit donc pas d’interpréter les récits d’apparition du Ressuscité au sens littéral ou matériel.
Si Marie-Madeleine et les Apôtres ont « vu » Jésus, c’est avec les yeux de la foi, pas avec leurs yeux de chair.
 
Il est évident que nous ne pouvons plus confondre l’objet de notre foi avec les croyances d’une autre époque. On voit de suite que le chantier est vaste : le péché originel, l’immaculée conception, la virginité physique de Marie, les miracles, etc.
 
Pour rassurer les hésitants, nous aimons attirer l’attention sur les leçons du passé, comme par exemple les affaires GALILEE et DARWIN. En effet, il est beaucoup plus à la gloire de Dieu de créer l’humanité par cette merveilleuse évolution des espèces dont parlent les scientifiques, que par la manière anthropomorphique du récit de la Genèse.
 
Vous pouvez comprendre combien cela nous fait souffrir de voir ceux que nous aimons « quitter sur la pointe des pieds » à cause d’un discours désuet qui n’est plus crédible. Vous pouvez comprendre aussi notre joie et notre enthousiasme dans la résistance constructive à un conservatisme de bonne foi mais mal informé.
 
                                                                                                                 André VERHEYEN
(*) Cet article a été publié dans les « Notes de travail  de l’A.C.I.(Agir en Chrétiens Informés)
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