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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 09:00
bateau lpc De la prêtrise à l’abandon des doctrines
Réactions
Pascal, Henri, J.M., Francis

Le livre de Roger a été classé "meilleure vente" sur le site AMAZON pendant une semaine (catégorie "théologie")

Réaction de Pascal Hubert dans Golias Hebdo n°533

« Mon livre va à contre-courant de la mentalité croyante ambiante, car il témoigne de mon abandon de l’Église Catholique et de mon cheminement vers l’incroyance religieuse avec sa justification. » Roger Sougnez

Je lis en ce moment De la prêtrise à l’abandon des doctrines. Un livre de déconditionnement salutaire, de Roger Sougnez. S’il n’a pas la forme du pamphlet, il n’en conserve pas moins le tranchant de l’épée. Venant d’un prêtre qui a quitté le sacerdoce en 1987, âgé aujourd’hui de 92 ans, c’est chose suffisamment rare et précieuse pour s’y arrêter un instant. En d’autres temps, à n’en pas douter, pareille audace aurait valu à son auteur la mise à l’Index et les bûchers de l’Inquisition. Mais, au XXIe siècle, comment croire encore à tant inepties religieuses ?

Ce livre, sans langue de bois et d’une parfaite cohérence, sera incontestablement apprécié des croyants qui sont mal à l’aise dans leur foi du fait des dogmes et des enseignements du Magistère qu’ils ressentent de plus en plus comme d’un autre temps. Disons-le sans détour : arguments à l’appui, ils seront confortés à les abandonner purement et simplement et à se faire enfin confiance. À l’inverse, ce livre sera honni par celles et ceux qui s’en tiennent encore à la Bible et à la Tradition comme « Parole de Dieu » donnée et interprétée infailliblement par la seule « Église une, sainte, catholique et apostolique ». Comment s’en étonner d’ailleurs ? Toute remise en question du Magistère a toujours été clivante (la « crise moderniste » est lourde d’enseignements à cet égard) : elle en libérera certains d’un joug devenu insupportable, en insécurisera d’autres qui pensaient vivre de certitudes et ne plus avoir à chercher ni à douter. Parce qu’il ne s’agit pas, en l’espèce, de proposer quelques réformes d’ordre pastorales, mais bien de saper l’autorité de l’Église Catholique comme étant définitivement inapte à guider – et à fortiori, à « sauver » ! – l’humanité. Jugez-en plutôt : exit le péché originel, clef de voûte de tout l’édifice religieux ; exit les dogmes aussi fondamentaux que la divinité de Jésus, la Trinité, Marie vierge et mère de Dieu, l’Enfer et la Résurrection ; exit les sacrements ; exit encore l’historicité de la Bible et de ses miracles, exit enfin le monumental catéchisme de l’Église catholique, promulgué par le pape Jean-Paul II en 1992 et qui s’avère totalement anachronique et non crédible…

Reprenant les mots d’Albert Einstein, la pensée de Roger Sougnez pourrait se résumer ainsi : « Le mot Dieu n’est pour moi rien de plus que l’expérience et le produit des faiblesses humaines, la Bible un recueil de légendes, certes honorables, mais primitives qui sont néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle ne peut selon moi changer cela. »

Mais, cela dit, vous ne trouverez aucune rancœur ni règlement de compte dans le propos. Roger Sougnez, désormais athée tranquille, s’est laissé guider par le seul souci de vérité, de fidélité à soi et d’honnêteté à l’égard de ses anciens paroissiens et étudiants qu’il regrette d’avoir involontairement induits en erreur. Ses propos sont, en effet, le fruit d’un long cheminement et de recherches rigoureuses qui l’ont amené à ne plus enseigner ce qu’il percevait peu à peu comme des chimères. Évoquant Albert Jacquard, éminent généticien et biologiste, il estime qu’ « il n’y a rien de pire que de ne pas s’autoriser à dire ce que l’on pense vraiment ». Et cette réalité vaut évidemment pour tant d’autres dans l’Église qui ne partagent plus les enseignements du Magistère, mais n’osent pas encore le dire, par crainte d’ébranler la foi des croyants, par obéissance à l’Institution ou par manque de courage. Exception faite de quelques-uns cités par Roger Sougnez, dont Jacques Musset (qui préface le livre), Gérard Fourez, Jean Kamp, Roger Lenaers ou encore Lytta Basset.

La question légitime que l’on se pose inévitablement face à pareil « retournement » : mais que reste-t-il de vrai alors ? Sur quoi ou sur qui encore s’appuyer ? Roger Sougnez croit en l’historicité de l’homme Jésus, un homme exceptionnel, mais qui, lui aussi, fut soumis à son temps et dont, en définitive, nous savons bien peu de choses. Ainsi, reprenant les propos de Gérard Mordillat : « Personne ne peut affirmer avec exactitude où les évangiles ont été écrits. Ni quand ni par qui ni pour qui ni contre qui. » Tout au plus peut-on considérer que « son message [de Jésus] et sa vie d’ouverture, de vérité, de paix et d’amour, dénonçant mauvaise foi, hypocrisie et suffisance ont permis à l’humanité de connaitre un progrès substantiel ». Mais, Roger Sougnez de nous mettre en garde : « Remarquons que deux dangers guettent celui qui a le souci de prendre Jésus comme modèle. Premièrement, le monde actuel est tellement différent, qu’il faut une grande prudence dans cette imitation. Ce qui était excellent à une certaine époque peut être contre-indiqué à une autre. Deuxièmement, l’important pour un être humain n’est pas d’imiter un autre, mais de découvrir son projet personnel de vie où il pourra développer au mieux ses propres potentialités. » Ce point me paraît fondamental : il ne s’agit plus de vivre sa vie par procuration, mais d’oser enfin la vivre pleinement par soi-même. C’est là une révolution copernicienne, un changement de paradigme, une véritable entreprise de libération intérieure. En conclusion du chapitre sur « La morale », Roger Sougnez entend d’ailleurs rencontrer l’objection selon laquelle son livre aboutirait à ôter tout « sens à la vie ». « Bien au contraire ! », affirme-t-il. « Ne plus adhérer à la morale catholique traditionnelle, dont beaucoup de points ne sont plus pertinents, ne signifie nullement vivre sans morale ! Ce serait ignorer la multitude des humains et singulièrement les athées et les agnostiques, qui ont choisi de vivre leur engagement autrement en osant le libre examen. Nous devrions nous efforcer de déployer notre énergie afin de promouvoir des valeurs, qu’elles soient individuelles et sociétales, authentiques même si elles sont exigeantes, qui donneront sens à notre existence : davantage de vérité, de justice, d’honnêteté, de souci de l’autre, etc. C’est là un programme exaltant. »

Nous le voyons, pareille prétention est à mille lieues du discours ecclésial qui entend soumettre la vie de tout croyant à la « Parole de Dieu » et à la « Sainte Tradition » comme seules « Vérité » de nature à nous conduire au Salut… Et comment ne pas s’apercevoir que la peur de l’enfer et la culpabilité de vivre sa vie auront permis à l’Église de maintenir leurs ouailles sous l’emprise de ses enseignements, y compris ceux que les sciences ont démentis depuis longtemps (à commencer par la Création de l’univers et de l’être humain, selon le livre de la Genèse…). Un livre de déconstruction méthodique donc, aux accents nietzschéens – « Et pourquoi n’irais-je pas jusqu’au bout ? J’aime à faire table rase » –, qui ravira les plus audacieux. Mais Roger Sougnez le sait parfaitement : malgré toutes les bonnes raisons d’abandonner des croyances illusoires, elles n’en restent pas moins profondément ancrées au point où les remettre en question peut se révéler impossible pour nombre de croyants.

Un livre captivant, à lire lentement, à méditer, à laisser descendre au fond de soi et à reprendre encore, tant nous avons été bercés par de douces illusions et tant les sujets révisés sont nombreux : la Révélation, quelques grands dogmes, les sacrements, la morale, l’élaboration du catholicisme, la religion, sans oublier le parcours lent et lucide qui amènera peu à peu Roger Sougnez à l’incroyance, ainsi que les raisons impérieuses d’un tel travail. Un livre qui fait du bien, mais qui invite à un décapage radical. C’est précisément, on l’aura compris, ce qui fait de ce livre un grand livre qui vient combler un vide « en passant au crible les positions fondamentales du catholicisme pour en dénoncer l’inconsistance ». Au fond, s’il fallait une justification à ce livre et une excellente raison de le lire, ce serait celle-ci : « Il n’est pas éthiquement défendable de dissimuler des faits pour la seule raison qu’ils pourraient entrer en conflit avec des croyances auxquelles on est attaché. Qui plus est, c’est une insulte à l’égard de nos semblables, qui sont ainsi traités comme des enfants trop immatures pour regarder la vérité en face. »

Le témoignage de Roger Sougnez me fait songer au Testament de Jean Meslier, autre prêtre devenu athée, qui au XVIIIe siècle déjà osait affirmer : « Pesez bien les raisons qu’il y a de croire ou de ne pas croire, ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien, et aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige de croire, comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, que mensonge, qu’illusion et imposture. »

C’est précisément ce que refuse l’Église Catholique et que Roger Sougnez – avec quelques rares pionniers qu’il faut espérer de plus en plus nombreux – nous propose d’oser enfin : l’abandon des doctrines.

Et le livre de se refermer sur une urgence à vivre : « Il nous appartient d’inventer notre propre parcours de vie, avec lucidité sur nous-mêmes et sur nos croyances et avec empathie pour les humains, sans nous laisser enfermer dans d’anciens canevas de pensée. La vie est si précieuse et si courte, veillons à ne pas la gâcher. »

Pascal HUBERT, Golias Hebdo, n° 533

Réaction de Henri Huysegoms

J’apprécie hautement le livre « De la prêtrise à l’abandon des doctrines » que je possède et relis de temps en temps. Je suis totalement d’accord avec son contenu.

Sougnez a attendu le grand âge pour le faire publier. Comme je le comprends.

Je me trouve aussi parfois confronté à la pensée de gens qui acceptent totalement tout ce qu’a promulgué l’Église comme vérité absolue.

Si on faisait douter ces gens de la véracité des affirmations dogmatiques, de leurs « certitudes », cela n’aboutirait qu’à les déboussoler.

Je n’ai pas encore le franc parler de Spong et de beaucoup d’autres.

Amitiés,

Henri Huysegoms

Réactions personnelles à la lecture du livre de Roger Sougnez

Malgré quelques petits problèmes rencontrés pour me le procurer, j’ai reçu et lu le livre de Roger Sougnez recommandé par LPC.

Je le trouve très richement documenté. En quelque 200 pages, il rassemble de nombreuses citations du Catéchisme de 1992, un relevé de multiples contradictions entre les évangiles, des exemples de mauvaises traductions de l’hébreu ou du grec qui aboutissent à des dogmes contestables, des tas de remarques judicieuses sur l’abus de pouvoir de l’Eglise. Il reconnaît par ailleurs que les valeurs prônées et vécues par Jésus restent riches (p.62) et il exprime une certaine admiration pour le pape actuel.

Voilà pour les aspects positifs.

Néanmoins ce livre me déçoit profondément. D’abord parce qu’il ne m’apprend rien. Il y a bien longtemps que grâce à des livres qu’il cite (Lenaers, Musset, Kamp), grâce aussi à LPC, de nombreux chrétiens progressistes ont pu déjà faire un cheminement analogue sans tomber pour autant dans un nihilisme qui frôle le désespoir. L’auteur a beau se défendre d’être matérialiste, il ne laisse aucune place à un mystère, une transcendance, un au-delà de l’homme. S’il démolit l’Eglise catholique, il aurait peut-être pu laisser de la place pour un Christianisme libéré des dogmes (il le fait mais à peine). Il ne croit pas à la Résurrection de Jésus, moi non plus mais je crois qu’au matin de Pâques les apôtres se sont relevés et eux sont donc ressuscités d’une certaine manière et ont transmis un message extraordinaire même si son expression a pris quelques rides au fil du temps.

On dirait que l’auteur n’a pas réussi à dépasser la critique négative propre à l’adolescence pour arriver à reconstruire à partir des « mythes » anciens un questionnement nouveau qui dépasse le fondamentalisme tout en redonnant du sens.

Personnellement il y a longtemps que je ne crois plus aux dogmes, que je trouve le langage de l’Eglise tout à fait inadéquat, même s’il y a une légère avancée, beaucoup trop lente sans doute. Je crois cependant l’institution nécessaire pour transmettre l’évangile qui ne peut se vivre que dans une communauté. Et je reste à l’intérieur avec l’espoir, illusoire peut-être, de contribuer à la faire évoluer un peu à la fois en collaborant avec d’autres chrétiens progressistes. J’essaie cependant de ne pas choquer ceux qui ne pensent pas comme moi afin de ne pas rompre à l’avance toute possibilité de dialogue.

D’autres lectures me semblent beaucoup plus judicieuses pour faire évoluer les mentalités. Je pense aux livres de Marie Balmary qui donnent des interprétations de passages de l’ancien et du nouveau testament qui les rendent parlants pour notre temps. Je pense aussi à un livre tout récent : Jésus selon Mathieu. Héritages et rupture par Colette et Jean-Paul Deremble qui propose verset après verset une relecture de Mathieu qui s’appuie sur tous les outils modernes de l’analyse de textes. Ces livres-là sont porteurs d’Espérance tout en dépassant l’obscurantisme.

J.M. 6 juin 2018

Réaction au livre de Roger Sougnez

Chères amies, chers amis,

Je reste tout de même un peu songeur devant ce programme et ce titre, car que reste-t-il finalement ?

Souvenons-nous de cette petite pointe de colère d'André Verheyen face à qui lui disait "je ne sais plus que croire" et, dès lors, estimait qu'on faisait du mauvais travail.

Autant je suis contre l'hyper-conservatisme (nous avons "souffert" récemment en assistant par hasard et sans nous y attendre, à une messe Lefèvriste à Saint-Brieuc qui nous a démoli le moral pour tout un moment), autant je me reconnais désarçonné ici par ce côté "tabula rasa" : c'est ainsi.

Bien amicalement,

Francis 7 février 2019

6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 08:00
bateau lpc De la prêtrise à l’abandon des doctrines de Roger Sougnez (Editions GOLIAS)
Un livre décoiffant et interpellant préfacé par Jacques Musset
De la prêtrise à l’abandon des doctrines de Roger Sougnez (Editions GOLIAS)

Un prêtre, croyant convaincu au début de son ministère, relate dans ce livre, le cheminement qui l’a mené à l’abandon des croyances religieuses. Ses recherches entreprises, dans un souci de vérité, pour justifier sa foi, lui firent découvrir que l’Eglise catholique n’était pas la représentante de Dieu et que beaucoup de ses doctrines n’étaient plus recevables.

Il pense participer au comblement d’un vide car si des livres écrits par des prêtres remettent en question bien des positions de l’Eglise, il n’en connaît pas qui montreraient de façon détaillée et systématique, pourquoi des dogmes aussi fondamentaux que la divinité de Jésus, la Trinité, Marie mère de Dieu, le Péché Originel, l’Au-delà … et d’autres sujets importants ne sont pas crédibles et que toute tentative de réinterprétation serait illusoire.

Conscient de la difficulté, pour des chrétiens qui se posent des questions, d’avoir accès aux informations qui leur permettraient de se faire une opinion personnelle, il croit leur rendre service en fournissant une documentation honnête et critique et des considérations habituellement tues. Il veut bannir la langue de bois et les développements alambiqués.

Il montre également que le monumental catéchisme de l’Eglise catholique, promulgué par le pape Jean-Paul II en 1992, est un échec, une contre-valeur ; il n’est pas fiable car il se contente de retransmettre un enseignement traditionnel anachronique qui n’est plus crédible aujourd’hui. Il comporte de nombreux articles invraisemblables parfois même aberrants et des conceptions archaïques inacceptables.

L’auteur, né en 1927, ordonné prêtre en 1955, a exercé son ministère dans une paroisse puis, pendant 25 ans, professeur d’Ecole Normale Moyenne, il a été chargé du cours de religion et surtout de la formation d’enseignants de religion. Depuis 1987, il a cessé toute fonction sacerdotale.

Une critique radicale du catholicisme institutionnel

"Prêtre catholique, j'ai voulu m'assurer de la solidité de mes croyances. J'ai entrepris de rigoureuses recherches qui m'ont amené à prendre progressivement conscience que, contrairement à ce qu’elle a toujours prétendu, l'église catholique n’est pas la représentante de Dieu, que beaucoup de positions de cette institution simplement humaine sont erronées, non crédibles et qu’on devrait lui reprocher des comportements gravement répréhensibles.

Pensant que mes investigations, arguments et conclusions pourraient être utiles à des chercheurs de Vérité, j'ai écrit ce livre, fruit d'une vie de recherche : "De la prêtrise à l’abandon des doctrines", une critique approfondie du catholicisme dont la radicalité dépasse largement les ouvrages contestataires habituels des théologiens catholiques.

Je passe en revue, sans langue de bois, sans raisonnements alambiqués, tout en m’efforçant de demeurer nuancé, la quasi-totalité des principaux dogmes et positions essentielles du catholicisme, comme la divinité de Jésus, la Rédemption, la Trinité, Marie mère de Dieu, le péché originel, les sacrements et des prises de position morales inacceptables, et j’explique, pourquoi à mes yeux, ils ne sont pas crédibles.

Je fournis des arguments parfois inédits et je dépasse le cadre purement catholique pour parler de Dieu et des religions. Je fournis aussi beaucoup de textes importants, peu ou pas connus, qui invitent à la réflexion et qui permettent aux lecteurs de se forger une opinion fondée.

Je montre également que le "Catéchisme de l'Eglise catholique", imposant condensé de l’enseignement officiel de l’Eglise promulgué par le pape Jean-Paul II en 1992, comporte beaucoup trop d’articles non crédibles. C'est un fiasco !

Mon livre peut se révéler utile lors de débats concernant les problèmes fondamentaux humains et religieux.

Si des associations chrétiennes hésitent à citer et utiliser un livre qui critique aussi radicalement leur religion et leurs croyances, on pourra leur reprocher leur manque d’objectivité et, de toutes façons, ce qui est dénoncé ici sera tôt ou tard, sinon admis par tous, du moins connu de tous. On ne demande pas au lecteur d'approuver toutes les positions de l'auteur mais il peut tirer profit de certaines argumentations et réflexions pour remettre en question ce qui doit l’être en tenant compte de la réalité. Il pourra arriver à des convictions personnelles justifiées et solides au lieu de se bercer d’illusions.

Grâce à sa conception bien structurée, il est aisé de se baser sur certaines parties du livre pour alimenter un débat sérieux au sein de groupes de recherche. "

Roger Sougnez

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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 09:00
André Verheyen Où l'on reparle de Jean-Claude BOLOGNE et du mysticisme athée
André Verheyen

Un de mes amis me dit: "En nous conseillant de lire le livre "Le mysticisme athée" de Jean-Claude BOLOGNE, voulez-vous dire que vous souscrivez à tout ce qu'il écrit dans ce livre?"

Ma réponse fut aussi nette que sa question: "Certainement pas"

Mais avant de mentionner quelques passages où il ne m'est pas possible de suivre l'auteur, je voudrais encore citer deux ou trois passages qui méritent notre attention.

"Chercher à définir un mysticisme athée ou réintégrer les mystiques religieux parmi les "philosophes" et les "poètes" correspond à la même démarche, à la même reconnaissance d'une parenté profonde par-delà les croyances religieuses." (p. 61)

Voilà une phrase que j'aime, à cause de la "parenté profonde par-delà les croyances religieuses". Et si le mot "athée" peut en déranger certains, je prends la liberté de l'interpréter dans le sens que lui donnait saint Justin, "qui, défendant au IIIè siècle les chrétiens contre l'accusation d'athéisme, déclarait: "On nous appelle athées. Eh bien, oui, nous le proclamons, nous sommes des athées, les athées de tous les prétendus dieux". Etonnante profession de foi qui n'a rien perdu de sa force paradoxale, car elle nous oblige à purifier notre christianisme, à nous montrer des "briseurs d'idoles", celles de tous ces "prétendus dieux" que nous mêlons trop souvent à notre religion. ( J.-P. DUBOIS-DUMEE sur la pochette du disque JER 18, édité en 1962 en collaboration avec les "Informations catholiques internationales")

On peut d'ailleurs se demander si les "religions", au sens habituel du terme, sont capables de véhiculer autre chose que sdes images de "prétendus dieux". Je songe évidemment au triangle de la Trinité, à tout l'arsenal conceptuel de Nicée-Constantinople et à tout notre héritage graphique et pictural... même les trois commensaux de la célèbre icône de Roublev dont la valeur artistique est, par ailleurs, incontestable.

Voici un autre passage que j'’aime beaucoup: "La "Jubilation" d'Hubert Reeves est proche du mysticisme athée. Il évoque par ailleurs une forme de ce mysticisme qui m'est chère, l'immersion dans la musique, et plus précisément dans celle de deux compositeurs qui m'ont ouvert les portes de l'infini, Beethoven et Wagner. C'est dire si je me sens proche de sa démarche. Mais, scientifique, il ne décrit pas ses sensations avec la même finesse que les romanciers et les poètes qui me servent de référence." (p. 73)

En considérant que "l'immersion dans la musique" est une forme de mysticisme qui lui est chère l'auteur me procure la satisfaction de me laisser croire que je connais, moi aussi, mes moments de mysticisme. Mais je suis forcé de reconnaître que le répertoire religieux atteint des sommets! Ceux qui connaissent le chœur final de la Passion selon St. Matthieu de J. S. Bach me comprendront!

Mais si la "finesse" des romanciers et des poètes est vitale pour notre culture, n'oublions tout de même pas que la "finesse" des scientifiques nous a souvent protégés contre les confusions des genres et les objectivations abusives.

Puisque nous parlons d'objectivité et de rigueur, voici un passage où J. Cl. Bologne me permettra de prendre mes distances: "Ainsi donc, l'union de ces deux termes, "mystique" et "athée", est si peu paradoxal que certains croyants, au stade ultime de leur expérience, ont découvert un domaine qui échappait à Dieu – au Dieu en tout cas de la théologie.

Quoi d'étonnant, dans ce "voyage au bout du possible de l'homme", selon l'expression de Bataille? "Chacun peut ne pas faire ce voyage, mais, s'il le fait, cela suppose niées les autorités, les valeurs existantes, qui limitent le possible". Oui, le véritable paradoxe, en fin d'analyse, c'est peut-être le mysticisme religieux, qui prétend découvrir l'absolu sans sortir des cadres terrestres." ( p. 61)

Je sais bien qu'il existe de la mauvaise théologie mais de là à admettre que le Dieu de la théologie est limité à certains domaines auxquels échappe celui de la mystique... non, cela n'est pas très sérieux.

De même, réduire les valeurs existantes à des limites qui n'atteignent pas "le bout du possible de l'homme". De quelles valeurs s'agit- il?

Et encore ce "mysticisme religieux qui prétend découvrir l'absolu sans sortir des cadres terrestres". Quels sont ces cadres terrestres? On peut renvoyer dos-à-dos les théologiens du "surnaturel" et les mystiques qui pensent que leur "expérience absolue" (p. 64) se situe en-dehors des cadres terrestres. Surtout si l'on y ajoute: "On trouve dans ce roman de jeunesse (Gaudeamus de Mircia Eliade, Actes sud ,1992) de belles formules pour opposer la sensualité du mysticisme à l'intellectualisme de la théologie..." (p. 69)

Quelle est cette "sensualité" du mysticisme qui se situerait en-dehors des cadres terrestres? Peut-être est-ce l'endroit de souhaiter, à côté de la finesse des romanciers et des poètes, celle – un peu plus rigoureuse - des philosophes.

Je terminerai en signalant l'heureuse initiative de Jean-Claude Bologne qui nous donne, à la fin de son ouvrage, un "glossaire personnnel" dans lequel nous pouvons découvrir le sens qu'ont pour lui des mots comme Absolu - Agnosticisme- Mysticisme- Athéisme- Extase - etc.

C'est ainsi que nous y trouvons : "Mysticisme : expérience de mise en contact directe et inopinée avec une réalité qui dépasse nos perceptions habituelles, et qu'on peut ressentir selon le cas comme étant le vide ou l'infini. Cet infini étant souvent assimilé à Dieu, le mysticisme s'est généralement développé à l'intérieur d'une croyance religieuse...

Je n'utilise pas le mot dans son sens étymologique (connaissance et rencontre de la divinité par l'initiation à des mystères) ni le sens courant dérivé (exacerbation de la foi en un dieu ou en une idée).

Je me sens plus proche de ce qu'on appelle par référence aux mystiques rhéno- flamands des XIIIè- XIVè siècles, la "mystique de l'être" (wesenmystik).

Je relève surtout "une réalité qui dépasse nos perceptions habituelles et qu’on peut ressentir selon le cas…"

Voilà qui est plus nuancé et qui permet de se comprendre.

André Verheyen - décembre 1996

2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 09:00
André Verheyen Le mysticisme athée
De Jean-Claude BOLOGNE - Ed. du Rocher 1995 présenté par André Verheyen

Pas facile, quand on est passionné de rigueur intellectuelle, de donner une idée de cet ouvrage. En effet, l'auteur nous avertit que le mysticisme "est par essence incommunicable et suppose une totale liberté. Anarchique, et souvent persécuté comme tel, il a plus d'une fois fait éclater les cadres de la religion et de la pensée" (p.14)

Plus loin, utilisant la comparaison du récit de la chute dans la Genèse, il dit: "J'avais goûté à tous les arbres du Jardin – ceux de la littérature, de la musique, de l'art, de l'amour, de la nature. C'est par mégarde que je touchai à celui de la connaissance." (p.19) Et aussi: "Symboliquement, la substitution mentale - automatique et tout à fait involontaire - avait fait entrer le verbe "savoir" dans ma vie, au détriment du verbe "sentir". Et je me savais soudain nu." (p.20)

Pas facile non plus, quand on lutte pour une théologie qui soit crédible, d'encaisser: "Moi je vous baptise dans l'eau, mais celui qui vient après moi est plus fort que moi: il vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu", avait prophétisé Jean­ Baptiste..... La prédiction de Jean ne cesse de se réaliser. Et le monde se divise pour moi en ceux qui la comprennent et ceux qui la vivent. Les premiers sont les théologiens; les autres, les mystiques." (pp, 11 et 12)

Heureusement, pour nous encourager, il y a ce paragraphe à la page 13: "Mystique"? "Athée"? Comment justifier ce singulier mariage? Le paradoxe , on me l'a fait comprendre; heurte le croyant aussi bien que l'athée. Pourtant, en cette fin de siècle; en cette faim d'un autre millénaire; des ponts de plus en plus nombreux se jettent sur l’abîme qui séparait encore, voici une génération, ceux qui croient et ceux qui nient. Le mysticisme, selon moi, est un de ces ponts. Il ne s'agit pas de provocation, mais d'une invitation à écouter les mots au-delà de leur usure naturelle, à écouter les hommes au­delà des idéologies et des religions qui habillent différemment les mêmes expériences. Les étiquettes servent trop facilement de parapets à la pensée.

L'union de deux termes qui semblent s'exclure a le mérite de briser ces garde-fous et d'inviter à une réflexion en vol libre."

Effectivement, s'il s'agit bien

  • de jeter des ponts entre ceux qui croient et ceux qui nient,
  • d'écouter les mots au-delà de leur usure naturelle,
  • d'écouter les hommes au-delà des idéologies et des religions qui habillent différemment les mêmes expériences d'inviter à une réflexion en vol libre, nous sommes partie prenante.

 

Jean-Claude Bologne regrette qu’on utilise le mot mysticisme un peu à tort et à travers, ce qui entraîne "une banalisation du concept". Et après avoir récusé certaines conceptions fausses, il poursuit: "J'adhérerais plus volontiers à la définition de Georges Bataille: "l'aspect que la vie humaine prend au moment de sa plus grande intensité"; encore faut-il savoir ce qu'on mettra dans cette formulation qui demeure fort vague. Pour éviter ces extensions abusives du terme, je me référerai quant à moi à un mysticisme bien précis, ce qu'on a appelé la "mystique de l'être" dans la Rhénanie et les Flandres à la fin du Moyen Age. Un courant bien entendu chrétien, né dans les cloîtres et les béguinages. Mais la hardiesse de sa pensée (Marguerite Porete finit sur le bûcher, certaines propositions de maître Eckhart furent condamnées par Jean XXII en 1329, la secte du "libre esprit" fut vivement combattue par Ruusbroec…) ne peut que susciter la curiosité du non-croyant.

..... Je crois que le mysticisme est par essence même athée et que ses rapports avec la religion (avec les religions) n'ont été qu'un malentendu historique. Les catholiques qui ont vécu de semblables expériences n'emploient pas le mot "Dieu" dans le même sens que les théologiens. Quant à leurs rapports avec l'Eglise, ils se ressentent de l'extraordinaire liberté que leur a donnée l'expérience, liberté incompatible avec les dogmes et les pratiques de la religion.

Qu'importe! Les éditeurs sont là pour rétablir l'orthodoxie à coup de note s et de préfaces. "Pour satisfaire aux exigences d'une saine théologie, il faut entendre...", commente imperturbable celui de Hadewijch mystique flamande du XIIIè sièc1e."(PP. 48- 50)

D'accord pour adhérer à un mysticisme qui serait cet aspect que la vie humaine prend au moment de sa plus grande intensité! D'accord aussi pour tenter de savoir ce qu'on mettra dans cette formulation qui demeure fort vague!

Tiens? "savoir"? " encore faut-il savoir ce qu'on mettra..."?

L'auteur nous rassure au sujet de sa relation au rapport "savoir//sentir" exprimée à la page 20. D'ailleurs, des pages comme 48-49-50 nous rassurent pleinement sur la pertinence d'une... (que Jean-Claude Bologne m'excuse cette association aussi provocante que celle du titre de son livre).., réflexion mystique!

Et puisque nous nous sentons en communion et en sympathie, l'auteur me permettra de dire autant de franchise fraternelle: encore faudrait-il savoir ce qu'on met dans la formule "athée".

Si des catholiques mystiques n'emploient pas le mot "Dieu" dans le même sens que beaucoup de théologiens, sans doute est-ce parce qu'ils ont retrouvé la pureté des origines bibliques qui "n'employaient" pas du tout le mot "Dieu" et qui poursuivaient dans la logique de la même intuition: "Tu ne feras pas d'images de ton Dieu".

Quant à l'extraordinaire liberté que l'expérience a donnée aux mystiques catholiques par rapport aux dogmes et aux pratiques de la religion, nous voudrions la vivre en L.P.C. également. Et, si nous ne pensons nullement que cette liberté puisse nuire à notre référence à Jésus-Christ, nous constatons nous aussi qu'il faudra sans doute beaucoup de "notes et de préfaces" pour que "croyants" et "athées" découvrent leur communion profonde en faisant le vide de leur arsenal de murs, de frontières, de limites, etc.

Le livre "Le Mysticisme Athée" de Jean –Claude Bologne ne comporte que 125 très courtes pages mais les quelques lignes citées montrent à suffisance à quelle densité de réflexion elles invitent.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je m'en tiendrai là pour l'instant: il faudrait beaucoup de pages pour donner une idée quelque peu valable de l'ouvrage. L'autre raison est que je ne voudrais pas vous enlever l'envie de le lire.

André Verheyen novembre 1996

24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 09:00
Herman Van den MeersschautTransmettre la Foi: enfermer ou libérer ?
Herman Van den Meersschaut

Le mensuel "L'Appel" du mois de mai 1999 était consacré à la laïcité. On y publiait une intéressante rencontre avec Guy HAARSCHER, que le périodique présente très justement comme laïque, athée, franc-maçon et homme de dialogue. Celui-ci nous a, en effet, habitués à un discours très ouvert, que ce soit dans des débats avec son ami Gabriel RINGLET ou dans ses chroniques qui passent sur les ondes de la RTBF.

Voilà, bien sûr, un libre penseur dont nous nous sentons très proches. Cependant, dans l'article cité, une réflexion a attiré mon attention.

Guy Haarscher dit : "C'est pourquoi aujourd'hui certains chrétiens ne voient pas d'incompatibilité entre le fait d'être croyant et celui d'être libre-exaministe : dans sa propre ré flexion, le croyant peut avoir recours à une transcendance, en toute liberté et sans l'imposer à autrui. Pour moi cela reste quelque chose de mystérieux, que je ne comprends pas de l'intérieur, mais je ne porte pas de jugement là- dessus."(1)

Si Guy Haarscher trouve cela mystérieux et ne peut comprendre notre libre pensée de l'intérieur, n'est-ce pas parce qu'il y a un malentendu sur le sens donné aux mots "croyant" et "avoir recours à une transcendance" ?

De quoi est-il porteur, ce mot "croyant"? Mère Teresa, Jean-Paul II, les Talibans, Pinochet, Le Pen sont tous des croyants; mais quels liens y a-t-il entre eux ? Ont-ils vraiment le même Dieu ?

Lorsqu'on a "recours" à une transcendance, que veut-on dire ? S'agit-il d’une éventuelle intervention extérieure et matérielle dans la vie des hommes que l'on pourrait provoquer par certains rites ?

Pour la plupart des laïques - et pour beaucoup de chrétiens - la foi est quelque chose dans laquelle on est plus ou moins coincé dès sa naissance et qui suppose une adhésion aveugle et globale à un ensemble de textes sacrés, de rites, de règles, d'obligations et d'interdits, révélés par Dieu, abolissant ainsi toute pensée personnelle. La dictature spirituelle que le magistère de l'Eglise a exercée tout au long des siècles a largement contribué à imposer cette perception. Et, comme le dit Maurice Bellet :

"N'avons-nous pas rendu ridicule, mesquin, odieux, ce qui était la grandeur même ? Remplacé la liberté par l'obligatoire, la pensée par l'obligatoire, l'amour par l'obligatoire ? Et toutes les sauces ajoutées ne changent rien au plat... N'avons-nous pas creusé le trou dans lequel sombre ce que nous avons cru ?"(2)

A cause de cela, les laïques ont très difficile à s'imaginer que dans l'Eglise des chrétiens puissent remettre en question le caractère révélé des Ecritures. Il est évident que si l'on considère la Bible comme pure Parole de Dieu révélée à l'homme, on ne peut que s'enfermer dans une logique d'obligation. Rappelez-vous le "Ce que les chrétiens sont tenus de croire" de nos anciens catéchismes. Nous baignons malheureusement encore dans cette logique. Lors d'une journée pédagogique récente, la conférencière ne nous disait-elle pas : "L'année jubilaire, ce n'est même pas Moïse qui l’a inventée, c'est Dieu lui-même." C'est sur cela que s'appuient d'ailleurs tous les intégrismes et les sectes: Dieu l'a dit, c'est écrit.

Si c'est cette vision de la foi que perçoit Guy Haarscher, je comprends qu'il ne comprenne pas, puisqu'il n'y a là aucune place pour la liberté. Guy Haarscher sait bien qu'il touche là une terrible contradiction que nous vivons tous. Dans une de ses chroniques, il fait remarquer combien la liberté fait peur et pas seulement aux croyants :

"La grande illusion de notre époque, dit-il, c'est de croire que nous aimons spontanément la liberté. En fait, nous la désirons mais nous refusons d'en payer le prix, et il y en a un. Nous ne voulons pas que les autres choisissent à notre place, mais nous n'aimons pas choisir nous-mêmes. Choisir, c'est en effet assumer de pouvoir se tromper et en porter la responsabilité. C'est s'aventurer dans l'inconnu sans garantie de réussite. Tout cela est un peu inquiétant alors que les manières de vivre imposées d'en haut restreignent certes nos libertés mais elles sont au fond confortables. Tout est pré-mâché, c'est sécurisant et nous oscillons souvent entre le désir de sécurité et le désir de liberté. Nous voulons le beurre et l'argent du beurre et nous restons sur place, indécis. C’est qu'on ne nous a pas appris la liberté. Sortir de cette contradiction est une des grandes tâches de l'époque."(3)

Notre libre pensée chrétienne me semble travailler en ce sens. Etre croyant, c'est peut-être simplement admettre mes limites humaines avec cette intuition d'un "au-delà" de moi, d'une transcendance que je ne puis nommer mais que je perçois comme Source de vie, Source d'amour en moi.

Etre chrétien, c'est peut-être simplement choisir librement cette "voie" que propose Jésus de Nazareth dans le prolongement de la tradition juive et qui me fait entrevoir, par sa vie, quelque chose de cette transcendance qui m'habite.

Pour sortir de la contradiction entre désir de sécurité et désir de liberté, il nous faut, je pense, considérer nos textes sacrés comme une parole de l'homme sur lui-même et sur le Dieu qu'il devine, comme un témoignage d'une extraordinaire aventure spirituelle, une quête de la transcendance avec ses tâtonnements et hésitations. Ils peuvent être source d'inspiration pour nous aider à trouver librement notre propre chemin.

Si Guy Haarscher peut admettre que nous prenions cette liberté par rapport à nos textes sacrés, le mystère qui entoure notre démarche de libre pensée s'évanouira comme par enchantement.

Je terminerai en citant ce petit passage de l'introduction du livre de José REDING, "Lueurs d'aurore" :

"Prends et lis, écoute, interprète, parle, mais n'enferme rien dans les mots et ne renferme surtout rien dans les choses, les systèmes et les idéologies qui clôturent et en viennent à exclure du désir de bonheur et vivre-ensemble."(4)

Herman Van den Meersschaut - LPC 1999

(1) "L'Appel" n° 217 - Mai 1999 : "Etre laïque - toute une histoire !" (retour)
(2) Maurice BELLET "L'Epreuve" - DDB 1989 (p. 70) (retour)
(3) Chronique de Guy HAARSCHER du 22 mars sur RTBF radio (retour)
(4) José REDING "Lueurs d'aurore" Ed. Feuilles Familiales 1999 (p. 22) (introduction de Philippe MURAILLE) (retour)